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Auteur : Jean-Paul Dubois
Date de saisie : 08/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-87929-554-1
GENCOD : 9782879295541
Sorti le : 21/08/2008
Dans la famille Stern, les choses tournaient plus ou moins rond, avant le décès de l'oncle, Charles, vénal et méprisant, frimeur et décadent, en tous les cas aux dires de son frère, Alexandre. Ce frère, justement, qui hérite de la fortune de Charles, a vite fait d'oublier ses bigoteries et ses principes fondamentaux, pour s'adonner au luxe et à la volupté.
Son fils Paul regarde tout cela avec circonspection, et se perd rapidement lorsque son épouse, en désuétude, au bord de la rupture, décide d'entamer une cure de sommeil pendant laquelle, enfin, plus personne ne pourra lui parler.
Il décide alors de sauter sur l'occasion d'une proposition professionnelle qui a l'avantage de se dérouler très loin de sa famille : partir à Hollywood écrire l'adaptation d'un scénario français pour le marché américain.
Il rencontre là-bas le double de sa femme, avec 30 ans de moins, la vie et l'amour en plus, et tente, comme il peut, de vivre dans ses mondes parallèles, de suivre un chemin qui n'est pas le sien, sans rien espérer de sa destination. Mais à jouer avec ses reflets, on finit forcément par se voir à l'envers, et les situations ont tôt fait de se retourner avec le plus grand naturel.
Jean-Paul Dubois manie allègrement les jeux de miroir, les pertes de ses personnages, leurs paradoxes, leurs petites hypocrisies quotidiennes, les mensonges et les non-dits, pour décrire des vies qui tiennent debout par la force de ces petits accommodements que tout à chacun fait avec lui-même.
Paul Stern - toulousain, la cinquantaine - hésite. Entre une épouse (Anna) qui s'enfonce dans une profonde dépression et s'éloigne de lui chaque jour davantage et un père (Alexandre) dont le remariage scandaleux lui révèle soudain la vraie nature, il est tenté de tout abandonner. La proposition d'un studio de cinéma tombe à pic : quoi de plus providentiel qu'une année à Hollywood pour réécrire le scénario d'un film français afin d'en tirer un remake ? Embauché par la Paramount, Paul découvre un univers entièrement factice qui le renvoie à ses propres contradictions. Jusqu'au moment où, dans un couloir des studios, il rencontre Selma Chantz. Et sa vie bascule. Car Selma est le sosie parfait d'Anna, avec trente ans de moins...
Après un détour par le comique (Vous plaisantez, monsieur Tanner) et l'inquiétante étrangeté (Hommes entre eux), Jean-Paul Dubois a écrit un grand roman sur l'illusion dont chacun de nous est la proie, tout en jetant sur son époque un regard lucide. On y retrouve le souffle romanesque d'Une vie française, et le charme de ses héros, éternels adolescents écartelés entre leur amour de la vie et leur sens aigu de la culpabilité.
Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse, où il vit actuellement. Journaliste, puis grand reporter pour Le Nouvel Observateur, il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques rassemblées en deux volumes aux Éditions de l'Olivier : L'Amérique m'inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002).
Écrivain, Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans, Je pense à autre chose, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, etc. Il a obtenu le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une vie française.
C'est un joli postulat, un peu faux comme tous les postulats, mais qui a le mérite d'être très suggestif : "Ceux avec qui nous vivons, qui nous sont proches et que nous sommes censés connaître le mieux, sont ceux qui nous échappent le plus", affirmait l'écrivain américain Norman Maclean. En mettant cette phrase en exergue de son roman, Jean-Paul Dubois nous en livre-t-il la clé ?...
On ne s'ennuie jamais dans ce livre doux-amer, à l'humour ravageur, dans lequel l'auteur de Kennedy et moi et d'Une vie française (prix Femina 2004) nous balade de Toulouse à Hollywood.
