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Auteur : Jean-Michel Asselin
Date de saisie : 23/07/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Glénat, Grenoble, France
Collection : Hommes et montagnes
Prix : 19.95 € / 130.86 F
ISBN : 978-2-7234-5218-2
GENCOD : 9782723452182
Sorti le : 21/05/2008
Cela nous surprend quand un homme qui a survécu aux plus grands dangers disparaît dans des conditions banales.
Nos vies semblent souvent, à des degrés divers, une succession de moments sublimes ou dérisoires, et les questions restent en suspens au-dessus du vide.
Léon Zwingelstein, après avoir gravi les plus hauts sommets du monde, tombe au pic d'Olan dans l'Oisans.
Eric Tabarly, après avoir navigué sur toutes les mers du globe, tombe de son bateau dans la mer d'Irlande.
Patrick Berhault, après avoir révolutionné l'alpinisme, tombe dans le Tashorn suisse.
Deux livres, sortis simultanément, rendent hommage à ce dernier, disparu en 2004, un de J.M. Asselin chez Glénat, et un superbe ouvrage, le dernier publié par Michel Guérin l'éditeur de Chamonix. Tous les deux nous racontent la vie tourmentée et magnifique de Patrick Berhault, enfant surdoué de l'alpinisme, suractif, gonflé à l'énergie pure, dont la haute montagne était le milieu naturel. Un personnage hors du commun.
Voici un portrait de Patrick Berhault, icône de la montagne, alpiniste aux réalisations impressionnantes et star malgré lui. Un portrait, plutôt qu'une biographie révérencieuse, parce que Jean-Michel Asselin, alpiniste lui-même, journaliste et écrivain, évoque à sa manière toute subjective la vie de celui qui fut un ami, un compagnon d'expédition et un complice professionnel. Il témoigne des aventures partagées et des idées échangées pendant près de trente ans, comme de l'immense émotion provoquée par la disparition de Patrick en 2004.
Au début des années quatre-vingt, apparaît au firmament de la grimpe un duo d'artistes du rocher, Patrick Edlinger et Patrick Berhault, qui révolutionne l'escalade. Athlètes extraordinairement doués, inventeurs de l'entraînement, ils prônent la souplesse et la force et initient une nouvelle façon d'appréhender la voie. Leur audience est considérable. Davantage que le blond Edlinger, le brun Berhault alterne alpinisme et escalade. Jamais esclave des modes, il incarne rapidement l'image d'une montagne libre, pure, incorruptible. Il superpose mille vies en une : il explore la danse escalade, transmet sa passion de la grimpe et des cimes aux jeunes en difficulté, s'installe paysan en Auvergne et devient guide... Il reste à l'écart de la compétition alors qu'elle fascine les médias, sans cesser d'enchaîner courses et voies exceptionnelles, avec un naturel qui bluffe tous ceux qui l'approchent. Dans les Alpes comme à l'étranger, il accumule les réussites, souvent marquées par l'originalité, en marge des rivalités entre les grimpeurs vedettes de l'époque. La montagne qu'il aime est un univers joyeux et sans entrave, où le plaisir est le maître mot. Pour autant, chacune de ses réalisations est un exploit que peu pourraient reproduire. Si son palmarès est exceptionnel, c'est encore davantage l'homme qui est remarquable : sa simplicité, son humilité, sa gentillesse, font de lui un personnage unanimement salué. En avril 2004, alors qu'il a entrepris d'enchaîner les quatre-vingt-deux 4 000 des Alpes avec Philippe Magnin, il fait une chute mortelle, laissant un vide béant dans le monde de la montagne. L'émotion suscitée par sa mort a dépassé largement le cercle de l'alpinisme : son rayonnement allait bien au-delà.
Jean-Michel Asselin a chroniqué les premiers exploits de Patrick Berhault pour Alpinisme et Randonnée, puis il a relaté ses aventures dans Montagnes Magazine et enfin Vertical, magazine pour lequel il avait obtenu la collaboration de Patrick. Il signe avec ce livre le portrait sensible et personnel d'un homme des cimes complexe et attachant.
Jour de chute
Combien de temps ? Combien de temps, depuis ce jour où il m'a semblé que je serais à tout jamais divorcé de l'alpinisme et des alpinistes ? Nous étions fin avril. Sur mon agenda 2004, je n'ai pas précisé la météo du jour, chose que je m'efforce pourtant de noter de manière un peu obsessionnelle. Tout commença par un simple appel téléphonique en début d'après-midi. La voix de Didier, guide de haute montagne, que je connaissais peu, murmura cette phrase avec peine : «Il y a un gros problème, Patrick est tombé.»
La fatalité de l'attente
Patrick Berhault est tombé !
Une fois de plus, j'ai fait semblant de croire. Croire que tant qu'on n'est pas devant le corps détruit, achevé par la mort, il faut garder l'espoir. Cette démarche n'est pas logique mais elle est nécessaire, indispensable pour affronter cette stupide et écrasante réalité qui veut que les alpinistes tombent un jour ou l'autre... Bien peu d'entre eux échappent à cette fatalité, sauf à effectuer une retraite absolue qui donnera à leur vie (ou plutôt à leur mort) un tout autre destin : celui de la vieillesse, d'un cancer, d'un ulcère, d'un accident de voiture. Patrick, secouant la tête quand nous parlions de la mort, était fataliste, il se contentait d'une banalité d'usage : «Le risque n'est pas sacrilège dans la mesure où il ne nous est pas imposé. Ce qui doit arriver doit arriver, c'est à la vie que l'on doit penser quand on est vivant, on est libre de se tromper, de mourir aussi, pourquoi pas ?»
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