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Auteur : Robert Pages
Date de saisie : 30/06/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Publibook.com, Paris, France
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 9782748341522
GENCOD : 9782748341522
Sorti le : 30/06/2008
Peut-on se donner sans dommage aux causes que l'on croit justes ? N'y a-t-il point dans ce don danger de dérapage et ne peut-on s'y perdre ? Et quoi qu'il en soit, quel prix un homme peut-il être amené à payer afin de préserver sa propre dignité ? Yvon n'avait pas anticipé sur toutes ces questions lorsqu'il s'est lancé à corps perdu dans la protection - le sauvetage - d'une jeune immigrée clandestine.
Son engagement lui laissera-t-il la possibilité de préserver sa vie privée, gardera-t-il auprès de lui une épouse qu'il aime, restera-t-il pour ses enfants la référence dont tout enfant a besoin ? Le voilà acculé à des choix décisifs alors même qu'il refuse de choisir. Julia ne saura sans doute jamais qu'en traversant les océans elle a amené avec elle, outre ses deux enfants et ses pauvres bagages, un tel imbroglio de questions.
Mais c'est bien aussi à travers "la petite Julia", comme ses amis l'appellent, qu'Yvon, curieusement, finit par trouver la clé.
Oui, Monsieur le Président. Si j'ai tenu à me présenter ici sans avocat, c'est qu'il m'est dès l'abord apparu que mon cas appelait des explications et non une défense. La distinction peut paraître artificielle mais permettez-moi, Monsieur le Président, d'en affirmer la légitimité. Je ne sais combien de temps vous allez m'impartir, étant tout à fait ignorant des usages de cette institution, mais je puis affirmer que je serai beaucoup plus bref que ne l'aurait été l'avocat auquel mes amis m'avaient vivement conseillé d'avoir recours ; mes amis, dont beaucoup sont ici présents et que je remercie d'être venus me soutenir dans cette épreuve - car il s'agit bien pour moi d'une épreuve, je n'aurai pas la forfanterie de prétendre le contraire. Permettez-moi donc de le répéter, Monsieur le Président, je ne prétends pas me défendre mais m'expliquer.
M'expliquer, c'est d'abord raconter la situation à laquelle je me suis un jour trouvé confronté. La raconter en très peu de mots car elle est hélas tout à fait banale aujourd'hui, cette banalité n'en atténuant pas, me semble-t-il, l'aspect proprement scandaleux : une jeune femme venue avec un enfant de trois ans, et de surcroît enceinte de plusieurs mois, venue d'un de ces vagues pays d'Afrique Noire dont nous pouvons très facilement confondre le nom avec un autre, nos connaissances géographiques étant souvent bien imprécises, chassée de sa terre par une conjonction d'ailleurs assez mal définie, et peut-être inextricable, de persécutions ethniques, d'oppression familiale, de pauvreté endémique, d'angoisse de mère et de future mère... Une jeune femme qui, après quelques mois d'une vie seulement consacrée à sa survie, la survie de son jeune enfant et la gestion de sa grossesse, met au monde une petite fille. Une petite fille qui présente aujourd'hui, après six mois de vie, et grâce, à n'en point douter, aux soins prodigués vaille que vaille par sa maman, toutes les apparences d'une bonne santé ; une petite fille qui, aux côtés de son grand frère, a arraché à sa maman des sourires et a ravivé chez elle une envie de vivre que des années de galère n'avaient donc pas réussi à annihiler tout à fait. Cette jeune femme et ses deux enfants, donc, un garçon de quatre ans et un bébé de six mois, se trouvaient soudain congédiés par le foyer qui les avait jusque-là accueillis, congédiés parce qu'un fonctionnaire que j'accepte de croire bien intentionné venait de découvrir qu'ils étaient en situation irrégulière. L'association d'aide aux migrants, saisie de l'affaire, contacte alors différentes personnes, dont moi-même, en vue d'une solution d'urgence. Il se trouve, Monsieur le Président, que je suis marié, vis en famille, mais suis par ailleurs propriétaire d'un appartement dont j'ai hérité il y a peu, que je n'ai pour l'instant pas pris la peine de mettre en location et qui se trouve donc inoccupé. Puis-je me permettre cette question, Monsieur le Président : qu'auriez-vous fait à ma place ?
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