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Auteur : Michel Lambert
Date de saisie : 02/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Littérature
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-268-06551-9
GENCOD : 9782268065519
Sorti le : 02/05/2008
On trouve au fil de ces nouvelles de Michel Lambert une homogénéité de ton qui donne l'impression que tous ces personnages se ressemblent dans leur fragile humanité. Dix tranches de vie où les petits grains de sable du quotidien font basculer les existences, imperceptiblement. Et ce ciel, d'un bleu insolent ou plombé, est témoin de ces vies, si proches de nous. Un style limpide pour une réussite magnifique !
Un jour, ils ont eu l'impression que le ciel disparaissait. Comme si un grutier facétieux avait lâché un bloc de béton sur leur tête qui, des années plus tard, résonnerait encore des vibrations du choc. Une humiliation, un enfant malade, une dette de jeu, une dispute, la fin d'une liaison... Mais il suffit parfois de pas grand-chose pour que le ciel réapparaisse alors que tout semblait joué. La voix d'une femme derrière la porte, des cerfs-volants dans le ciel, le verre de l'amitié, des retrouvailles, le rêve d'une cerisaie...
Les personnages de ces dix nouvelles ont tous vécu la disparition du ciel puis sa renaissance. Dans un mélange de gravité, d'espoir et de renoncement. De dignité et d'humanité. Un homme aboie, un autre fustige les peintres préraphaélites, une femme bénit les passants, trois amis éprouvent une peur irraisonnée... Soudain le tragique, l'incongru, le cocasse se taisent pour laisser la parole aux âmes qui, enfin, se comprennent.
Romancier et nouvelliste, Michel Lambert publie ici son dixième livre. Prix Rosselpour Une vie d'oiseau (éditions de Fallois/L'Age d'homme), il est aussi l'auteur des Préférés (Julliard) et, aux éditions du Rocher, de Soirées blanches, La Troisième Marche, Fin de Tournage, La Maison de David (Prix triennal du roman) et Une touche de désastre (Grand Prix de la Société des gens de lettres).
Tout à coup, David se rendit compte que la fin de la journée approchait et qu'il avait tenu bon. Qu'il n'y avait même pas pensé. Ou plutôt si, souvent, mais de manière fugitive, sans conséquence. Un instant, il eut l'impression grisante d'être un sportif en passe de rallier la ligne d'arrivée après une course pleine d'embûches, et il se dit qu'il lui suffirait désormais de se laisser glisser sur son erre. Relevant ses lunettes noires, pour la première fois depuis le matin, il osa affronter la lumière.
La plus belle du monde, songea-t-il.
Il pensa que la femme qui marchait à ses côtés ressemblait à cette lumière, tout comme Frank qui, malgré ses bouderies, était lumineux lui aussi, à sa manière.
Oh ! s'ils pouvaient avoir conscience de ses efforts, à leur tour être fiers de lui et de sa victoire.
- Quelle chouette idée tu as eue, Myriam ! s'exclama-t-il en lui prenant la main qu'il balança joyeusement d'avant en arrière. Où est Frank ?
- Devant.
Les yeux plissés, David scruta la foule qui s'éloignait. Ayant repéré son fils, il cria à plusieurs reprises :
- Frank ! Attends-nous !
Pendant un long moment, Frank resta sourd aux injonctions de son père. S'étant enfin retourné, il s'immobilisa dans une attitude renfrognée, les mains à la taille. Comme il est grand ! pensa David. Bientôt il me dépassera. Et déjà bâti à chaux et à sable. Il fera des ravages, se réjouit-il. Mais lorsqu'ils arrivèrent à sa hauteur, le jeune homme feignit de l'ignorer et se plaça ostensiblement à côté de sa mère.
Comme d'habitude, David fit semblant de rien.
Il se raccrocha à la certitude qu'ils avaient toujours formé une famille unie, élégante, enviée. Aujourd'hui encore, qui pourrait se douter des difficultés qu'ils traversaient ? Au contraire, il lui semblait, tandis qu'ils remontaient la digue où se bousculaient les vacanciers, capter dans leur regard un éclair d'admiration, à croire qu'ils dégageaient une aura particulière tous les trois, une sorte de grâce, même Frank qui tirait la gueule - même moi, se dit-il.
- J'ai faim. Pas vous ? On va casser la graine, annonça-t-il en forçant le ton.
Ils s'assirent à une terrasse, la dernière avant le rétrécissement de la digue, la barrière de bois et l'entrée dans les dunes investies de campeurs.
Un peu de sable volait, poussé par le vent.
La commande passée, David fit un clin d'oeil à Frank. Le coeur gonflé d'espoir, il l'interrogea au hasard, comme il le faisait si souvent autrefois, du temps de leur complicité. S'amusait-il ? Une longue promenade à vélo, le lendemain, ça le tentait ? Se rappelait-il leurs interminables parties de cerf-volant sur la plage, quelques années plus tôt ? Puis taquin : «Et les filles, tu les trouves à ton goût ? Pas encore de petite copine ?»
Bien que son fils continuât à lui opposer une mine hostile, ne répondant qu'à contrecoeur, de sa voix qui muait, David s'efforça de ne rien laisser paraître de sa déception, mais un sentiment de peur s'insinua en lui, le même sentiment qu'il avait éprouvé des mois auparavant, quand il avait commencé à comprendre que ses jours, à la boîte, étaient comptés.
- Bien, conclut-il en s'efforçant de sourire.
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