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Et la nuit seule entendit leurs paroles

Couverture du livre Et la nuit seule entendit leurs paroles

Auteur : Patrick Besson

Date de saisie : 11/04/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Mille et une nuits, Paris, France

Collection : La petite collection, n° 539

Prix : 3.00 € / 19.68 F

ISBN : 978-2-7555-0054-7

GENCOD : 9782755500547

Sorti le : 02/04/2008

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Patrick Besson

Texte intégral

«RIMBAUD. Une grande idée, c'a été, tiens, de coucher ensemble.
VERLAINE. Que ce soit ton idée ou la mienne, le résultat est le même : on a couché ensemble.
RIMBAUD. Ouais. Même que c'a été bon. Non ? Ça n'a pas été bon ?
VERLAINE (réticence). Si. N'empêche que maintenant on est catalogués pédés.
RIMBAUD. Ce sont des choses auxquelles il faut s'attendre quand on couche avec son meilleur ami.
VERLAINE. C'est embêtant. Imagine qu'on reste dans l'Histoire comme poètes. Eh bien, on restera dans l'Histoire comme poètes pédés.
RIMBAUD. On ne restera pas dans l'Histoire !»


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Stuttgart, février 1875.

Une chambre modeste. Un homme en macfarlane, grosses chaussures aux pieds, étendu sur le lit à une place. Il dort. Ronfle. C'est Verlaine, trente et un ans. La porte s'ouvre. Entre un jeune homme dégingandé, à la veste trop courte : Rimbaud, vingt et un ans. Il s'approche du lit. Soulève le chapeau. Sourit. Se penche. Embrasse Verlaine sur la bouche. Celui-ci se réveille. Il a un moment de stupeur, puis il se débat, échappe à l'étreinte de Rimbaud, se lève.

VERLAINE (se touche la lèvre). Pas venu pour ça. Tu m'as mordu !

RIMBAUD. Tu es venu pour quoi, ma vieille ?

VERLAINE. Te parler.

RIMBAUD. Parler, parler, parler. Si tu arrêtais un peu de parler, surtout quand tu écris ? (Rimbaud prend une bouteille sur une étagère.) Schnaps ?

VERLAINE. Je ne bois plus.

RIMBAUD. What ?

VERLAINE. J'ai renoncé à l'alcool.

RIMBAUD. Tu faisais pourtant ça bien. Ça te donnait même du talent, certains soirs. Enfin, n'exagérons rien. Du savoir-faire. Du savoir-faire parnassien. Qu'est-ce qu'ils deviennent, au fait, tes parnassiens ?

VERLAINE. Pas de nouvelles.

Rimbaud. Ils t'ont drôlement laissé tomber, tes vieux potes. Tous à la porte de l'Académie, demandant qu'on leur ouvre. N'ont que faire du pauvre Lélian. On les appelait comment, déjà ?

VERLAINE. Les pharmaciens.

RIMBAUD. Ah oui ! les pharmaciens. Le mont Pharmace. Fabricants de lotions et de potions.

VERLAINE. Tu es toujours aussi beau.

RIMBAUD. Toi, tu es toujours aussi moche.

VERLAINE. Je sais.

RIMBAUD. Ne fais pas cette tête : ce n'est pas si grave.

VERLAINE. Je sais aussi. Ça va mieux, ton poignet ?

RIMBAUD. Oui... Toi, ta tête, ça va mieux ?

VERLAINE. Oui. Beaucoup mieux. Ma tête, ça va très bien. Je voudrais pouvoir en dire autant de la tienne. Tu écris ?

RIMBAUD. Jamais écrit, moi. Barbouillé. Gribouillé. Crachoté. Maintenant, c'est vacances.

VERLAINE. Je sais que tu écris.


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