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Auteur : Christophe Deshoulières
Date de saisie : 04/06/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 30.00 € / 196.79 F
ISBN : 978-2-213-63594-1
GENCOD : 9782213635941
Sorti le : 02/04/2008
Dix beaux jeunes gens s'isolent en Toscane, sur les hauteurs de Florence, et se racontent des histoires (de sexe, bien entendu). S'agit-il du Decaméron, que Boccace situait pendant la grande peste de 1348 ? Non, nous sommes autour de l'an 2000 à la Villa Malin et nos amis, pensionnaires du hasard, orphelins privés de catastrophe, jouissent du bel été italien sans rien faire... Mais ce «rien» est-il matière à écrire ?
Nos petites histoires navrantes ont-elles un lien avec l'autre histoire ? Plaisir simple du livre de l'été : la paresse de nos vacances s'y double d'un vrai roman d'aventures avec complots, masques, combats au sabre ou au pistolet, galopades et gaillardises bien troussées. Au bordel sous Napoléon Ier, un duo saphique, Coralie et Delphine, charme deux clients qui ont le même nom : Fourier et Fourier. Charles et Joseph inventent la même chose : des «séries». Des séries mathématiques pour Joseph, pionnier de la physique moderne et des statistiques ; des «séries passionnées» pour Charles, l'utopiste de la liberté sexuelle ; des séries de séries qui exaltent «la propagation de la chaleur», sexes en rut, fûts de canon,
De l'amour à la guerre, entre France et Italie, l'ironie cruelle de l'Histoire modifie les lois de l'attraction magnétique : les aimants se repoussent au lieu de s'attirer. De nos jours, les «séries» ne sont que télévisées. Fade ou grotesque, la comédie du savoir et de l'art ne cultive plus que notre mélancolie. Néanmoins, polarisés ensemble, Bien-pensants et Mal-aimants, en avance ou en retard d'un siècle ou d'une génération sur le Grand Soir de l'amour libre, croient toujours au Paradis.
Christophe Deshoulières est l'auteur de Madame Faust (1989, réédité par Fayard en 1999) et de caMémoires d'Aramis (Fayard, 1999).
Quel est le lien entre une bande de jeunes venus faire la fête en Toscane, le Décaméron, un mathématicien ayant vécu sous Bonaparte et un théoricien de la liberté sexuelle ? C'est tout l'enjeu du pavé de Christophe Deshoulières. Une odyssée intrigante...
Théorique et touffu, Les Mal-aimants multiplie les angles de lecture à l'infini - à la manière d'un Pynchon - et tente de réunir la grande et les petites histoires en un seul volume. On peut y voir une réflexion sur le langage, la culture, la fin des utopies et la difficulté de communication ou une critique de la liberté sexuelle d'aujourd'hui. La multiplicité des formes littéraires abordées constitue aussi un jeu de piste assez malin - surtout lorsque Deshoulières se met en abyme et s'amuse avec la typographie ou l'impression.
Quel rapport y a-t-il entre les spéculations de Joseph et de Charles Fourier, sous Napoléon, et le séjour d'artistes novices et d'étudiants dans la Villa Malin, double de la Villa Médicis, à Florence, aujourd'hui ? Joseph Fourier, physicien, inventeur des séries mathématiques et expérimentateur des phénomènes d'échauffement dans le fût des canons ! Charles Fourier, plus connu, utopiste, père du phalanstère, qui imagine de classer les passions humaines et conçoit, entre autres lubies, les trottoirs à zèbres ! Deux prostituées saphiques, Coralie et Delphine, se partagent les faveurs des deux savants iconoclastes. Ce qui rameute les flics de Fouché. Telle est la partie la plus rocambolesque du livre : cavale en montgolfière, pétarades électriques de Volta, manigances de la société des Invisibles.
Il pleut.
Il pleut, il pleut depuis une semaine sur les jardins du Palais-Royal et Paris a le Bourbon - non : le bourdon... L'Abeille d'or a le blues. L'Aigle éternue malgré une moisson ininterrompue pendant des années d'éclatantes victoires, glorieuse vendange de drapeaux que Le Moniteur Impérial raconte comme un feuilleton monotone aux sujets de Napoléon... Pourtant, à présent, c'est la paix. Un peu de paix... Au prix d'un mariage autrichien. On vient de fêter le baptême du roi de Rome. Les fêtes somptueuses en l'honneur de Napoléon II et l'ouverture d'un nouveau jardin de loisirs, Tivoli II, ne font pas oublier aux éternels sujets de mécontentement que sont les Parisiens, pourtant déjà indifférents aux questions agricoles, que «la saison est en retard» ! Les chaudes et belles soirées du début du mois de juin sont déjà oubliées ; l'été approche et personne ne sort plus de chez soi, comme en plein hiver : autour des jardins, les galeries commerçantes sont désertes.
Le «troisième banc à compter depuis l'entrée du Théâtre-Français» est mouillé, bien entendu... Voudrait-on obstinément s'y rendre avec un parapluie, que de larges et profondes flaques d'eau boueuse empêcheraient de s'y rafraîchir les fesses les pieds au sec. Depuis lundi, Monsieur Charles vient à midi moins cinq contempler son banc depuis l'arcade la plus proche. On est jeudi, et le Baron Joseph n'est toujours pas venu.
Trois fois déjà, Charles Fourier est resté là debout pendant une heure avant de repartir chez lui. Aujourd'hui, bien à l'abri sous les voûtes en berceau de la promenade, planté au milieu de la galerie, son chapeau sur la tête comme le mannequin-enseigne du tailleur pour hommes le plus proche, le grand distrait oublie de refermer son parapluie.
Un passant ricane dans son dos, mais il ne bouge pas.
Les deux premiers matins, avant de se rendre à son rendez-vous, Monsieur Charles avait réservé une table pour deux à «l'excellent restaurant». Le troisième, malgré l'indignation de son virtuel client, qui aussitôt l'accusa d'«affamer l'avenir de ses propres enfants», le patron refusa de reprendre une réservation probablement inutile. Et ce jeudi, le client éconduit remâche son amertume en anticipant l'humiliation qui serait la sienne s'il avait à se présenter tout à l'heure avec le Baron à l'entrée du restaurant, plus que jamais excellent mais... complet.
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