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Auteur : Tom Perrotta
Traducteur : Madeleine Nasalik
Date de saisie : 13/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-87929-596-1
GENCOD : 9782879295961
Sorti le : 30/04/2008
Ruth est professeure d'éducation sexuelle dans un lycée. Après avoir dit dans un cours que certains tirent du plaisir de la fellation, elle est traitée comme une paria. Au fil du temps, le mouvement puritaniste prend de l'ampleur. Il se développe insidieusement dans tous les milieux rock, sportif...
Une satire de l'Amérique qui permet de réfléchir. Où est la vraie Amérique ? Celle des puritains et de Bush ou celle des "modernes"....
Certains y prennent plaisir.
C'est ce commentaire imprudent sur la fellation qui va livrer à la vindicte populaire Ruth Ramsey, professeur d'éducation sexuelle dans un lycée de Stonewood Heights. Choqués par sa liberté de ton, des parents appartenant à la très traditionaliste Église du Tabernacle menacent de traîner l'établissement en justice. Pour calmer le jeu, le directeur décide de faire appel à JoAnn Marlow, une «Consultante Virginité» qui utilise son sex-appeal pour prôner l'abstinence jusqu'au mariage. Petit à petit, les puritains gagnent du terrain à Stonewood Heights...
Mais Ruth Ramsey n'a pas dit son dernier mot. Ni Tim Mason, le très charismatique coach de l'équipe de football.
Perrotta poursuit sa radiographie satirique de l'Amérique dans ce roman cruel et désopilant. Fin observateur des moeurs contemporaines, il nous montre deux visages d'une société pleine de paradoxes.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Madeleine Nasalik.
Miss Moralité
Le jour de la rentrée, Ruth Ramsey, professeur d'éducation sexuelle, se pavanait en minijupe jaune citron, top noir ultramoulant et sandalettes à talons hauts. Cette tenue tapageuse, qu'en temps normal elle n'aurait même pas choisie pour séduire un amant potentiel - précisons que les galants ne se bousculaient pas à son portillon -, et encore moins pour se rendre au lycée, elle la considérait comme un modeste acte de rébellion, une sorte de mémento qui rappellerait, à elle-même et à quiconque se sentirait concerné, qu'elle participait contre son gré à la pantalonnade censée avoir lieu un peu plus tard dans la matinée, lors du cours de santé & vie familiale.
En route vers la salle de classe, Ruth effectua son crochet rituel par la bibliothèque où officiait Randall, documentaliste en chef, qui attendait son grand latte au lait écrémé avec la fébrilité d'un junkie. Echange de bons procédés, Randall se chargeait de l'excursion Starbucks à midi. Prof et bibliothécaire s'étaient liés d'amitié quelques années plus tôt en se découvrant une répugnance commune à l'égard du café distribué en salle de repos - que Randall qualifiait, en langage fleuri, de «pisse Maxwell à peine tiède» - et dépensaient volontiers des sommes folles pour échapper à cette calamité.
Lorsque Ruth s'approcha, Randall ne quitta pas des yeux l'écran de son ordinateur. Un naïf aurait salué en lui le zèle du pro des sciences de l'information, absorbé de bon matin dans des recherches de la plus haute importance, mais Ruth n'était pas dupe : Randall écumait eBay en quête de figurines Hasbro, tâche à laquelle il s'attelait plusieurs fois par jour. Gregory, son compagnon, agent immobilier prospère et artiste (à temps partiel), confectionnait des dioramas élaborés mettant en scène des GI Joe Résistance française - modèle quasi introuvable sur le marché, dont le ténébreux charme latin était mis en relief par un col roulé noir et un béret assorti. Dans sa dernière oeuvre, Gregory s'était donné un mal de chien pour reconstituer, jusqu'aux moindres détails, un café parisien à la fin de la Seconde Guerre mondiale. S'y tenaient une dizaine de poupées identiques qui se lançaient des oeillades expressives par-dessus des nappes de vichy rouge, des gauloises microscopiques, bricolées à la main, collées à leurs doigts en plastique.
- Alléluia, marmonna Randall à peine Ruth eut-elle placé le gobelet fumant sur son bureau. J'étais en train de sombrer dans le coma.
- La pêche est bonne ?
- Pas grand-chose, quelques fantassins russes. Etat neuf mon cul.
Randall se détourna de son ordinateur et, à la vue de sa collègue, ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.
- Ta mère t'a laissée sortir habillée comme ça ? Ça m'étonne.
- C'est mon nouveau look. Tu aimes ?
Ruth prit la pose, se déhancha et se creusa les joues comme un mannequin. Randall l'examina des pieds à la tête, avec un soin particulier, profitant de son statut d'homo pour se rincer l'oeil.
- J'adore. Tu fais très Mary Kay Letourneau, si tu me permets ce rapprochement.
- Les gamines m'ont sorti la même chose. Sauf que dans leur bouche ça n'avait rien d'un compliment.
Randall s'empara de son latte, l'approcha de ses lèvres et souffla à trois reprises dans la fente du couvercle en plastique, devenu flûte à bec.
- Elles devraient être fières que leur maman puisse encore se permettre ce genre de jupe à son...
Le flûtiste s'interrompit, laissa planer un silence diplomatique.
-... à son âge ? devina Ruth.
- Tu n'as rien d'une vioque. Sans compter que tu es superbe.
- Pour ce que ça m'apporte.
Sirotant son café, Randall haussa les épaules d'un air philosophe.
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