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Auteur : Sylvie Germain
Date de saisie : 15/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Romans français
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-226-18842-7
GENCOD : 9782226188427
Sorti le : 20/08/2008
Les Bérynx : une famille ordinaire, avec son patriarche autoritaire, ses mères affairées, ses enfants fragiles, ses secrets non partagés et son lot de drames. Et il y a Pierre, qui vient de se greffer sur cette famille comme une sorte d'ange gardien dont on ignore presque tout, homme à tout faire, mais aussi à tout défaire. Jusqu'au jour où il disparaît sans laisser d'autres traces que les brèches qu'il a ouvertes en chacun.
Roman des origines autant que de la construction de soi, L'inaperçu, comme Magnus, fait coexister le plus sombre de l'Histoire et des tragédies individuelles avec l'imprévisible, la puissance de l'imaginaire, les rêves les plus fous, tout ce qui échappe à l'emprise du temps et permet d'inventer son destin.
Arborescence. C'est ainsi qu'à l'origine Sylvie Germain désirait intituler son nouveau livre. "Arborescence" : comme cette étrange fabrique de l'imaginaire qui est la sienne, féconde de mots et d'images, qui s'enfantent les uns les autres et produisent des romans complexes à la prose ample, généreuse et fluide. "Arborescence" aussi comme ces arbres généalogiques sur lesquels se dessinent des branches (mortes parfois), des surgeons et greffons, mais d'où se dérobent au regard les racines qui "s'enfoncent dans la nuit, se dissolvent dans le silence"...
Apparition, disparition, renaissance au monde, et à la vie, voire résurrection pour ce Pierre aux allures christique. C'est dans ce mouvement, cette conversion du regard que se déploie magistralement cette fresque. Dans le dessin du temps, de la mémoire meurtrie, enfouie, dans l'entrelacs de destins et de liens qui se nouent, se dénouent et sur lesquels planent les ombres de l'Histoire. Tel Rothko sous le signe duquel est placé ce roman, Sylvie Germain observe, scrute, explore pour nous conduire "dans l'inaperçu de drames où le visible et l'invisible, la lumière et la nuit se frôlent, en s'éraflant ou se caressant, où les couleurs se meuvent à fleur d'immobilité (...) où une aventure silencieuse se joue dans l'inconnu d'un espace en expansion".
Un éclat particulier nimbe ce roman, «une flaque de lumière découpée rectangulairement dans le corps du soleil, (...) plus imposante et lumineuse qu'une fenêtre», celui du peintre Mark Rothko. En s'appropriant la peinture de l'artiste américain, Sylvie Germain lui donne la fonction d'un miroir de l'âme où se mirent tour à tour les protagonistes. Semblable à une toile qui résulterait d'une accumulation de couches de peinture, le roman présente plusieurs strates de lecture, glissant au milieu de sa prose quelques poèmes, autre corde à l'arc de la romancière. Récit sur les tragédies intimes, L'Inaperçu est une quête spirituelle dans l'anecdotique, une photographie de vies apparemment banales, d'où le lecteur ressort à la fois grave et léger, doucement ébloui.
Un nouveau roman de Sylvie Germain est comme une saison nouvelle qui réveille les sens. On l'attend et il ne déçoit pas...
On y voit des êtres dans la nuit de leurs songes, de leurs fantasmes, de leur «mauvaiseté», de leur solitude et, pourtant, sans «happy end», elle ne donne pas à désespérer. Mais à se chercher, soi-même, au vu des vies mi-banales mi-étranges qu'elle entremêle...
Sylvie Germain, sans bruit, sans tralala, avec cette écriture d'une grande variété de ton et d'allure, en fonction des nécessités du récit, nous pousse à affronter le vertige existentiel de ses personnages. Et, donc, à nous interroger - sans thèse ! sans esprit de démonstration ! - sur ce qui fonde à la fois nos identités, le risque de cette quête et la légèreté des êtres qui, finalement, résolvent leur propre énigme. C'est une tâche ardue mais libératrice. Car toujours remonte la sève.
Depuis son premier roman, le Livre des nuits, en 1984, Sylvie Germain s'emploie à scruter les «labyrinthes ombreux» des êtres et de leur mémoire, alors qu'au-dessus d'eux se profilent sans discontinuer les immenses ombres portées de l'histoire. Dans son oeuvre fictionnelle, elle n'a cessé de travailler cette matière complexe, à partir d'angles souvent inattendus. N'hésitant pas à convoquer l'imaginaire, parfois même le fantastique. Treize romans plus loin, cette inspiration a gardé sa vigueur originelle, tandis que l'architecture et le style ont atteint une éclatante maturité. L'Inaperçu se présente à coup sûr comme l'un des tout meilleurs livres de Sylvie Germain et comme l'un des textes majeurs de cette rentrée...
D'une main toujours sûre, Sylvie Germain tend sa trame. Son récit apparaît à la fois dense et allusif, concret et imaginatif...
Rien de gratuit ici. Tout signifie. Tout se charge d'une portée qui excède la circonstance particulière.
Un homme, des femmes. L'auteur entrelace petits riens et grands destins. ? ?a pourrait n'être qu'une énième - mais passionnante, mais haute en coups de théâtre - saga de provinciale famille française de 1945 à aujourd'hui ; sauf que s'y mêle une fois encore la magie «Germain». Cet art d'ensorcelante conteuse habile à conduire son intrigue en rusé Petit Poucet, caillou après caillou, et à y mêler, en prêtresse inspirée, sa pincée de doutes, de métaphysique, de fantastique, de folie...
Toutes ont aimé, souffert, en sont mortes ou ressuscitées. Et toutes ont tenté à leur manière d'arracher à l'oubli des destins qui auraient dû passer sans laisser de traces. Des gardiennes d'«inaperçu», ces trésors cachés de toute vie que Sylvie Germain avec émerveillement et tendresse fait admirablement observer, écouter. Respecter.
Une femme marche à pas rapides le long des berges du fleuve. Elle avance légèrement courbée pour se protéger du vent qui souffle dru en ce soir de décembre. Elle est vêtue d'un manteau d'astrakan noir dont le col relevé forme une large corolle autour de sa tête penchée en avant qu'enserre un foulard gris à motifs mauves ; des fleurs indéfinies, comme restent imprécis le visage de la femme, et très flou ce qu'elle porte contre sa poitrine, au creux de la corolle. Le manteau, court et évasé, évoque, lui, une grosse cloche, et les jambes, gainées de nylon noir, deux battants agités d'un mouvement vif et régulier qui cependant ne produit aucun son.
Si on observe attentivement la femme, on peut remarquer qu'un tremblement, aussi saccadé que sa démarche, secoue ses épaules et son dos. Mais à cette heure et par ce froid, personne n'a l'idée de musarder sur les quais et de s'attarder à examiner une passante à la silhouette de cloche noire agitée de soubresauts.
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