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Auteur : Luc Dellisse
Date de saisie : 17/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : les Impressions nouvelles, Bruxelles, Belgique
Collection : Traverses
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-87449-049-1
GENCOD : 9782874490491
Sorti le : 17/04/2008
Le Testament belge raconte le secret caché de la Belgique.
Le héros de ce récit, malgré son ironie et sa méfiance, est entré peu à peu dans une spirale infernale. Il a effectué pour un cabinet ministériel inexpérimenté quelques missions culturelles farfelues. Et soudain, la machine s'emballe. Il doit s'occuper de dossiers brûlants, mener des transactions souterraines, accepter des rendez-vous nocturnes. Il commence à comprendre qu'il est mêlé à un complot qui dépasse les intérêts locaux et qui pourrait déboucher sur une affaire d'État.
La dernière mission qui lui est confiée est véritablement trop grosse pour lui. Elle a un parfum de mort. Quelqu'un, d'ailleurs, va mourir. Comme toujours, quand il est question, non pas d'un peu d'argent, mais d'un véritable trésor enfoui, les passions ne se contrôlent plus.
Nous traversons à toute vitesse une Belgique comme personne ne l'a jamais montrée : bien loin de Jacques Brel, de Paul Delvaux et des pralines Léonidas. Nous pénétrons des mystères qui n'ont rien d'exotique. Et nous trouvons enfin l'explication inattendue de la crise que ce petit royaume traverse actuellement.
Dix ans se sont écoulés depuis les faits rapportés ici. Mais c'est aujourd'hui seulement que l'explosion va se produire.
Ce livre nous présente un portrait révélateur de la Belgique. Ni vision touristique, ni pamphlet : le roman noir de la réalité...
Luc Dellisse, professeur de scénario à la Sorbonne et à l'université de Bruxelles, mêle ici son expérience personnelle et son goût des intrigues frappantes pour produire un thriller greffé sur l'actualité.
J'aimais l'existence légère, et le tragique réduit à rien, en attendant la mort, le plus tard possible. Je vivais dans un pays qui prenait tout au sérieux, qui n'avait pas eu de XVIIIe siècle, qui confondait la légèreté avec la sécheresse de coeur.
Entre ce pays et moi, aucune tendresse n'était possible. Je me changeais en passe-muraille, vingt fois par jour, pour le traverser comme un mur de fumée. De son côté, il veillait à ce que je ne possède rien, que je ne sois rien, que mon nom soit silence. Tout cela sans affres et même dans un certain confort. Nous vivions ainsi une paix séparée, qui n'empêchait pas, de temps à autre, les coups droits.
Ce pays s'appelait la Belgique ; c'était un royaume ; il pratiquait la paix sociale et l'indifférence civique ; en ce sens, il n'était pas trop difficile d'y survivre et de vaquer à ses fins dernières ; à condition d'être sans espoir.
Pour survivre il fallait quand même un peu d'argent et un peu de chaleur humaine, bon an, mal an. Je m'y attachais avec obstination. Les résultats étaient intermittents. Je n'existais dans les yeux de personne. Sans le pacte secret qui se noue parfois, la nuit, entre une femme et un homme, j'aurais été un paria. Peut-être même n'aurais-je pas eu de corps. Mon esprit aurait fini par exploser en plein vol.
Tout cela durait depuis quarante ans. Ma vie au jour le jour, dans l'invisibilité, ne m'assurait que le strict minimum vital. J'étais conscient de n'avoir aucune place dans la société. Je me réfugiais dans l'éternité, raturant sur mes genoux des fragments de poèmes qui paraissaient de loin en loin dans des revues plus obscures que la mort. Je m'en tirais par accident, sans jamais exercer de profession précise. Vivant entre trois ou quatre villes, j'étais de passage dans chacune d'elles et citoyen nulle part.
La plupart du temps, je connaissais un dénuement matériel complet. Mais plus que les vêtements râpés, que le froid la nuit dans de mauvaises chambres, que les reins cassés par les ressorts du sommier, et les femmes qu'on perd parce qu'on n'a jamais de quoi leur offrir un verre, il y avait le sentiment d'être de trop, toujours.
Il y avait l'éternel mépris dans le regard des autres pour le bateleur que j'étais. On ne peut pas toujours obtenir le gîte, le couvert, la couche nuptiale en parlant de Balzac ou de Wittgenstein. Le moment vient où il faut payer cash.
Parfois j'aurais donné ma main droite pour avoir un métier honorable, une profession sur une carte de visite : il est vrai que je suis gaucher.
J'avais compris depuis longtemps que les emplois intéressants ne se sollicitent pas : ils doivent venir d'eux-mêmes. Impatiemment j'attendais. Aussitôt qu'une offre survenait, je disais oui. Au début je faisais monts et merveilles. Ça ne durait jamais longtemps. À peine mon employeur avait-il prononcé la phrase : Je crois que j'ai trouvé l'oiseau rare, qu'il commençait à déchanter. Entre son dernier alléluia et ses premières malédictions, il se passait rarement plus d'un hiver. Au printemps j'avais vidé les tiroirs de mon bureau et retrouvé mes altitudes sans chauffage, les toilettes sur le palier.
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