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Le chien de Dieu

Couverture du livre Le chien de Dieu

Auteur : Patrick Bard

Date de saisie : 08/07/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Prix : 21.50 € / 141.03 F

ISBN : 978-2-02-065377-0

GENCOD : 9782020653770

Sorti le : 10/04/2008

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

1978. Les armées de Bonaparte occupent Rome et s'apprêtent à piller le Vatican. En tentant de soustraire d'inestimables manuscrits à la convoitise des Français, Antonin Fages, prêtre et bibliothécaire, découvre une étrange confession rédigée en une langue qui le ramène à son enfance occitane et à ses débuts d'humble vicaire en Margeride, à la terrible année 1764, quand une calamité dépêchée par Dieu dévorait dans les campagnes enfants et jouvencelles. La découverte du manuscrit condamne Antonin à revivre trois ans passés en enfer, trente ans plus tôt. Trois années à traquer la Bête qui terrorisait les campagnes, tuant, égorgeant, dévorant sur son chemin. A l'époque, Antonin n'avait pu élucider ce mystère plus grand que lui. Sans doute cette confession recèle-t-elle un terrible secret car d'autres, moins bien intentionnés que lui, n'hésitent plus à tuer pour subtiliser le manuscrit. La traque contraindra le bibliothécaire à errer dans les bas-fonds de Rome au péril de sa vie, tentant d'échapper à l'armée des ombres qui le poursuit sans pitié.

Patrick Bard est écrivain et photographe. Son premier roman, La Frontière, a obtenu le prix Michel-Lebrun 2002, le prix Brigada 21 (Espagne) du meilleur roman policier étranger 2005 et le prix Ancres noires 2006.



  • La revue de presse Roger Martin - L'Humanité du 3 juillet 2008

Qu'il s'agisse des divers protagonistes, hauts en couleur et à la psychologie fouillée, ou des ressorts du récit, de l'utilisation ingénieuse d'éléments authentiques d'une affaire transformée en mythe, de la parfaite connaissance témoignée de la période historique, des lieux, aussi bien le «tant rude Gévaudan» que la Rome d'un XVIIIe siècle finissant, le lecteur ne peut que se laisser happer pour une immersion totale dans l'époque. Si l'on ajoute que, à la réserve de quelques anachronismes de vocabulaire (un personnage «roule» pour la France, et l'exaspérant «au final» n'est pas évité), Bard fait montre d'une rare maîtrise du style, jouant de toutes les ressources d'une langue et d'un vocabulaire savoureux et précis à la fois, mettant en valeur avec le même bonheur sauvagerie des paysages de la Margeride et magnificence oppressante d'une Rome assiégée, tourments et perversion d'un être malfaisant qui préfigure d'autres figures de bourreaux ouvriers de massacres de masse, comme la perversité civilisée de certains serviteurs d'une Église attachée au secret et au silence, on comprendra que le Chien de Dieu est une lecture indispensable.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Vivarais, 3 juillet 1764

C'est un pays de calamités, où Dieu lui-même viendrait à douter de sa propre existence si les hommes ne lui rappelaient par leurs incessantes prières qu'il les a placés en ces terres hostiles.
Chaque année, neuf mois d'hiver, grossesse maudite d'un sol stérile, et trois mois d'enfer.
- Ne blasphème pas, père Mazaudier, proteste la Louise en enfilant sa navette dans le métier à tisser, Dieu n'y est pour rien. D'abord, il y a eu le feu.
C'est pourtant vrai qu'il y a eu le feu, un feu étrange en ces printemps où d'habitude le ciel s'éponge.
Le froid est ici chez lui. Mais l'an neuf n'a porté que sécheresse, et les aiguilles des pins se brisent comme verre sous les pas des troupeaux affamés.
Alors, le feu a pris, le souffle incandescent de l'incendie a balayé les landes à genêts, à bruyères, les mélèzes se sont enflammés, et jusqu'à l'air lui-même illuminant la nuit, et la lune et les étoiles se levaient rouges du sang des forêts, et les matins voilés trouvaient les habitants des hameaux baignés par une pluie de cendre, occupés à balayer les flocons gris et légers sur le seuil de leurs portes, un goût de plomb fondu sur leurs langues.
De trois jours, le soleil ne s'était plus levé.
Les animaux sauvages, lièvres et renards, proies et prédateurs unis par l'agonie jaillissaient des buissons comme des balles, fourrure enflammée, yeux noyés par la peur et la douleur, et ils s'en allaient porter le feu aux bois épargnés avant de mourir en se roulant dans les broussailles. Des oiseaux s'étaient embrasés en plein vol.
Il aura fallu la violence de l'orage pour éteindre la montagne.
La violence de l'orage et de la grêle, qui a pris son dû en seigle et blé à venir.
Jacques Mazaudier fourrage dans ses longs cheveux gris, sous le chapeau de feutre spongieux maculé d'auréoles graisseuses qu'il ne quitte qu'à l'église ou aux veillées et ramène sur ses doigts l'exhalaison rance de son cuir chevelu.
Il lève la tête et contemple les monts bleus par-dessus les toits du hameau des Ubacs, en direction du Moure de la Gardille qui se frotte au ciel, là-bas.
La fenêtre n'est qu'un trou dans le mur, fermée d'un panneau de bois.
Il ne sait pas lire, le père Mazaudier.
Ni écrire.
Mais compter, ça oui, il sait, même que c'est une seconde nature, comment faire autrement quand il faut épargner le fer-blanc de la marmite, la terre cuite de l'olo où cuit la soupe, l'huile du calelh dont la flamme fumeuse éclaire chichement l'ostal, la maison, quand le maître des terres attend sa redevance à la Toussaint qui suit la récolte, et à Pâques, encore, soixante livres de fromage, trois quarts à la Saint-Pierre, un quart à Toussaint, plus quarante-cinq livres de beurre à la Saint-Jean, trois tomes par semaine de mai à septembre, huit paires de chapons pour Carnaval, dix boisseaux de pois blancs, treize de lentilles, un sac de navets, trente douzaines d'oeufs.
Et il faut s'estimer bien heureux que la livre languedocienne soit inférieure à la rouergate, sinon ce serait bien pire encore.


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