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Auteur : Alberto Ongaro
Traducteur : Jacqueline Malherbe-Galy | Jean-Luc Nardone
Date de saisie : 19/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Anacharsis, Toulouse, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-914777-45-2
GENCOD : 9782914777452
Sorti le : 18/04/2008
Cipriano Parodi est un jeune auteur vénitien à l'imagination foisonnante. Lorsqu'il reçoit une invitation de la part de Caspar Jacobi, écrivain contemporain déjà mythique, à venir le rejoindre à NY pour travailler dans son équipe, il ne se doute pas des effrayantes épreuves qu'il devra affronter. Cipriano, d'abord sous le charme de Jacobi, voit petit à petit ses illusions partir en fumée, et son imagination se mettre à la merci de celle de son maître. Et puis c'est tout son imaginaire qui semble incorporer celui de Jacobi, pour finalement s'insinuer imperceptiblement dans le réel, comme si la frontière entre imagination et réalité n'était qu'artificiellement maintenue par la seule volonté désuète du lecteur.
C'est un rêve, une fable vénitienne digne d'un Fellini, teintée de la magie d'un Hugo Pratt, que nous propose Alberto Ongaro. Extraordinaire roman, tant par son écriture que par son originalité, où le lecteur est probablement le plus envoûté des personnages, et ne peut s'assurer totalement de garder un pied dans la réalité à la fin de sa lecture.
Cipriano Parodi, jeune homme fantasque issu d'une antique famille vénitienne, est submergé depuis toujours par une imagination torrentielle d'où jaillit un univers peuplé de personnages de fiction échappés des plus extravagants romans d'aventures, qui l'entraînent comme malgré lui dans l'écriture. Si bien que l'étrange prédiction de sa parente la comtesse Zobenigo, une gitane obèse, lisant au creux de sa main la promesse d'une terrible rencontre dans un futur incertain, ne parvient pas tout à fait à le mettre sur ses gardes.
Peu après la parution de son premier roman, Cipriano est invité à New York par le mystérieux et célébrissime écrivain Caspar Jacobi, un nouvel Alexandre Dumas régnant sur l'empire du roman populaire, pour une entrevue dont le motif reste obscur. Avec un formidable enthousiasme, et accompagné de la cohorte de ses créatures - qui se font de plus en plus envahissantes -, il se présente au rendez-vous...
Alberto Ongaro, marionnettiste génial d'un monde littéraire qui, sous sa plume, semble vivre sa propre vie, orchestre ici un roman machiavélique sur le vampirisme de la littérature, sur sa faculté à gober ses proies, y compris les plus averties des dangers qu'elle est capable d'engendrer.
Alberto Ongaro est né et demeure à Venise. Écrivain et grand voyageur, il a été le complice d'Hugo Pratt. Ila déjà publié aux éditions Anacharsis La Taverne du doge Loredan (2007), également traduit par Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone.
«Sachez que mes sentiments envers Ongaro oscillent entre admiration et dévotion. Sachez que je le considère comme le plus grand écrivain italien vivant. Le Secret de Caspar Jacobi est un livre enchanteur. Quand il écrit, Ongaro nous plonge dans un terrifiant état de grâce, je dis bien terrifiant car le roman est parsemé de petits gestes superstitieux, de petit rites, de sorcellerie ; l'auteur tente de déchaîner la colère des dieux de la narration à l'aide de son ardente créativité, et de la force de ses personnages tellement vivants que l'on sent leurs mouvements (les contorsions de celui qui tente de s'extraire d'une camisole de force) soulever la page.»
Antonio D'Orrico, Corriere della Sera
Quand arriva la lettre de Caspar Jacobi j'avais sinon oublié du moins laissé en suspens et archivé la prédiction de cette grasse gitane de Feltre connue sous le nom de comtesse Zobenigo qui, en examinant ma vie future, y avait remarqué quelque chose d'obscur, une sorte de guet-apens dressé par quelqu'un qui m'attendait, un ennemi ou une bête féroce prête à bondir sur moi quand je passerais près d'elle.
