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Journal 1924-1927 : c'était l'enfer et ses flammes et ses entailles

Couverture du livre Journal 1924-1927 : c'était l'enfer et ses flammes et ses entailles

Auteur : Mireille Havet

Préface : Laure Murat

Date de saisie : 12/06/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : C. Paulhan, Paris, France

Collection : Pour mémoire

Prix : 36.00 € / 236.14 F

ISBN : 978-2-912222-28-2

GENCOD : 9782912222282

Sorti le : 07/04/2008

  • La voix des éditeurs : - 17/09/2008

Claire Paulhan - 10/06/2008


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

«Mon vice n'est donc point tant l'amour, ni la recherche du plaisir le plus bas physiquement, puisqu'au fond, je fais surtout l'amour pour gagner ma vie et obtenir de mes maîtresses les rentes nécessaires à mes appétits et à mon égoïsme, mais en tout premier lieu et avant tout, les toxiques, et en particulier la morphine, dans l'ivresse supposée de laquelle je vautre mon âme calculatrice et mon corps amoureux de léthargies artificielles qui permettent d'oublier les déconvenues de ma carrière illicite mais très répandue à Paris.
Je suis l'intoxiquée type, de naissance. D'où déformation visuelle et cérébrale de tout, amoralité absolue, capacité des plus noires et indélicates actions, vols, mensonges, diffamations, imposture de toutes sortes et dont l'unique but est le gain avec un minimum de peine.
Depuis mon enfance, j'ai roulé tout le monde par mes propos faux et fourbes, l'expression non moins étudiée de mon visage et les récits inventés de toute pièce de ma vie passée, conflits et chagrins, ne recule devant aucune simagrée utile à servir mes intérêts, écrase ceux qui me gênent et m'ont démasquée.
Mes livres et mes poèmes ? Constructions d'intoxiquée au cerveau surchauffé par les stupéfiants et l'idée fixe de camoufler ma véritable identité d'une livrée et d'une auréole de poète prodige et ignorant, par excès de pureté et d'insouciance intellectuelle, des réalités matérielles de la vie.
[...] Il est temps de m'accuser.
La punition qui n'est que justice consiste à m'abandonner définitivement, à me laisser dans mon inévitable désert et dans ma pauvreté due à ma paresse et à mon arrogance.
Que je m'arrange.
On est prévenu, et que prudemment les portes et les coeurs se ferment devant ma duplicité et mes demandes.
Personne ne me doit rien, et en voilà assez.
J'ai 28 ans.»

Nuit du 19 au 20 janvier 1927

Édition établie par Pierre Plateau, préfacée par Laure Murat et annotée par Dominique Tiry, avec la collaboration de Roland Aeschimann, Claire Paulhan & Pierre Plateau.



  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 30 mai 2008

"Enfant perdue" d'une "génération perdue", Mireille Havet serait demeurée une oubliée de la postérité si Dominique Tiry, descendante d'une de ses amies, n'avait retrouvé, en 1995, son Journal et si Claire Paulhan n'avait pris le risque de le publier...
Ce Journal d'une "gonzesse de premier ordre" (un mot d'Apollinaire), que Chanel habilla pour jouer la mort dans Orphée, de Cocteau, qui fut dure avec les hommes, abusa des drogues, alla à New York et mourut dans un sanatorium suisse l'année de ses 34 ans, est l'oeuvre majeure de Mireille Havet. Une chronique passionnante d'un temps, d'un milieu, d'une jeunesse saccagée par la guerre de 1914-1918...
Mireille Havet est lucide sur tout cela, dans ce Journal, scandé par le constat de son âge - 27 ans, 28 ans -, un moment que d'autres nomment encore jeunesse et qui la conduit, elle, à toute allure, vers sa fin. Elle sait qu'elle brûle sa vie, mais cette "folie", malgré tout, elle la "préfère". Et elle s'observe avec minutie.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Journal 1924

Annecy, Impérial Palace, lundi 4 août 1924.
Il fallait venir au lac d'Annecy, sans doute, pour que mon roman­tisme, retrouvant la grande filière des lacs, soit à son comble.
Le jardin étincelle de globes électriques, la musique essaie de faire danser des Anglais rouges et des dames brillantes quant à leur robe. Le lac sombre, opaque, triste, prisonnier, enchaîné comme une pierre dure au creux des montagnes profondes, reflète l'énorme Palace, le grand paquebot de luxe amarré sur cette presqu'île qui avance dans les eaux sournoises avec son orchestre, son armée de plastrons et de livrées aux armes impériales, son tennis, ses barques vernies dans le petit port de gravier. Le lac, oeil mort qui accepte les images et ne ren­voie pas les noyés.
La Savoie est triste, je m'en étais déjà aperçue. A chaque fois qu'al­lant à la frontière de Modane, le Rome-Express traversait l'été dernier cette Savoie couleur épinard et contournait le lac du Bourget triste et beau comme une turquoise morte, j'avais le coeur serré, heureux de la fuir quand c'était au départ, angoissé quand c'était au retour !
Je ne sais ce qui m'a fait venir ici, dans cette prison de platine, dans ce couvent d'or et de stuc imprimé de couronnes illusoires, mais j'ai maintenant le coeur déchiré. Arlequin se meurt à peine 24 heures après son arrivée. Il faudrait reprendre toute l'histoire depuis ce der­nier mois où j'écrivis à Amboise : «j'attends Reine' qui roule sur la route brûlante et dont le retard m'inquiète.» Il est curieux de penser que, sans ce court séjour de Reine à Amboise, rien ne serait arrivé. Je ne serais pas à me désoler d'être à Annecy, Olga serait heureuse, je serais pauvre mais libre et je ne fréquenterais pas, comme un célibataire triste ou une Américaine à marier, les palaces.


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