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Auteur : Thierry Lefebvre
Date de saisie : 02/05/2008
Genre : Cinéma, Télévision
Editeur : Nouveau Monde éditions, Paris, France
Collection : Médias-Histoire
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-84736-318-0
GENCOD : 9782847363180
Sorti le : 02/05/2008
10000 à 100000 francs d'amende et jusqu'à un an de prison : voilà ce qu'il pouvait en coûter aux jeunes gens téméraires qui tentaient d'émettre sans autorisation de l'État dans les années 1970 ! En dépit de cette législation d'un autre âge, nombreux turent pourtant ceux qui se lancèrent dans la bataille des radios libres après le démarrage tumultueux de Radio Verte en 1977 : anciens de 68, militants reconvertis, écologistes, avocats, journalistes, syndicalistes, hommes politiques ou simples passionnés de technique, de musique et de parole libérée.
Cet ouvrage, fruit d'une longue enquête auprès de ces empêcheurs d'émettre en rond, est le récit d'une lutte parsemée d'embûches et pétrie d'impertinence, dont l'aboutissement fut la transformation radicale et irréversible de notre paysage audiovisuel.
Thierry Lefebvre est maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris-Diderot. Historien des médias, du cinéma et des sciences médicales, il est l'auteur de nombreuses contributions. Il fut, au milieu des années 1980, un protagoniste actif de l'effervescence radiophonique parisienne.
Extrait de l'introduction :
Début 2007, on dénombrait en France 959 opérateurs privés exploitant au total 3 626 stations en modulation de fréquence. La région parisienne et l'Oise en comptaient à elles seules 88, pour 121 fréquences occupées ; 42 % de ces opérateurs étaient des associations de loi 1901.
Tout cela nous apparaît aujourd'hui normal et, pour tout dire, banal. L'exploitation de services privés de radio en FM est source de richesses, avant tout morales pour les nombreux animateurs et techniciens qui en sont, chaque jour, les artisans. Source également de profits pour ceux et celles qui ont su tirer leur épingle du jeu : en 2006, le groupe NRJ, pour ne citer que cet exemple emblématique, avait réalisé un chiffre d'affaires de 396,4 millions d'euros, dont les deux tiers pour la seule activité radiophonique française.
Pourtant, on l'oublie trop facilement, il y a trente ans émettre sur la bande FM quasi vierge était un délit. Ceux qui s'y risquaient étaient passibles d'un mois à un an d'emprisonnement, et encouraient entre 10 000 et 100 000 francs d'amende.
Tout cela, avec le recul, paraît absurde. Ceux qui avaient la charge de l'État à cette époque ne s'en vantent guère dans leurs mémoires rétrospectifs. On les comprend. Trop occupés à peaufiner leur postérité, la plupart ont décliné ou ignoré nos demandes réitérées d'entretiens.
Mais finalement, peu importe. Plutôt qu'à la raison d'État, toujours impérieuse et dérisoire, nous avons choisi de nous intéresser à cet étonnant mouvement de désobéissance civile qui fit chuter, au début des années 1980, l'archaïque monopole d'État de la radiodiffusion. Ce fut «une histoire libre, pleine d'insouciance et d'optimisme», comme il est écrit dans une brochure de l'époque. Ce fut aussi une histoire fondamentalement politique, pleine de rebondissements et de désillusions, avec des acteurs pas toujours conscients du rôle qu'ils s'étaient assignés. Ce livre est un récit. Il est forcément imparfait et non dénué d'une certaine subjectivité. Avouons-le d'emblée, nous éprouvons une certaine admiration pour ces «radiolibristes», tels que nous avons décidé de les appeler. Beaucoup nous ont avoué avoir vécu là la plus belle et la plus intense période de leur vie. Il n'y a pas à notre avis de meilleur critérium. Et cela justifiera toujours les militantismes sincères, essentiels à l'épanouissement des générations.
Pour conduire cet ouvrage jusqu'à son terme, il nous a fallu sonder la partie immergée de l'iceberg. Interroger patiemment des dizaines de témoins, dont certains s'étonnaient parfois de l'intérêt que nous leur portions. Fouiller des archives privées, autour desquelles flottait encore un certain parfum de clandestinité. Ecouter des heures d'émissions évocatrices d'un monde disparu, mais pourtant si proche. Ce fut une enquête passionnante, même s'il ne nous a pas toujours été possible d'explorer les très nombreuses pistes qui s'offraient à nous, faute de temps.
Il convient aussi, au seuil de cet ouvrage, de justifier les limites temporelles auxquelles nous nous sommes borné. On ne trouvera pas ici une histoire détaillée de la piraterie radiophonique, sujet passionnant en soi auquel s'est essayé, avec un succès très relatif, Daniel Lesueur. On ne trouvera pas non plus le récit de l'institutionnalisation des radios libres (devenues après le 10 mai 1981, des «radios locales privées») ; l'ouvrage trop impressionniste d'Annick Cojean et Frank Eskenazi lui est consacré pour l'essentiel.
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