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Date de saisie : 16/04/2008
Genre : Philosophie
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-87706-651-8
GENCOD : 9782877066518
Sorti le : 16/04/2008
S'il y a une pensée aronienne de l'histoire, en quoi consiste-t-elle ? Les contributions rassemblées dans ce volume s'attachent à mettre en évidence l'apport unique d'un intellectuel qui, sa vie durant, conjugua philosophie, histoire et politique, pour atteindre l'objectif qu'il s'était lui-même fixé, au coeur du combat contre le nazisme : «armer la sagesse».
C'est l'actualité d'une pensée que nous avons voulu mettre en lumière à travers le présent ouvrage. Actualité qui ne naît pas seulement de l'acuité du regard porté par Aron sur les événements historiques de son temps et de sa capacité à en extraire des analyses encore éclairantes, mais aussi du bénéfice que procure aujourd'hui à toute une génération d'historiens et de philosophes la fréquentation de son oeuvre.
Telle est la force des oeuvres majeures que de servir de terrain de réflexion aux générations qui les suivent.
FRÉDÉRIC WORMS
LE CONCRET ET LA LIBERTÉ, ARON ET SARTRE
Le but de ces remarques n'est pas de faire un simple parallèle entre les deux notions et les deux noms qui composent leur titre, comme si l'un des deux auteurs, Aron ou Sartre, devait être associé à l'une des deux idées, le concret ou la liberté, par opposition à l'autre ! Comme si, autrement dit, on devait confronter simplement le penseur d'une histoire concrète, qui limiterait notre liberté, et celui d'une liberté absolue, qui négligerait ou dépasserait sans cesse le concret. S'il y a en effet une opposition irréductible entre Aron et Sartre, elle part au contraire selon nous d'un problème commun, qui consiste justement dans la relation chez l'un et chez l'autre entre les deux notions ou les deux dimensions du concret et de la liberté. Plus encore, c'est par ce problème, ou par le rapport entre ces deux questions, que la relation même entre les deux auteurs, ou entre les deux hommes, serait au coeur non seulement d'un moment philosophique central qu'elle contribue à définir, celui de la Seconde Guerre mondiale, mais de l'histoire qui suivra, dans le siècle.
Cette première remarque dicte donc d'emblée leur mouvement aux réflexions qui vont suivre.
Il faudra d'abord, en effet, comprendre en quoi le problème du concret et de la liberté a pu être commun, d'emblée, aux pensées d'Aron et de Sartre, et cela dès leurs premiers grands livres, l'Introduction à la philosophie de l'histoire (1938) et L'Être et le Néant (1943), dont l'un fut soutenu comme une thèse de doctorat, et l'autre pas.
Mais il faudra se demander ensuite d'où vient, sur le fond de ce problème commun, leur différence et même leur opposition irréductible et cela, de nouveau, dès ces deux premiers livres. Si elle ne peut tenir aux deux termes irréductibles pour l'un et pour l'autre, que sont le concret et la liberté, on verra qu'elle tient à deux manières différentes de les mettre en relation. Une différence donc, en apparence, de méthode, mais recouvrant en réalité une opposition plus fondamentale, qui implique et engendre toutes les autres.
On pourra alors revenir très brièvement sur la place de cette relation et de cette rupture elles-mêmes dans le siècle, non seulement dans le «moment» de la Seconde Guerre mondiale, et dans celui des années soixante, mais même, en quelque sorte in extremis, au seuil du «moment» présent, qu'elles marquent encore de leur empreinte. Comme si leur ultime poignée de main manifestait à la fois l'unité et les contradictions qui allaient être les nôtres.
Le concret et la liberté : un problème commun
On peut, pour comprendre le problème commun par lequel Aron et Sartre s'inscrivent dans un nouveau «moment» philosophique, ou plutôt, contribuent à le définir, commencer par décrire la rupture qu'un tel problème suppose en tant que tel avec un moment qui devient du même coup le moment «précédent». Cette rupture fut d'ailleurs explicite et même publique chez l'un et chez l'autre, sur des modes différents cependant, dont on peut repartir, malgré ce qu'ils semblent d'abord avoir d'apparemment extérieur, avant d'en venir au contenu.
De fait, un malentendu persiste quant à la différence entre les deux «thèses» d'Aron et de Sartre ou plutôt, précisément, quant au fait que le livre du premier, Introduction à la philosophie de l'histoire (sous-titré : Essai sur les limites de l'objectivité historique), fut soutenu comme une thèse en 1938, et que celui de l'autre, L'Être et le Néant (Essai d'ontologie phénoménologique), publié en 1943, ne le fut pas. Ne serait-ce pas là le signe que chez l'un la rupture fut radicale, réelle, à travers sa dimension institutionnelle, qui le conduira au refus des postes et des honneurs, tandis que chez l'autre elle masquerait sur ce plan au moins une continuité, celle, disons, du professeur ?
Le malentendu, sur ce point, devint même une accusation dans la période la plus houleuse sans doute de l'amitié entre Aron et Sartre cette «brouille» qui, contrairement à une autre «eut bien lieu». Trente ans après, en effet, en juin 1968 cette fois, le reproche qui blessa le plus Aron dans un article célèbre et violent de Sartre fut sans doute celui-ci, amèrement commenté dans les Mémoires :
«Le professeur de faculté, c'est presque toujours [...] un monsieur qui a fait une thèse et qui la récite toute sa vie [...]. Aron vieillissant répète indéfiniment à ses étudiants des idées de sa thèse, écrite avant la guerre de 1939, sans que ceux qui l'écoutent aient le moindre contrôle critique...»
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