La noble dame, dont j'aurai l'occasion par la suite de parler plus en détail, avait regardé ma main et y avait vu cet événement en attente mais n'avait pas su ou n'avait pas voulu me dire de quoi exactement il s'agissait, peut-être aussi parce que, pris au dépourvu, je n'avais pas fait grand-chose pour le savoir.
Je n'avais pas encore atteint mes vingt ans et huit autres années étaient passées depuis ce jour-là, mais au cours de cette longue période qui s'étendit entre le moment de la révélation, appelons-la ainsi, de mon obscur destin et celui où je commencerais à la mettre de côté, j'avais été contraint de me soumettre à l'exercice, parfois fécond parfois frustrant, qui était de chercher à comprendre ce qui m'attendait là-bas tout au bout.
Je ne dirai pas, du moins pour le moment, quelles conjectures je formulai, quels événements je supposai ; je dirai seulement que, avec quelques autres choses dont je parlerai plus tard, cet exercice contribua à faire de moi un honnête athlète des espaces mentaux, un constructeur de destins imaginatif, un maître de l'anecdote.
On conviendra en effet que celui qui pendant des années passe quelques heures du jour et de la nuit à se demander ce qu'a bien pu voir la comtesse Zobenigo, ou qui serait assailli brutalement et sans horaire précis par cette question et par le besoin d'en trouver la réponse, se soumet, qu'il le veuille ou non, à un commerce quotidien avec les images du futur et à un entraînement qui ne peut que donner des résultats appréciables.
Certes, si j'avais dû gagner ma vie j'aurais été contraint d'occuper mon temps de bien d'autres façons, mais ma famille était alors, et j'ai des raisons de croire qu'elle continue à l'être, même si je n'ai pas de nouvelles récentes d'elle, plutôt aisée, suffisamment en somme pour permettre à chacun de ses membres de vivre dans cette sphère dont l'accès est refusé aux indigents, où parmi tant de gens il est donné de s'écouter surtout soi-même.
Nous descendons en effet de Vivarino Parodi, le marin génois qui, capturé en pleine mer par les Vénitiens durant l'une des nombreuses batailles navales entre les flottes des deux républiques, fut confié après quelques années de prison aux bons soins d'un des grands maîtres vitriers de Murano, Pellegrino Zanetti, dont il finit par devenir l'élève préféré et l'héritier.
Le miroir dans lequel se reflète votre image chaque fois qu'il vous arrive de passer devant lui a été fort probablement produit par Specchi Veneziani Parodi, la fabrique que mon lointain ancêtre fonda en 1722 et que ma famille possède toujours. Elle, je veux dire la fabrique, se trouve à l'extrémité de l'île de Murano, là où le canal de San Donato débouche dans la lagune septentrionale, et arbore encore sur le portail d'entrée un panneau de mosaïque représentant Vivarino Parodi alors qu'on le hisse hors de la mer dans une des galères de la Sérénissime, précieux témoignage mais non le seul de la bienveillance dont le marin génois jouissait de la part des autorités de la République.
Dans les années qui suivirent 1722 et jusqu'à nos jours l'entreprise Parodi produisit et exporta quelques centaines de milliers de miroirs (encore au siècle dernier on disait que si tous les miroirs Parodi avaient été placés l'un à côté de l'autre ils auraient couvert l'entière surface de la terre et réfléchi l'univers entier), un succès durable qui assurait l'aisance de ma famille et qui ne s'expliquait que par la facture exquise des miroirs dont on murmurait qu'ils avaient le pouvoir magique d'anoblir les physionomies les plus vulgaires.
Moi, Cipriano Parodi, qui étais resté très tôt orphelin de père et de mère, je fus élevé comme un personnage de Dickens par les soeurs de mon père, Cattolica Parodi et Pagana Parodi, épouse Zobenigo.
Cattolica n'est pas un surnom mais un prénom, encore qu'inhabituel. Il fut donné à ma tante en hommage à cette religion qu'une branche au moins de ma famille avait toujours tenue en haute estime et qu'elle, Cattolica, célibataire au caractère noble et étourdi, vivant dans la crainte de Dieu, avait fini, peut-être par fidélité à son prénom, par considérer comme l'unique raison de sa très sainte vie.
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