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Auteur : Anne Lamy | Gérard Tixier
Date de saisie : 18/04/2008
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Milan, Toulouse, France
Collection : Déclic de soi
Prix : 12.50 € / 81.99 F
ISBN : 978-2-7459-3061-3
GENCOD : 9782745930613
Sorti le : 28/02/2008
La société d'aujourd'hui impose une image du bonheur à laquelle nous devrions tous nous conformer.
Ceux qui n'y parviennent pas s'enferment dans une réelle souffrance de vivre. Elle est d'autant plus vive qu'ils se sentent coupables d'aller mal, devenant impitoyables envers eux-mêmes. Mais pourquoi le spleen, la tristesse, le blues ou le chagrin, pourtant tout à fait naturels, devraient-ils rester dans l'ombre ou être effacés par quelque antidépresseur ? Un jour, c'est le " Déclic de soi " : on décide de s'accorder le droit à la déprime.
Cela ne conduit pas forcément à la dépression, mais plutôt à la découverte de la joie d'être nous-mêmes avec nos failles et nos blessures, en vue de jours meilleurs. Pourquoi la société veut-elle nous empêcher de déprimer ? Une rupture amoureuse, un licenciement, un deuil nécessitent-ils un traitement ? Comment distinguer la déprime de la dépression ? Peut-on accepter voire revendiquer ce mal-être sans culpabilité ni honte ? Comment passer de la plainte au sentiment d'exister ? Que découvre-t-on sur soi dans cette épreuve ? À la suite d'un épisode de déprime, en quoi le fait d'oser enfin être nous-mêmes nous ouvre-t-il aux autres ?
Le docteur Gérard Tixier est psychiatre et psychanalyste. Auteur de nombreux ouvrages, dont Les Paranos et La Tentation du suicide chez les adolescents (Pavot), il a été pendant vingt ans président de l'association SOS Dépression.
Anne Lamy est journaliste et coauteur de plusieurs ouvrages dont Travailler sans dérouiller, dans la collection «Déclic de soi», Réussir la garde alternée et Un seul parent à la maison (Albin Michel).
CONDAMNÉS À ÊTRE HEUREUX
Pour mieux comprendre la place de la déprime dans notre vie, faisons un crochet par le bonheur. Car une époque qui le sacralise à ce point génère dans le même temps, forcément, son revers. Nous voilà donc passés du droit au bonheur au devoir de bonheur. Cet impératif complique considérablement notre existence, tant on a de la peine à le définir ; et parce que cette quête est, par ailleurs, contre-productive.
La naissance du bonheur
«Le bonheur est une idée neuve en Europe», disait Saint-Just en 1793. La vraie nouveauté, c'est plutôt qu'on en fasse une affaire d'État ! Le Siècle des lumières s'est en effet emparé du bonheur pour le placer au premier rang des débats. Les penseurs de l'époque préféraient parier sur le bonheur terrestre plutôt que sur le salut de leurs âmes au Paradis.
Cette amélioration de la vie, ici-bas, était rendue possible par la diffusion du progrès technique et matériel ainsi que par le vacillement de la religion. «Abolir la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c'est exiger son bonheur réel», résumera Karl Marx, des décennies plus tard. Voilà qui était fait : l'idée du bonheur sur terre, et pas uniquement pour une poignée d'élus ou de puissants, venait de faire une entrée fracassante dans les esprits. Cela ne faisait que commencer...
Un droit écrit dans les textes
En 1776, Thomas Jefferson écrit dans la Déclaration d'indépendance des États-Unis : «Les hommes [...] sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.» La France s'intéressera elle aussi au bonheur dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, le 24 juillet 1793. L'article 1er l'annonce sans équivoque : «Le but de la société est le bonheur commun.» Quelle curieuse époque : en deux siècles environ - ce qui n'est pas énorme à l'échelle de l'humanité - nous sommes passés du bonheur considéré comme un droit, au bonheur devenu un devoir en ce début de XXIe siècle.
C'est quoi, le bonheur ?
Aujourd'hui, les experts (économistes, philosophes, sociologues, etc.) n'en finissent pas de débattre sur ce qu'est le bonheur. Mais ce désossage en règle ne donne rien de convaincant : qu'il soit éclairé au néon de la pensée scientifique ou chiffré par les économistes, le bonheur a bien du mal à passer sous une quelconque toise ! Par essence, il varie selon les individus, selon les pays. Ici, le bonheur signifiera joie du dépouillement; là, il sera synonyme d'accumulation de biens matériels. D'autre part, comment évaluer ce qui n'est pas quantifiable : la richesse du lien social, la force d'un amour, l'ouverture aux autres ?
. Bonheur ou bien-être ?
Ce que mesurent généralement les économistes, ce n'est pas le bonheur, mais plutôt le niveau de bien-être, donc une certaine forme d'aisance. Les politiques ont tendance à confondre les deux. C'est logique ; c'est sur cette confusion que se fonde le capitalisme : avoir toujours plus, c'est être toujours plus (heureux). Mais les plus sages d'entre nous ne s'y sont pas trompés ; le bonheur, ce n'est pas l'avoir. Deux axiomes de base expliquent pourquoi : (...)
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