Avec Les accommodements raisonnables, l'auteur d'Une vie française réussit une chronique familiale mordante entre Toulouse et Los Angeles, et intègre remarquablement des éléments d'actualité dans le récit - entre autres la campagne de François Bayrou, l'irruption de Barack Obama ou la mort de Raymond Barre. Si sa satire de la faune hollywoodienne est un rien convenue, Dubois analyse intelligemment les deuxièmes chances que la vie peut nous offrir, alors qu'on ne les attend plus.
Comment résister au charme doux-amer des romans de Jean-Paul Dubois ? A ce regard entre chien et loup qui vous noue soudain la gorge avant de vous faire, trois lignes plus loin, éclater de rire ?...
«La vie est un sport individuel», écrivait déjà Dubois en 1991. Creusant inlassablement son sillon, il offre, sur ce thème, une nouvelle - et brillante - variation.
«Les Accommodements raisonnables» : un nouveau magnifique et mélancolique roman de Jean-Paul Dubois. Les héros de Dubois se prénomment souvent Paul. Comme lui, ils habitent Toulouse, font une fixette sur les tondeuses à gazon, les voitures anciennes et le vélo. Ils ont du mal avec la vie, et plus guère d'illusions. Leurs femmes viennent de les quitter, ou vont le faire. Ils ne savent pas bien pourquoi, sinon que l'amour est mort. Reste la tendresse indéfectible qu'ils éprouvent pour ce qui a été, et qui se défait irrémédiablement sous leurs yeux. Ils nous ressemblent tellement.
Jean-Paul Dubois a du métier, du souffle, de l'humour et le don de rendre attachants les personnages les plus ordinaires. Cette fois, il nous conte la virée d'un Toulousain à Hollywood. Le titre du livre, Les Accommodements raisonnables, n'est pas facile. On le dirait proposé par un des auteurs de ces maisons d'édition qui veulent à tout prix rendre le lecteur intelligent avant de le rendre heureux. Il vous conduirait presque à ne pas ouvrir l'ouvrage. Ce serait dommage...
Une année, ce roman en prend la forme : le premier chapitre s'intitule «Février» ; le dernier «Janvier». L'année est bouclée. Un séisme, c'est un euphémisme de dire que cette famille en connaît un.
Oui, pourquoi un père, austère partisan de Bayrou, est-il soudain emporté par le démon de midi, sous les dehors d'une secrétaire un peu vulgaire ? Pourquoi une épouse abrutie par les antidépresseurs ne pourrait-elle pas reprendre goût au sexe ? Et, au fond, pourquoi tromper sa femme avec une militante New Age sous ecstasy ? On le voit, un sentiment de culpabilité diffus, attisé par la séparation géographique - très belles descriptions de crépuscules mélancoliques depuis une terrasse de Hollywood - plane sur ce roman.
FÉVRIER
Je n'avais jamais aimé Charles Stern. Avec son visage bourbonien, avachi, sans caractère - trop de chair, pas assez d'os - ses manières prétentieuses et cette façon désinvolte qu'il avait de traiter les autres, il me mettait mal à l'aise. L'idée que nous étions de la même famille m'était très difficile à accepter. Charles Stern me faisait honte.
Sa mort aujourd'hui me laissait totalement indifférent. En revanche, elle semblait donner un surcroît de vitalité à mon père, lequel, en dépit de ses soixante-dix-huit ans, n'en avait nul besoin. Depuis le décès de son frère, survenu voilà a peine deux jours, Alexandre Stern bourdonnait, s'occupait de tout, négociait pied à pied avec les entreprises funéraires, contactait les proches et la famille, harcelait le notaire et les fonctionnaires de l'état civil. Moi qui le connaissais mieux que quiconque, je voyais bien le plaisir qu'il prenait à chorégraphier les funérailles de l'homme qu'il avait sans doute haï avec le plus de constance durant toute sa vie. Oui, au moment où le cercueil de son frère allait disparaître dans le tunnel rougeoyant du crématorium Alexandre Stern rayonnait, aussi discrètement que possible, d'un indicible bonheur.
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