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Auteur : Michel Brice
Date de saisie : 21/07/2008
Genre : Policiers
Editeur : Vauvenargues, Paris, France
Collection : Brigade mondaine, n° 288
Prix : 6.00 € / 39.36 F
ISBN : 978-2-7443-1452-0
GENCOD : 9782744314520
Sorti le : 07/05/2008
- Ça y est ? Votre semaine est finie ? demanda la jolie maquettiste. Traditionnellement, au magazine Pipôle, les rewriters travaillaient tous à temps partiel. Gaétan Ducharme, lui, «purgeait sa peine» (comme il disait), les lundis et mardis, jours les plus chargés en travail.
- Je ne vous revois plus que lundi, donc ? insista gentiment Sandrine, avec un petit sourire.
Au fond, elle aimait bien Gaétan Ducharme, en dépit de ses plans drague parfois un peu lourdingues. Et puis, elle connaissait son secret, il le lui avait révélé lui-même, un soir où l'alcool l'avait rendu sentimental. Et personne d'autre qu'elle ne savait, dans toute la rédaction, il le lui avait assuré en lui faisant promettre d'observer le silence le plus absolu. Elle avait juré.
- Allez savoir... on se reverra peut-être plus tôt que vous ne le pensez... répondit finalement Ducharme d'une voix changée, en la fixant dans les yeux, avec un regard un peu étrange.
- André, qui est-ce qui va me faire les légendes de la page «Britney Spears avec la touffe à l'air» ? demanda Sandrine Kessler, en écartant son fauteuil à roulettes du bureau qu'on lui avait attribué provisoirement, juste à l'entrée de la grande salle de la maquette.
André Deurault, le «D.A.» (directeur artistique), profita du mouvement de sa jeune stagiaire blonde pour jeter un coup d'oeil furtif sur ses cuisses menues et dorées, largement dévoilées par une jupe en jean, un peu trop courte pour la bienséance mais parfaite selon ses goût personnels.
- Je crois que c'est Gaétan qui s'en occupe, à côté... répondit-il en détournant à regret ses regards de la silhouette mince qui quittait la pièce.
La maquette, c'est là que travaillait Sandrine Kessler, 22 ans, stagiaire à Pipôle depuis trois mois -magazine qui, comme son nom l'indiquait, s'intéressait uniquement aux éphémères vedettes du showbiz et de la télé. Voire de la politique lorsque, par hasard, il prenait fantaisie à un président de la République d'épouser un top model reconverti dans la chansonnette...
Sandrine Kessler se sentait sur un petit nuage. Le matin même, elle avait appris, de la bouche d'André Deurault, que son stage de trois mois était prolongé d'autant, et qu'il y avait de bonnes chances pour que, ensuite, il «mute» en un CDI, un contrat à durée indéterminée, autrement dit en le rêve absolu de tout stagiaire moderne.
Elle poussa la porte du bureau voisin de la maquette, beaucoup plus petit. C'était celui du rewriting, où la plupart des articles des reporters étaient en quelque sorte passés à la moulinette multi-fonctions : orthographique, grammaticale et syntactique...
C'est également les rewriters qui devaient se creuser le chou pour tenter de trouver des légendes supposément drôles, voire des «bulles», comme dans les bandes dessinées, destinées à faire parler les stars, ou prétendues telles, faisant l'objet des clichés en question.
Lorsque Sandrine Kessler entra au rewriting, il ne s'y trouvait que deux personnes. D'abord une jeune femme brune, juste en face de la porte, Dominique, occupée à chuchoter dans le combiné de son téléphone. Puis, à droite, tournant le dos à la salle de la maquette et plongée dans la lecture du Figaro du jour, une silhouette massive, ventrue et voûtée, immobile, surmontée d'une tête de commis boucher, à la peau «cratérisée» par une ancienne acné.
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