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Auteur : Santiago Roncagliolo
Traducteur : Gabriel Iaculli
Date de saisie : 10/04/2008
Genre : Policiers
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 21.50 € / 141.03 F
ISBN : 978-2-02-090281-6
GENCOD : 9782020902816
Sorti le : 10/04/2008
Félix Chacaltana Saldivar exerce depuis peu la fonction de substitut du procureur dans la ville péruvienne d'Ayacucho. Fonctionnaire tranquille et solitaire, il se voit confier l'enquête sur la mort d'un homme sauvagement assassiné dont le cadavre a été retrouvé calciné et dépecé. Il pense immédiatement à une réactivation de l'organisation terroriste Sentier lumineux. Malgré les réticences de la police et des autorités militaires, Chacaltana poursuit ses investigations, ne faisant que semer derrière lui toujours plus de cadavres atrocement mutilés, apparemment selon des rituels religieux. Et plus l'horreur le poursuit, plus il refuse de la voir et semble perdre l'esprit. Jusqu'au moment où l'évidence se fait si brutale qu'il est impossible de la nier. Qui a tué tuera, et peu importe alors que l'on soit un ancien terroriste, un commandant des forces armées, un chef de la police ou un simple citoyen.
En s'appuyant sur l'histoire du Sentier lumineux, Santiago Roncagliolo a écrit un roman magistral en forme de
thriller sur les traumatismes individuels et collectifs de la guerre contre le terrorisme.
Traduit de l'espagnol (Pérou) par Gabriel Iaculli
Le 8 mars 2000, alors qu'il se trouvait aux environs immédiats de son domicile, dans le village de Quinua, Mayta Carazo (31 ans) a trouvé un cadavre.
Selon ce qu'il a maintenu devant les autorités compétentes, le déclarant aurait assisté pendant trois jours au carnaval de la localité susmentionnée, et participé au bal du village. Il prétend ne pas pouvoir, à cause de cette contingence, se rappeler où il se trouvait la nuit précédente, ni aucune des deux autres nuits avant celle-là, durant lesquelles il dit avoir bu de grandes quantités de boissons alcoolisées. Cette version n'a pu être ratifiée par aucun des 1 576 habitants du village, qui assurent s'être trouvés eux-mêmes dans cet état éthylique pendant les 72 heures précédentes, à cause de la fête.
Le susdit Justino Mayta Carazo (31) déclare s'être trouvé, au cours de la matinée du 8, sur la place du village en compagnie de Manuelcha Pachas Ispijuy (28) et de Deolindo Páucar Quispe (32), qui n'ont pu corroborer ses dires. Le déclarant stipule qu'il a ensuite pris conscience des obligations professionnelles qui l'attendaient au magasin Mi Perú, où il est vendeur. Il s'est levé et s'est dirigé vers ce magasin mais, à mi-chemin, sous le coup de la fatigue, il a décidé de rentrer chez lui pour prendre un repos bien mérité.
Alors qu'il se rapprochait de son domicile, sa fatigue est devenue si grande qu'il a dû entrer chez un voisin, Nemesio Limanta Huamán (41), pour prendre un peu de repos avant de parcourir les quinze derniers mètres le séparant encore de son logement. Il affirme qu'en entrant chez ce voisin, il n'a rien remarqué de suspect, n'a rencontré personne et a traversé la cour pour se rendre directement dans le pailler, où il s'est couché. Il affirme également avoir passé là les six heures suivantes, seul, ce qui est réfuté par Nemesio Limanta Huamán, lequel soutient avoir vu sortir du pailler à midi la jeune Teófila Centeno de Páucar (23), épouse de Deolindo Páucar Quispe (32), pourvue, selon les témoins, d'arrières imposants et d'appétits charnels très exacerbés, ce qui a été démenti aussi bien par son conjoint que par Justino Mayta Carazo (31).
Le déclarant dit ensuite qu'une heure plus tard, à treize heures, alors qu'il étirait les bras pour se réveiller, il a touché un corps dur et rugueux caché dans la paille. Croyant qu'il pouvait s'agir d'un coffre contenant de l'argent dissimulé par le propriétaire de la maison, il a décidé de le sortir de là. Le représentant local du ministère public ayant jugé bon de reprocher au déclarant ses mauvaises intentions manifestes, Justino Mayta Carazo a répondu en témoignant d'un repentir sincère qu'il irait se confesser au curé de la localité susmentionnée, Julián Gonzalez Casquignán (65).
Le susdit déclarant ajoute que, vers treize heures dix, il a estimé que l'objet était trop grand pour être une cagnotte et qu'il ressemblait plutôt à un tronc brûlé, noir et poisseux, et, en enlevant le reste de la paille qui le couvrait, il a trouvé une surface irrégulière percée de plusieurs trous. Puis il a découvert, comme il le déclare, qu'un de ces trous était une bouche pleine de dents noires, et il a reconnu, un peu plus bas, des traces de tissu d'une chemise, également calcinée et confondue avec la peau et les cendres d'un corps déformé par le feu.
Vers treize heures quinze, les cris de terreur de Justino Mayta Carazo (31) ont réveillé les 1 575 autres habitants de la localité.
Dont acte, en date du 9 mars 2000, je soussigné,
Félix Chacaltana Saldivar, substitut du procureur de district de Huamanga
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