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.. Indécision

Couverture du livre Indécision

Auteur : Benjamin Kunkel

Traducteur : Jean-Luc Piningre

Date de saisie : 07/05/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 4132

Prix : 8.60 € / 56.41 F

ISBN : 978-2-264-04571-3

GENCOD : 9782264045713

Sorti le : 07/05/2008

  • Les présentations des éditeurs : 08/05/2008

A vingt-huit ans, Dwight Wilderming souffre d'aboulie. Un terrible mal qui rend ce jeune New-Yorkais incapable de prendre la moindre décision. Lorsqu'un ami lui propose un remède miracle, l'Abulinix, il se sent pousser des ailes et s'envole aussitôt pour Quito où l'attend Natasha, une ancienne camarade de fac, proie ignorante de ses fantasmes depuis lors. Qu'elle l'abandonne dès son arrivée importe peu : il y a encore Brigid, sa colocataire. Dwight est bien décidé à la suivre jusqu'au bout de la jungle. Commence ainsi un trip hallucinant et halluciné - notamment grâce à un puissant psychotrope local -, où Dwight Wilderming, enfant gâté de l'Amérique, voit naître sa conscience politique... et, pour la première fois de sa vie, tombe amoureux.

Benjamin Kunkel est né en 1972 dans le Colorado. Diplômé en littérature anglaise à Harvard, il a travaillé comme critique littéraire pour The New Yorker, The New York Review of Books et Dissent. Il est aujourd'hui éditeur de la revue culturelle et politique N + 1. Indécision est son premier roman.

«Roman écrit dans l'intimité d'un personnage aux marges de sa conscience, Indécision possède toutes les qualités d'un roman de génération ou d'un roman d'époque.»

Nils C. Ahl, Le Monde

Traduit de l'américain par Jean-Luc Piningre

"Domaine étranger" dirigé par Jean-Claude Zylberstein


  • Les courts extraits de livres : 08/05/2008

Extrait du prologue :

IL A FALLU QUE MES OREILLES SE BOUCHENT, que l'avion entame sa descente sur Bogota illuminée - de nuit, ça aurait pu être n'importe quelle grande ville - pour que je lève les yeux au-dessus de cette page bizarre que je lisais, et que je pense vraiment à cette fille, cette femme, cette amie, cette relation, bref cette Natasha à qui je rendais visite aussi loin. J'étais comme ça à l'époque : je n'envisageais l'avenir qu'à condition de le trouver devant moi.
Tout le monde me répétait sans cesse que Dwight j'étais, Dwight je serais, indestructible, insensible aux outrages du temps et aux effets de l'espace. Une qualité apparemment remarquable. «Eh, bouffon ! Tes toujours le même !» disait un vieux copain de lycée. Ou alors c'était une amie de ma mère : «Ce que je suis contente de te revoir, Dwight, tu n'as pas changé d'un poil !» Ma mère elle-même renchérissait parfois. Ils devaient bien mettre le doigt sur quelque chose, sinon a) c'était une conspiration, ou alors b) les gens, collectivement, n'ont strictement aucune notion de caractérologie. Licencié en philosophie, je rejetais cette fâcheuse alternative, lui préférant - de deux maux, il faut choisir le moindre - un point de vue pragmatique comme quoi ce que les gens considèrent vrai est vrai, en tout cas bien assez. Je n'ai jamais approfondi de pro­blème philosophique - ni celui-là, ni un autre - plus qu'il ne le faut pour conserver, face à une inflation galopante de bonnes notes, une moyenne honorable en contrôle continu, et pragmatiste je suis, pragmatiste je reste. Mes travaux de recherche, pour le moins dépassionnés, n'ont fait que renforcer cette position et conforter une personnalité agréable, la mienne, qui m'attire constamment les bonnes grâces des autres.
Navré d'aborder par l'abstrait ce récit d'événements, quand même assez déterminants pour changer le cours d'une vie. D'autant plus qu'il regorge de données sensorielles, qu'on y fait référence au sexe et à de nombreuses drogues, et que j'y présente à la fin ma propre prescription pour les maux de ce monde. (Des bébés pleuraient dans l'avion à cause des trous d'air ; le gars à côté de moi annotait un article sur la Colombie dans un journal d'affaires. «STRATÉGIE !», «IMPORTANT ! ! !», marquait-il en capitales, à l'encre bleue, en soulignant vigoureusement certains passages.) Mais voilà, là-haut dans les airs, je volais dans l'abstrait. D'autres pensent voir le même Dwight quel que soit l'endroit ; moi, j'ai toujours l'impression de me fondre dans mon environnement, et à cet instant particulier, je ne me sentais absolument nulle part, et donc je pouvais aussi bien être n'importe qui.
Cinq heures plus tôt, j'étais encore à New York, où je vivais depuis plus de quatre ans : généralement à Chambers Street, dans le centre, avec trois colocataires et un quatrième qui, ayant gardé la clé, se zonait de temps en temps sur le canapé le moins pourri. Je ne partais pas définitivement, juste une dizaine de jours. Je crois même avoir laissé mon lit défait pour signifier que je le retrouverais bientôt. De plus, une réunion m'attendait à mon retour, et c'est en fait comme ça qu'a commencé toute l'histoire avec Natasha.


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