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L'enfant des ténèbres

Couverture du livre L'enfant des ténèbres

Auteur : Anne-Marie Garat

Date de saisie : 28/06/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine français

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-7427-7410-4

GENCOD : 9782742774104

Sorti le : 04/04/2008

Anne-Marie Garat ne se contente pas d'évoquer l'Allemagne totalitaire. Ses personnages entraînent le lecteur dans une sombre traversée d'un continent, où les feux de la Grande Guerre sont à peine éteints, où couve le malheur comme autant de foyers prêts à l'embraser.
De Londres à Berlin, de Paris à Budapest, jusque dans des bourgades alpines ou italiennes, la terre et les hommes se préparent à brûler encore au sens propre, comme au sens figuré. Si nombre de consciences sont encore assoupies, la résistance au mal déjà s'organise.
Dans un style exigeant, aux accents proustiens qui suspendent le temps pour mieux restituer sa part d'ombre, la romancière égare le lecteur dans un monde d'illusion, peuplé de vrais espions et de faux semblants. La vie comme au cinéma. On songe parfois au Hitchcock anglais, au Fritz Lang américain et à une certaine partie de chasse orchestrée par Jean Renoir. Anne-Marie Garat aurait pu inscrire sous le titre de son livre : La règle du jeu.


Anne-Marie Garat - 29/05/2008


  • Les présentations des éditeurs : 29/05/2008

1933-1934... Après le désastre de la Grande Guerre, un crépuscule tragique s'annonce, dont peu anticipent les menaces... Vingt ans ont passé depuis Dans la main du diable et Camille Galay, la petite Millie d'alors, débarquée de New York, erre dans Paris, la ville de son enfance, hantée par la mort de son ami Jos, un photographe hongrois qu'elle a suivi jusqu'en Alabama, et à qui elle a promis de rapporter à Budapest un certain étui de cuir rouge...
De toute l'Europe convergent des personnages qui s'ignorent encore, bientôt emportés, sous le double sceau de l'amour et du crime, dans une même aventure qui a pour théâtre les villes modernes, sur les murs desquelles revenants et spectres projettent leurs ombres fantastiques. Dans les chancelleries, dans les gares aussi bien que dans les plus luxueux palaces, au bord du lac de Constance ou de Genève, en Toscane, dans un immeuble ouvrier de Berlin, dans une maison abandonnée des Fagnes de Belgique, jusque dans le grenier de la demeure ancestrale du Mesnil, dans ses bois d'automne, c'est une chasse à l'homme qui s'engage.
Car il y a un petit bureau des morts dans l'horreur de la guerre, où chacun a rendez-vous avec soi, avec l'Histoire. Il y a un pont à traverser pour affronter les fantômes du passé, et ceux du présent, pour apprendre que fictions du réel et cauchemars ont une réalité, dont chacun doit être témoin. Enfants des ténèbres, les monstres n'ont peut-être pour visage que celui du plus familier, du plus anonyme des êtres...
Après Dans la main du diable, Anne-Marie Garat poursuit, avec L'Enfant des ténèbres, une ambitieuse traversée du siècle, confrontant tourments individuels et destinées sentimentales à la rémanence du Mal, dont elle questionne l'inscription dans le temps long de l'Histoire.

Auteur d'une oeuvre littéraire de tout premier plan, Anne-Marie Garat a obtenu le prix Femina pour son roman Aden (Le Seuil, 1992) et conquis un large public avec Dans la main du diable, paru en 2006 chez Actes Sud (Babel n° 840), où elle a également publié de nombreux titres, dont Les Mal Famées (2000 ; Babel n° 557) et Nous nous connaissons déjà (2003 ; Babel n° 741).



  • La revue de presse Christine Rousseau - Le Monde du 18 avril 2008

Tout juste deux ans après, avec L'Enfant des ténèbres, la réponse est là, éclatante et magistrale. Eclatante d'abord parce qu'on retrouve avec bonheur tous les ingrédients qui ont fait la force de son premier volet. Soit une foule de personnages (une vingtaine pour les principaux, plus d'une cinquantaine pour les secondaires) décrits - tout comme les décors et les atmosphères - avec un sens et un souci du détail constants et jamais gratuits ; une intrigue proliférante dans laquelle cette diabolique romancière jongle avec tous les genres (comédie, roman social, politique, d'espionnage...) pour mieux les subvertir...
A priori donc, rien ne semble réunir une jeune fille en quête d'identité aux allures de Lee Miller, une styliste de mode sans scrupules, une libraire aux faux airs de Mathilde Monnier ou un espion séducteur et chasseur dans l'âme. Si ce n'est la remarquable dextérité d'une romancière qui sait, dans une langue somptueuse, tisser finement ces destins dans un entrelacs d'intrigues politico-sentimentales et de chassés-croisés impitoyables. Et avec eux entraîner ses lecteurs dans un tourbillon romanesque étourdissant. Du grand art.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 9 avril 2008

