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Auteur : John Romer
Traducteur : Denis-Armand Canal
Date de saisie : 09/06/2008
Genre : Histoire
Editeur : Oxus, Escalquens, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84898-111-6
GENCOD : 9782848981116
Sorti le : 09/06/2008
En Ancienne Egypte, la vie quotidienne des artistes et artisans qui, dans les Vallées des Rois et des Reines, ont construit et décoré les sépultures des pharaons.
«Voici l'histoire d'un village vieux de trois mille ans - un village dont la vie est préservée dans tous ses détails, jusqu'aux plus extraordinaires. De tel de ses habitants, par exemple, il est resté un peigne avec quelques cheveux, un fragment de lettre, une recette ou deux : d'un autre, un document légal ; d'un troisième, une petite bibliothèque... En retraçant ces humbles éléments du quotidien, face à la grandeur de l'Ancienne Thèbes, j'ai essayé de faire revivre ces villageois de l'Antiquité, dans leur propre environnement. Je n'ai procédé à aucune généralisation ou extrapolation : ces villageois sont de vraies personnes. Mes descriptions de leurs maisons, de leurs biens et de leurs vies, des temples et des tombes de Thèbes, des crues du Nil, du couchant et des brises d'un soir thébain sont tirées à la fois de mes recherches scientifiques et de ma connaissance personnelle des lieux où ces populations ont vécu, et du travail que ces hommes ont accompli.»
JOHN ROMER
Archéologue et historien. John Romer est l'auteur de plusieurs ouvrages dont La Bible et l'Histoire. Histoire de la Vallée des Rois. Les Sept Merveilles du monde, parus chez OXUS Éditions.
POUVOIRS TERRESTRES
Chacun des temples de la rive ouest était entouré par une multitude de bâtiments annexes, tous enclos dans un téménos sacré que matérialisait et protégeait à la fois une puissante enceinte. Ces immenses complexes cultuels abritaient des palais cérémoniels pour accueillir le souverain en titre, et les demeures des prêtres et des scribes qui administraient les propriétés du temple. Mais les bâtiments de loin les plus nombreux, à l'intérieur de l'enceinte, étaient les magasins et réserves qui couvraient plusieurs hectares -les «villes-entrepôts» de la Bible, les «greniers de Pharaon» que l'intendant Joseph avaient ouverts au peuple en temps de famine. C'étaient de longues bâtisses voûtées en berceau, qui ne renfermaient pas seulement le butin de l'Empire - peaux et ivoires, lapis-lazuli et métaux précieux -, mais aussi les céréales et le bétail prélevés en impôts sur les exploitations de l'Egypte. Depuis les portiques à colonnes et les bureaux qui flanquaient ces entrepôts énormes, les scribes des temples géraient les réserves, au nom du Pharaon et du dieu.
En 1275 av. J.-C., dans la quatrième année de règne du pharaon Ramsès II, un jeune scribe du nom de Ramosé travaillait - nous raconte-t-il - dans l'un des temples royaux, dénombrant et enregistrant les bestiaux arrivés de propriétés situées en amont et en aval de la vallée du Nil. Détail inhabituel pour Thèbes, où la profession paternelle se transmettait régulièrement par héritage, Ramosé n'avait pas repris la profession de son père, Amenemheb, messager officiel à Thèbes ; mais c'était sans doute la fréquentation des bureaucrates par son père qui avait amené Ramosé à connaître la profession de scribe. Ces hommes étaient les comptables de l'État, dont ils constituaient la classe moyenne supérieure, très au fait de ses intérêts. L'un de ces hommes prit donc le fils du messager dans l'une de ces écoles de scribes, sortes d'instituts privés que beaucoup de hauts fonctionnaires dirigeaient et où l'on enseignait les arts de l'écriture et de la comptabilité. On montra au jeune Ramosé comment utiliser les outils qui composaient l'équipement du scribe et qui étaient la marque honorée de cette profession : petites palettes sur lesquelles on broyait les pigments qui entraient dans la composition de l'encre ; coupelles où ces mêmes pigments, une fois moulus, étaient mélangés à des liants pour donner l'encre ; polis-soirs avec lesquels on lissait les feuilles de papyrus, afin que le pinceau de roseau glissât avec facilité ; préparation des pinceaux, par mastication de l'extrémité du roseau, afin que les fibres écartées pussent s'imprégner d'encre ; palette de bois rectangulaire avec ses emplacements pour les petits blocs de pigment et les pinceaux ; enfin, cordelette tressée qui permettait d'attacher toutes ces pièces ensemble, pour en faire un nécessaire portatif. On enseigna aussi à Ramosé les prières que tous les scribes récitaient avant d'entamer leur travail, ainsi que le rituel des gouttes d'eau répandues en l'honneur des esprits des saints patrons de la profession. Il eut à mémoriser les quelque sept cents signes hiéroglyphiques et leur version en écriture cursive, propres à l'enregistrement des comptes officiels. Pour finir, par un système de répétition, on lui mit dans la tête le répertoire élaboré des formules et des phrases qui constituaient la langue littéraire officielle de l'État.
Ces écoles de scribe étaient dures ; leur moralité - nerf vital de l'État - stricte et sévère. Un scribe rappelle, plus tard dans sa vie, que sa formation a consisté à recevoir des coups sur le dos pour permettre aux mots d'entrer dans sa tête. Un entraînement de ce type ne formait certainement pas à l'originalité ; mais il produisit des générations successives d'hommes solides et équipés pour la machine étatique - des vies plaisantes et matériellement sans problèmes, propres à la bureaucratie et à la gestion de grandes demeures. Si ce type de formation remplissait les scribes de vertus arides, il leur assurait aussi, généralement, un esprit vif et délié, associé à une haute conscience de la dignité attachée à leur profession, qui convenait à merveille à une nation de bons agriculteurs. Il existait, en Egypte, une aménité sociale toute particulière, fruit d'une piété tout instinctive. Des ivrognes et des prostituées des tavernes thébaines jusqu'aux plus hauts fonctionnaires du pays, tous vivaient dans un monde habité conjointement par les divinités et par les mortels. Comme Ramosé et ses collègues comprenaient la sainteté structurelle de cet État parfaitement ordonné, ils appréciaient de même le rôle dont ils y étaient investis. Ils comprenaient aussi que, au même titre que les dieux et les pharaons, membres eux aussi de cette étroite cohabitation d'hommes et de divinités, ils pourraient à leur tour - sous certaines conditions - vivre éternellement.
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