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Auteur : Muriel Bloch | Marie-Pierre Farkas
Date de saisie : 10/05/2008
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : Naïve, Paris, France
Collection : Naïveland
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-35021-104-6
GENCOD : 9782350211046
Sorti le : 27/03/2008
Le premier tome d'une saga consacrée à Eleonore, passionnée de musique qui rêve de jouer d'un instrument et ce, malgré l'interdiction de son père. Nous sommes en 1862, Eleonore est envoyée chez son oncle et sa tante à Paris, où elle sera apprentie dans le magasin d'Adolphe Sax et participera à la Commune. Un très bon roman qui mêle avec habileté musique et histoire, une héroïne attachante. Pour grands lecteurs. Vivement la suite !
Le saxophone était recourbé comme le cou d'un cygne, avec une foule de touches dorées sur le côté. Ce jour-là, Éléonore était restée plus longtemps que prévu, le nez collé à la vitrine. Elle rêvait : à la fanfare, à son frère, à Lille, à ses parents et au jour où peut-être, enfin, elle les reverrait.
Elle était perdue dans ses souvenirs quand un garçon qui devait avoir à peine quinze ans la surprit : «Vous aimez la musique, c'est bien rare pour une fille !»
Elle sursauta avant de répondre : «Ces instruments sont les plus beaux du monde !»
Lille, 1862 : Éléonore a dix ans et une oreille exceptionnelle.
Son père devient fou de rage lorsqu'il découvre qu'elle joue de la musique en cachette : ce n'est pas convenable ! Pour lui faire passer l'envie de devenir musicienne, il l'envoie à Paris chez son oncle et sa tante, qui tiennent une blanchisserie. Mais l'enfant trouve vite le moyen de se faire embaucher dans l'atelier de fabrication d'instruments de Monsieur Adolphe Sax, le génial inventeur du saxophone.
Commence alors une vie peuplée d'amitiés et d'amours impossibles, entre Montmartre et Pigalle, où se croisent peintres, artistes et tout le petit peuple de Paris, aux temps de la Commune et des premières Expositions universelles. Devenue une musicienne hors pair, Éléonore rencontre un trompettiste américain qui va bouleverser sa vie. Le souffle de cet amour la conduira au-delà de l'Atlantique, jusqu'à La Nouvelle-Orléans...
Le premier tome d'une saga historique, qui, à travers des figures incontournables de la musique, comme les frères Sax, raconte le destin hors du commun d'une jeune fille passionnée et éprise de liberté.
Pas de piston pour les filles !
«On n'envoie pas une fille à Paris parce qu'elle joue de la musique !»
Arsène fut intraitable. Il avait surpris sa petite Eléonore en train de souffler dans un cornet à pistons en cachette. Pour lui, c'était inacceptable.
«Chez moi, les filles ne font pas de musique. C'est comme ça et pas autrement.»
Arsène était un grand gaillard au coeur tendre, bon camarade, bon ouvrier, bon mari, mais borné. Il avait rêvé d'un fils mélomane et vaillant. Paul était né, certes, mais il était de constitution fragile : un teint d'endive, le souffle court, de mauvaises dents et des lèvres sans qualité. Arsène avait envisagé pour lui une brillante carrière musicale, or, chaque fois qu'on lui demandait de jouer du piston, le pauvre Paul saignait du nez.
En revanche, cette petite Eléonore, née un soir d'orage et de pleine lune, un soir de Sainte-Cécile et de cuite mémorable, montra très vite une sensibilité musicale exceptionnelle. Déjà, dans son berceau, elle tournait la tête dès que les oiseaux pépiaient dans leur cage, souriait quand sa mère fredonnait. Très vite, elle sut parler, marcher, mais surtout chanter. La plus fine mélodie, le moindre petit air qu'elle entendait, même rien qu'une fois, elle le retenait, le chantonnait ou le sifflait aussitôt.
Dès l'âge de sept ans, en cachette de son père, Eléonore s'essaya au piston. Quand une fanfare passait dans la rue des Chats-Bossus, elle se précipitait à la fenêtre. Mais la moindre fausse note, un simple couac pouvait la faire tourner de l'oeil : «J'ai mon dedans dehors», soupirait-elle.
Amélie, sa mère, s'en inquiéta plusieurs fois auprès de ses voisines : personne n'avait jamais connu pareil cas. Le docteur conclut que l'enfant avait l'oreille très sensible et que c'était un don : «Cette petite a besoin de musique : apprenez-lui à jouer d'un instrument.
- Mais mon mari ne veut rien entendre, et je n'arrive pas à le faire changer d'avis.»
Faute de convaincre Arsène, Amélie fit prendre en secret à sa fille des cours de cornet à pistons. Puisque jouer était bon pour sa santé, Paul montait la garde et encourageait sans cesse sa petite soeur : «Je te jure, tu progresses, c'est plus souple, plus harmonieux : tu joues presque comme papa. Petite soeur, tu as du souffle et une oreille fabuleuse, moi, j'ai les poumons trop petits.»
Admiratif, Paul confiait volontiers son instrument à sa soeur. Quand il n'avait pas sa mauvaise toux, il lui racontait comment un âne, un chien, un coq et un chat abandonnés par leurs maîtres respectifs s'étaient rencontrés et associés pour réaliser le rêve de l'âne : devenir musiciens de fanfare, dans la ville de Brème.
«Et ils ont fini par jouer là-bas : le chien de la trompette, le chat du cor de chasse, l'âne du cornet, le coq battait le tambour, et ils ont eu beaucoup de succès.»
La petite Eléonore finissait le conte en frappant dans ses mains. Un jour, elle demanda à son frère : «C'est où, Brème ? Loin de la lune, tu crois ?»
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