L'auteur promet deux autres volumes, pour embrasser tout le XXe siècle, se glissant dans l'ombre de Hugo et de ses Misérables. Si le projet est pharaonique, le résultat est enthousiasmant. L'auteur soigne le détail, sans se noyer dans la documentation. L'Enfant des ténèbres sait nous parler à la fois de destins individuels et d'ambitions collectives, de police secrète et de trains de la mort, de forêts automnales et de tristes nuits du chasseur.


  • Les courts extraits de livres : 29/05/2008

Virginia Woolf sortit à cinq heures. A l'instant, l'averse cessa. Plus une goutte, vraiment, cela tenait de l'intervention divine ; si étonnant, si ravissant qu'Elise eut à l'esprit une action de grâce. Longtemps elle était restée sur le trottoir d'en face, guettant la porte de la Hogarth Press... Sans impatience, sans même regarder l'heure à sa montre : cela offense le temps. Cela distrait de l'attente et déprécie son dessein, dont l'indécision fait le charme. Derrière les vitres embuées, elle voyait s'agiter de grandes ombres sous les lampes ; des typographes occupés au marbre, des em­ployés à la casse ou de jeunes auteurs venus porter leur manus­crit ; peut-être parmi eux l'éditeur Léonard Woolf lui-même ? Le soir venait. Aux étages, les bureaux des avocats Dollman et Pritchard étaient éclairés. Mais là-haut, vitres noires, c'est donc que personne ne se tenait dans les appartements, qu'il n'y avait ce jour-là ni visite ni réunion privée : alors Mrs Woolf serait bien dans son antre, au fond du couloir, son bloc-notes sur les genoux, sa petite machine à écrire à côté d'elle.
Jamais Elise n'aurait osé franchir le seuil de la Hogarth Press, mais elle imaginait très bien cette sorte de débarras en demi-sous-sol, chichement éclairé d'une verrière, où Virginia Woolf écrivait ses livres en fumant des cigarettes, parmi les vieux meubles et les piles d'invendus emballés dans du papier brun. Elle savait surtout que, vers cette heure du soir, il lui arrivait de quitter la salle humide et sombre pour aller marcher un peu, prendre l'air dans le quartier, ou rendre visite à quelque connaissance. Ce soir, peut-être celle-ci obéirait-elle au besoin de se dégourdir les jambes, ou à cette nécessité plus mystérieuse du travail des écrivains qui, par moments, les jette dehors... Rien ne l'en assurait, au contraire. Mille raisons pouvaient s'y opposer, qu'Elise n'avait pas à conjecturer, ni à conjurer par d'absurdes opérations magiques, ni à redouter puisqu'elle n'avait rien à exiger ni à quémander. A quoi s'ajoutait que, demain, elle rentrait à Paris, comme prévu. Cela mettait son prix à l'essai, elle n'aurait pas deux fois à tenter sa chance... Venir là rien que pour voir Mrs Woolf sortir de chez elle ! C'était tellement ridicule, à son âge, de guetter ainsi à la dérobée, comme une timide écolière, une amoureuse transie. Transie et trempée, en dépit du vaste parapluie que, la voyant partir sous la pluie, lui avait prêté le portier de l'hôtel ; toujours prévenant Sparrow, qui offrait des pastilles à la menthe et cirait ses chaussures... Please, Miss, bave my umbrella ! Malgré quoi elle avait les pieds saucés, la goutte à son nez, qu'elle ne mouchait pas : comment se moucher, encombrée comme elle l'était de ses emplettes, avec ce manche à tête de canard tenu à deux mains, droit contre l'averse ? Ridicule. A ses yeux exclusivement, parce que les rares passants fuyant sous leur propre parapluie n'avaient pas un regard pour elle : ils se moquaient bien qu'une quelconque Elise Casson fît le planton dans l'espoir d'apercevoir la grande Virginia Woolf.


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