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Auteur : Charlotte Bousquet
Préface : Jean Marigny
Date de saisie : 01/02/2008
Genre : Science-fiction, Fantastique
Editeur : le Calepin jaune, Fleurance, France
Collection : Passe-velours
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-9528966-7-2
GENCOD : 9782952896672
Sorti le : 01/02/2008
Paris, de nos jours. Une ancienne captive, délivrée des chaînes du monde par le baiser vampirique. Un Tzigane, éveillé aux ténèbres pour venger les siens. Ambre et Lazzo.
Deux sphinx murés dans la solitude et la peur. Deux êtres au bord de l'abîme, au bord de la folie. Pour survivre, pour contrer les machinations d'un monstre avide de puissance et de meurtre, Ambre et Lazzo devront apprendre la confiance, en eux-mêmes et en l'autre.
Lettres aux ténèbres, récit fantastique et épistolaire, est suivi de deux nouvelles fantastiques et une novella, «Ballade du temps retrouvé» - hommage vampirique, drôle et émouvant, au poète François Villon.
Lettres aux Ténèbres et les récits qui lui font suite [...] représentent sans nul doute une nouvelle étape dans cette longue aventure qu'est l'histoire du vampire en littérature et, ne serait-ce qu'à ce titre, elles méritent d'être lues.
Jean Marigny
Passionnée par les mythes, fascinée par les vampires et les âmes damnées, Charlotte Bousquet est une auteure kaléidoscope, qui se joue des limites imposées par les genres. Romans pour la jeunesse, nouvelles aux résonances antiques, thriller décalé, récits de fantasy épiques, ses différentes publications sont autant de facettes de son écriture... Et d'un imaginaire toujours en mouvement. Avec Lettres aux ténèbres, elle offre aux lecteurs une oeuvre originale et émouvante, ainsi qu'une bouleversante histoire d'amour.
Bruit de ses pas sur l'asphalte humide et luisant, illuminé par de rares réverbères. La rue du Prévôt n'a pas beaucoup changé. Les affiches de la Belle Époque ont été remplacées par les graffitis des taggers. Le «pavé inégal» a disparu, laissant place à cet amalgame froid et terne. Pourtant, l'atmosphère demeure la même - un passage exigu où le ciel se découpe au sommet d'immeubles inclinés.
Fines gouttelettes de pluie sur son visage. Il lève la tête vers le porche étroit et bas de l'immeuble. C'est là. Un code. Il sort de la poche de son manteau de cuir noir un petit appareil électromagnétique - attend quelques secondes - un déclic se fait entendre. Il entre.
Fond de cour.
Un escalier étroit. Raide. Ses bottes crissent imperceptiblement sur le bois desséché. C'est le seul bruit dans ces lieux poussiéreux. Troisième étage. Il écoute. Rien. Le silence. À l'intérieur de son long pardessus, un trousseau de clefs. Il en essaie plusieurs, pousse la porte, pénètre dans un corridor sombre, l'oeil aux aguets. Referme doucement derrière lui, puis déploie ses sens. Ne perçoit aucune présence. Par prudence, il sort un long poignard effilé, avance, observe, épie, à l'affût du moindre signe. Il attend, immobile. Son esprit se dilate, sa perception s'étend maintenant à l'ensemble de l'appartement.
Il n'y a personne.
Sûr de lui à présent, il appuie sur l'interrupteur. Lumière chaude, orangée. Face à lui, une vieille cheminée, fermée par une grille de fer forgé. Au-dessus, une psyché brisée. Des centaines de fragments de miroir sur le sol renvoient l'éclat du lustre aux quatre coins de la pièce. Il s'approche. Observe. Rien n'a été déplacé. Rien n'a été arraché. Aucun objet n'est tombé. Aucun livre n'a été jeté, ni déchiré. Sur le mur, au centre du cadre maintenant vide, des morceaux de plâtre sont tombés. Il y a des taches de sang séché un peu partout.
Il poursuit son inspection. Entrebâille une porte. La salle de bains. Propre. Au bout du couloir, une autre pièce. Fenêtre condamnée : la chambre. Un lit ancien, un peu étroit peut-être. Il s'avance, pose la main sur l'oreiller, se concentre. Reçoit les émotions imprimées sur le tissu.
Tristesse. Solitude. Lassitude.
Impression de pénétrer par effraction dans une âme qui n'est pas la sienne. Il se redresse.
À ses pieds, une robe d'intérieur en crêpe de chine, rebrodée de fils d'or, à la doublure rose pâle. Un vêtement très ancien, tant par ses couleurs passées, ses motifs à demi effacés, que par sa facture, datant probablement du début du siècle. Etrange qu'un être comme elle conserve ce genre de vieilleries. Un peu plus loin, un petit bureau d'un design tout à fait contemporain. Un ordinateur portable. Au fond, des étagères sur lesquelles sont entassés livres, journaux, vêtements, dans un chaos total. Et un gros coffre de bois noir, serti de nacre et de cuivre. Il l'ouvre. Il n'y a rien.
Aux murs, des masques. Masques africains, masques vénitiens, masques de théâtre Nô.
Il regarde de nouveau autour de lui. Posé à côté de l'ordinateur, un cahier épais auquel il n'avait pas prêté attention. Il l'ouvre. Carte postale d'un tableau qu'il connaît bien. Encre noire. Un titre : Lettres du crépuscule. Une écriture fine, serrée, volontaire. Un nom y apparaît : le sien - Lazzo. Intrigué, il tourne les pages, lentement d'abord, puis de plus en plus vite.
... La nuit est d'un noir opaque, à présent. La lune a disparu derrière un rideau de nuages couleur de suie. Si je retourne à la fenêtre du salon, je ne verrai que mon propre visage : celui d'une jeune femme à la peau de marbre, aux cheveux satinés, aux traits fins, aux yeux d'agate... Un visage en transparence, traversé par les lumières de l'immeuble d'en face. Un visage qui n'est ni celui d'un ange, ni celui d'un démon, mais simplement celui d'un vampire. Puis, je le sais, mon regard se perdra dans les sombres masses des toits, cherchera à percer les ténèbres, sondera le ciel, à la recherche d'une présence, d'une silhouette, faite d'albâtre et d'ébène. La vôtre. Mais il n'y aura rien.
Rien que le silence, la solitude et mes larmes.
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