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Voilà un récit bouleversant, un hommage immense d'un père à son fils.
Le temps d'un court roman il se rappelle l'histoire du jeune homme qu'a été son père descendu de ses montagnes, devenu mécanicien en ville. Il était un homme qui faisait, qui fabriquait de ses mains, mais c'était un taiseux, un taciturne.
Pourtant ce grand silencieux savait donner sa part d'amour. Etait-ce alors bien compris chez l'enfant qu'était le narrateur ? celui-ci se rappelle son enfance, son adolescence, les occasions manquées de dire je t ?aime à son père. La mère - un peu en retrait, dans l'ombre.
C'est un livre nostalgique de tous les instants. Le recul favorise sans doute la mélancolie. Le narrateur semble insatiable. Pourtant du plus loin de ses souvenirs d'enfant il ne peut se projeter dans un avenir radieux et savourer un futur heureux. Est-ce l'appréhension de devoir révéler un jour son homosexualité à ce père rustre traditionnel et intransigeant ? il est fils unique et conscient du poids que pèse l'exigence de la descendance.
Ce livre est écrit comme un journal empreint du réalisme enchanteur du quotidien. L'écriture est d'une infinie poésie et il y a de la grâce dans le style.
Les présentations des éditeurs : 06/04/2008
Bonne nuit, doux prince
«Je le voyais s'éloigner, la nuque maigre, le crâne chauve, les épaules effondrées. Je n'ai pas bougé. J'aurais dû l'appeler, le serrer dans mes bras, lui dire que j'étais heureux qu'il me fasse cadeau, pour me faciliter la vie de tous les jours, des objets qui lui avaient permis d'être lui. Mais je n'ai pas bougé, je n'ai rien dit. C'est aujourd'hui, tant d'années après, que je voudrais le rattraper et le prendre contre moi. Comme un cul-de-jatte qui a mal aux jambes, j'ai mal à mon père. C'est ça, au fond, notre histoire. Des gestes qui n'ont pas eu lieu. Des mots que j'ai négligé de dire.»
Le narrateur trace le portrait de son père, et ressuscite, avec des mots justes et simples, les cartes postales nostalgiques d'un bonheur familial fragile. Il se lance à l'assaut de son enfance comme on gravit une montagne. Il se fait archéologue émotionnel de l'histoire paternelle, comme si les mots pouvaient pallier l'absence.
Hommage d'un fils à son père disparu, d'un enfant à ses parents, le roman de Pierre Charras est bouleversant.