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Qui a résumé les Etats-Unis dans cette étonnante formule, «ce pays singulier, où l'homme n'est mû que par trois idées : l'argent, la liberté et Dieu»} C'est Stendhal qui, en 1830, a proposé ce mot qui pourrait figurer comme devise au fronton de la Maison Blanche. Formule définitive : la plus ancienne des grandes démocraties orne son billet d'un dollar d'une invocation divine. Dieu est américain, comme le dollar et la liberté.
Stendhal est lié à l'Amérique, où il n'a jamais mis les pieds, malgré des projets de voyage, par des liens constants qui ont duré toute sa vie. Pour lui l'Amérique existe, il l'observe et la juge, il lui consacre des allusions innombrables, des textes peu connus qui sont cités abondamment dans ce livre. L'Amérique lui inspire à la fois admiration et aversion. À l'Ouest il y a quelque chose de nouveau, la liberté et le bonheur : moralement, Stendhal là-bas est chez lui. Mais le dollar est aussi le dieu de l'Amérique qui réduit Dieu à une bien pauvre présence.
Dans l'univers de Stendhal, l'Amérique est le pôle de la modernité et elle fait face au pôle de l'anti-modernité, l'Italie. Michel Crouzet, qui a consacré un livre à l'italianité stendhalienne, explore ici le versant opposé du stendhalisme, la civilisation régie intégralement par la modernité, née moderne, vivant dans la liberté des modernes, qui révèle pour le romantique l'incompatibilité avec tout ce qui peut définir la culture.
Professeur émérite à l'Université Paris IV-Sorbonne, Michel Crouzet est un grand spécialiste de Stendhal auquel il a consacré de nombreux ouvrages qui font autorité.
La revue de presse Mona Ozouf - Le Nouvel Observateur du 12 juin 2008
Michel Crouzet, parmi nous l'homme qui connaît le mieux Stendhal, le suit avec brio dans son pas de deux entre l'Italie du coeur et l'Amérique de la raison et analyse les raisons du désenchantement que cette dernière, au total, lui inspire. Mais on sent aussi son plaisir à rejoindre l'auteur qu'il chérit dans sa prophétie. La modernité que Stendhal voyait poindre est devenue aujourd'hui pleinement la nôtre : la similitude accablante des êtres, la religion triviale de la normalité, le refus de toute transcendance, le puritanisme inspirent à Michel Crouzet une détestation vengeresse dont le livre tire son caractère à la fois jubilatoire et désespéré.