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Auteur : Naomi Alderman
Traducteur : Hélène Papot
Date de saisie : 16/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-87929-538-1
GENCOD : 9782879295381
Sorti le : 30/04/2008
Ronit est partie vivre aux Etats-Unis il y a maintenant quinze ans.
A dix huit ans, elle a quitté l'Angleterre, pour vivre loin de la communauté juive orthodoxe, exister dans son homosexualité, devenir au cours des années une femme libre.
Mais son père le Rav Krushka vient de décéder et Ronit est rappelée, étant sa seule famille.
Elle retrouve ainsi Esti devenue la femme de son cousin Dovid.
Son insolence, et sa rébellion, sa stature de femme libre vont lui valoir bien des ennuis.
Elle vit si loin de toutes ces mascarades.......
Drôle, pertinent et réaliste ce récit est une véritable aubaine pour toutes les femmes juives.
Insolente, rebelle, Ronit a quitté I'Angleterre et la communauté juive orthodoxe à dix-huit ans, direction New York. Refusant de se plier au destin tout tracé de mère de famille et d'épouse, elle a désobéi à son père, le grand Rav Krushka.
À la mort de ce dernier, quinze ans plus tard, Ronit est rappelée auprès de sa famille à Hendon. Elle retrouve Esti, qui fut sa petite amie, et son cousin Dovid. Eux n'ont pas désobéi. Dovid, choisi par Rav Krushka dès son adolescence pour être son successeur, est devenu rabbin presque malgré lui. Esti a nié son attirance pour les femmes et suivi les préceptes de la Torah : elle a épousé Dovid... sans cesser d'aimer Ronit. Le retour de l'enfant maudite dans ce monde replié sur lui-même va provoquer une onde de choc.
Naomi Alderman est née en 1974 et a grandi dans la communauté orthodoxe d'Hendon, en Angleterre. Diplômée d'Oxford, elle a travaillé dans l'édition et a passé plusieurs années à New York. La Désobéissance est son premier roman. Naomi Alderman vit aujourd'hui à Hendon.
Traduit de l'anglais par Hélène Papot.
Remarquable. C'est le premier adjectif qui vient à l'esprit quand on referme le livre de Naomi Alderman. Et ce d'autant plus qu'il s'agit d'un premier roman. D'autant aussi que le sujet - l'homosexualité dans le milieu juif orthodoxe - était relativement audacieux. Pourtant, Naomi Alderman, 33 ans, en parle avec autant d'humour que de subtilité, s'appuyant sur sa connaissance de ce milieu où elle a grandi pour aborder d'autres thèmes, tels que le pouvoir des mots, le retour à "ce pays où l'on revient toujours" (l'enfance, l'expression est de la romancière américaine Kirsty Gunn), la place de l'homme dans le monde, et celle de la femme...
En grandissant dans un environnement où circulent des histoires de rouleaux de la Torah qui discutent entre eux, et de lettres de l'alphabet pourvues de personnalité, Ronit a fini par croire que les livres parlent. Qu'ils continuent de parler, même une fois refermés. Qu'ils sont de "petit (s) univers en expansion", comme l'écrivait si joliment Antonio Tabucchi dans Autobiographies d'autrui. C'est assurément le cas avec ce dense et brillant roman.
Et durant le shabbat, les prêtres chanteront un chant pour le futur qui est à venir, pour ce jour entièrement consacré au shabbat et au repos éternel.
Mishnah Tamid 7 :4, récité pendant l'office du samedi matin
Lors du premier shabbat qui suivit la fête de Simchat Torah, la pâleur et la maigreur du Rav Krushka étaient telles que l'on discernait l'au-delà au fond de ses orbites, murmurait-on dans la communauté.
Le Rav les avait accompagnés pendant les jours saints, il avait assisté debout à l'office long de deux heures qui clôturait le jeûne de Yom Kippour, bien que, plus d'une fois, son regard ait chaviré, comme s'il était sur le point de s'évanouir. Il avait aussi dansé gaiement, quelques minutes à peine certes, avec les rouleaux de la Torah. Mais ces jours bénis appartenaient au passé, son énergie vitale s'en était allée. En dépit de la chaleur étouffante de cette journée de septembre, des fenêtres fermées et de la sueur qui perlait au front des membres de la communauté, le Rav, appuyé sur le bras de son neveu Dovid, était emmitouflé dans un manteau de laine. Sa voix était ténue. Ses mains tremblaient.
La chose était entendue. Elle l'était depuis un certain temps. Cela faisait des mois que sa voix, autrefois claire et généreuse comme le vin rouge du kiddoush, était rauque, parfois brisée par une petite toux âpre ou de violents accès de suffocation qui le secouaient tout entier. Difficile, cependant, de croire à la présence d'une vague ombre sur le poumon. Qui était capable de voir une ombre ? Qu'était-ce, une ombre ? La communauté ne pouvait admettre que le Rav Krushka succombe à une ombre - lui qui les illuminait de sa présence tant la lumière éclatante de la Torah brillait en lui.
Les rumeurs s'étaient répandues au sein de la communauté, transmises au hasard des rencontres dans la rue. Un spécialiste de Harley Street lui avait affirmé qu'un mois de repos suffirait à le remettre sur pied. Un célèbre rabbin avait écrit que lui et ses cinq cents jeunes élèves récitaient chaque jour le livre des psaumes en entier pour obtenir la guérison du Rav Krushka. Le Rav, disait-on, avait reçu une prophétie en songe : il vivrait assez longtemps pour voir la pose de la première pierre du Temple de Jérusalem.
Pourtant, il était chaque jour plus frêle. La nouvelle de sa santé déclinante se propageait dans Hendon et au-delà. Et les choses étant ce qu'elles sont, les fidèles auxquels il arrivait, parfois, de délaisser la synagogue pendant une semaine ou de fréquenter un autre office se révélaient maintenant de fervents dévots. Les croyants se faisaient chaque semaine plus nombreux. La malheureuse synagogue - à l'origine, deux maisons mitoyennes dont on avait abattu les murs intérieurs pour obtenir un seul et unique espace - n'était pas à même de recevoir une telle affluence. Lors des services, l'air se raréfiait, la température augmentait, l'atmosphère devenait presque fétide.
Un ou deux membres du conseil de la synagogue avaient suggéré qu'il serait peut-être souhaitable d'organiser un autre office pour répondre à cette fréquentation anormalement élevée. Yitzchak Hartog, le président du conseil, les avait ramenés à la raison. Tous ces gens venaient voir le Rav, avait-il déclaré, et ils le verraient.
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