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Auteur : Steven Englund
Traducteur : Jean Bourdier
Date de saisie : 03/03/2010
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Collection : Litterature De Fallois
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 9782877065023
GENCOD : 9782877065023
Sorti le : 04/11/2004
C'est un fait qu'au-delà du tombeau, Napoléon se montre encore capable de soulever des passions aussi violentes que contradictoires, non seulement en France mais sur l'ensemble de la planète. Mais c'est un fait aussi que, si tous les éléments concrets de sa vie sont maintenant connus, ses mobiles, le sens et la portée de son action, restent à analyser, encore et toujours, car de cette analyse dépend en bonne part notre compréhension de l'histoire moderne de l'Europe. C'est ce qui est clairement apparu à l'éminent chercheur américain Steven Englund et l'a conduit à entreprendre cette passionnante et méticuleuse étude en choisissant délibérément un thème directeur bien précis, c'est-à-dire la pensée politique de Napoléon et son évolution. Avec une verve et une pénétration psychologique dignes d'un véritable écrivain, mais toute la scrupuleuse précision de l'historien, l'auteur nous détaille toutes les étapes intellectuelles et les expériences politiques - du " paolisme " au jacobinisme - ayant contribué à la formation de cette pensée, et amené le jeune Corse Napoleone Buonaparte à devenir le général Bonaparte, puis l'empereur Napoléon. Et il nous montre, ce faisant, sous un jour entièrement nouveau, l'étroit parallélisme existant entre cette évolution politique et l'éducation sentimentale de son personnage. Malgré de fréquents accents de sympathie, l'ouvrage de Steven Englund est sans complaisance. Il s'applique à comprendre et non à absoudre systématiquement. Il ne cherche à aucun moment à laisser dans l'ombre les traits négatifs de la personnalité de Napoléon, mais il sait, en même temps, à merveille nous en faire sentir le caractère exceptionnel, détruisant au passage certaines légendes.
Dans la galaxie des biographies de Napoléon - plusieurs centaines au bas mot - le Napoléon de l'historien américain Steven Englund occupe une place à part. Une biographie de plus, en ces temps un peu indigestes de commémoration ? Pas tout à fait. Ce livre très "aronien" évite soigneusement les partis pris et autres chausse-trapes qui guettent les historiens du "grand homme". Bien au contraire, Englund, par l'originalité de son approche et de ses intuitions, n'est pas de ceux qui habitent "la prison bien propre et bien éclairée d'une seule idée". Sans doute, l'océan qui le sépare de nous lui donne-t-il cette distance nécessaire, parfois amusée, que n'ont pas toujours les Français lorsqu'ils s'attaquent à la statue géante du mythe national. Tout se passe d'abord comme si l'auteur avait voulu débarrasser son personnage de la vitesse, du vertige et du tremblement qui encombrent l'homme d'action, en choisissant, une fois n'est pas coutume, de l'observer au repos, à sa table de travail, plutôt qu'à cheval, comme le théoricien autant que comme le praticien de la politique... Loin d'avoir été "pétrifié" par son sujet comme l'avouait Jean-Paul Kauffmann à propos de Napoléon dans La Chambre noire de Longwood (La Table ronde, 1997, "Folio" n° 3083), Englund nous le fait toucher du doigt presque charnellement par l'intelligence, ce qui n'est pas la moindre des qualités de ce livre remarquable.
... Si la biographie de Migliorini, par l'intérêt qu'elle porte à la conquête de l'Europe, à la subjugation et à la domination de ses peuples, peut être qualifiée de «géopolitique», celle de Steven Englund apparaît comme une biographie «politique» tout court. Le sous-titre anglais (A political Life) que l'éditeur français curieusement ne reprend pas, dit, en tout cas, le propos directeur du biographe américain. Son Napoléon n'est pas seulement un grand capitaine - même si campagnes et batailles nous sont précisément contées - il n'est pas seulement un faiseur de rois et un constructeur d'Empire - même si alliances et traités sont exposés avec le plus grand soin - il est, d'abord, un homme politique, une incarnation de la politique. Cette assertion serait banale si elle ne soutenait cette thèse singulière que Napoléon met fin à la politique - celle que les Français inventent dans la turbulente séquence révolutionnaire - pour ensuite, comme Premier Consul, puis comme Empereur, «aspirer littéralement en lui toute politique, réservant à lui, et à nul autre, le rôle de parti, de Parlement et d'homme d'Etat». En installant ainsi le politique au coeur de l'entreprise napoléonienne, Steven Englund est amené à camper un personnage d'intellectuel qui va bien au-delà des anecdotes sur ses dons scolaires ou sur son assiduité aux séances de l'Institut. Et si les idées de Napoléon sont si importantes pour l'expliquer, alors, il faut revenir encore et toujours à la Révolution. C'est peu de dire que Steven Englund tient la matrice révolutionnaire pour essentielle à l'intelligence de son héros puisque, avec un sens certain de la formule, ce sont les quatre premiers vers du premier couplet de La Marseillaise qui titrent les quatre parties de son ouvrage. «Allons enfants de la patrie» pour les années de formation jusqu'à Vendémiaire. «Le jour de gloire est arrivé» pour le général d'Italie jusqu'au Consul. «Contre nous de la tyrannie» pour l'Empire et ses failles. «L'étendard sanglant est levé», enfin, pour les hécatombes finales... La biographie «analytique», admirablement écrite et traduite, de Steven Englund, transpose dans l'ordre des idées de ce tournant des XVIIIe et XIXe siècles cette ambivalence du héros et du tyran. Il pense, avec quelques autres, que rien n'exprime mieux l'étrange relation entre Napoléon et la Révolution que la formule saisissante ouvrant la Constitution de l'An VIII : «La Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée. Elle est finie.»...
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