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.. Disparition d'un chien

Couverture du livre Disparition d'un chien

Auteur : Catherine Lépront

Date de saisie : 21/08/2008

Genre : Policiers

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre rouge

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-02-098050-0

GENCOD : 9782020980500

Sorti le : 21/08/2008

Avec son dernier roman, La disparition d'un chien, Catherine LÉPRONT bouleverse, avec grand plaisir, la structure classique du genre romanesque : une histoire, une intrigue, une peinture de la société contemporaine et des personnages pleins pour servir un objet.

Une jeune femme, comptable de son métier, est découverte étranglée le samedi 27 mai 2006 dans son appartement d'un immeuble habité par une communauté d'artiste. Le commissaire est désigné, un journaliste suit l'affaire, les témoins sont interrogés, l'assassin est arrêté, mais qu'advint-il du chien ?
Toute l'adresse de ce roman sera de se servir de ce fait divers pour amener l'auteur à se raconter et à dialoguer avec chacun des personnages qui ont un rapport avec le meurtre d'une façon très attachante. Catherine LÉPRONT y défend son point de vue sur l'écriture, son regard sur l'actualité et nous fait le portrait particulièrement angoissant d'un tueur en série.

Ce roman est construit comme le serait non une symphonie mais une polyphonie sur un seul thème qui se déclinerait différemment à chaque mouvement. Une réussite.


  • Les présentations des éditeurs : 04/07/2008

Dans une communauté d'artistes, un meurtre est commis. Une jeune femme, comptable dans un magasin de cuisines, est trouvée étranglée, en mai 2006. Tous les habitants de cet ensemble vont enquêter, sous l'oeil de la narratrice dont un lointain cousin (mais très proche ami) est journaliste de faits divers. Peu à peu, de cette polyphonie se dégage le portrait du tueur (un sériai killer), à la fois fantasque et angoissant. Mais aussi l'autoportrait de celle qui écrit, explore sa mémoire et approfondit sa vie intérieure. Parallèlement, une romancière de polars décide d'écrire une fiction sur ce meurtre, mais selon des principes directement opposés à la narration pratiquée dans le livre que l'on lit. C'est l'occasion, pour Catherine Lépront, d'énoncer ses propres principes d'écriture psychologique, poétique et politique, en opposition aux règles conventionnelles de l'intrigue policière, sur un canevas qui rappelle Fenêtre sur cour. Car, comme dans le film d'Hitchcock, un chien joue son rôle, ou plutôt devrait en jouer un, mais disparaît inexplicablement. Le chien du titre est également la bête tapie au coeur du mal, du meurtrier et de tous les tyrans, auxquels l'auteur réserve un procès sans merci.

Catherine Lépront est romancière, essayiste et conseillère éditoriale. Elle a publié une vingtaine d'ouvrages chez Gallimard et aux éditions du Seuil. Parmi ses derniers livres : Namokel, Le Café Zimmermann, Des gens du monde, Ces lèvres qui remuent, Esther Mésopotamie, Entre le silence et l'oeuvre, Ingres - les ombres permanentes.



  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 22 octobre 2008

Les romans de Catherine Lépront ne sont jamais vraiment ce qu'ils semblent être de prime abord. A l'instar de ces figurines japonaises faites de papier plié, ils ont la faculté de s'ouvrir et lentement, largement se déployer, le motif initial se révélant dissimuler une matière romanesque infiniment plus ample et mystérieuse que prévu...
Il n'est guère besoin de patienter longtemps, la phrase sinueuse, polyphonique, pleine d'incises et de nuances de Cathe­rine Lépront prend possession des pages, et c'est la rumeur du monde qui surgit, enfle puis s'élève, c'est la diversité sans fin des visages et de l'expérience humaine qui s'offre à voir et à ressentir. Aussi les premiers éléments narratifs de Disparition d'un chien ne donnent-ils qu'une idée bien réductrice de ce roman aux tonalités multiples qui témoigne, de la part de son auteur, d'une maîtrise saisissante.


  • La revue de presse Alain Nicolas - L'Humanité du 2 octobre 2008

C'est qu'avec la Disparition d'un chien, Catherine Lépront ne se contente pas de «revisiter» le genre polar, de «jouer avec les codes», comme le font nombre d'écrivains tentés par cette posture sécurisante après le «tout est permis» de la modernité. Elle ne fait pas non plus de son roman une simple illustration de ses principes d'écriture, pourtant énoncés assez explicitement. Au contraire, elle construit, sur la base simple du serial killer organisant ses crimes comme des tableaux dont seule la vie s'est absentée, un édifice romanesque complexe, à l'image de la vie, mais de la vie telle qu'elle se réfracte dans nos têtes...
Avec une virtuosité confondante, loin des trucs sans surprises des pros du genre, Catherine Lépront monte une machine infernale, intelligente et douce. La curiosité s'empare du lecteur et ne le lâche plus. Car enfin : où est ce chien ?


  • La revue de presse Jean-Luc Douin - Le Monde du 3 octobre 2008

Disciple de Clara Schumann, Caspar Friedrich et Jean-Sébastien Bach, écrivain de la description mélodique et de la peinture sociale acide, Catherine Lépront s'est-elle convertie au roman policier ? Pas une seconde. Elle se moque des règles conventionnelles du polar comme de la littérature des sentiments, qu'elle nomme "littérature d'aéroport". Elle se contrefiche de l'enquête du flic. Disparition d'un chien n'utilise la mise à mort d'une femme dans un immeuble parisien - absente aux yeux des autres, entraperçue de loin, identifiée comme la femme à la Vespa, coiffée d'une queue de cheval - que pour explorer la vie de sa cité, regarder le petit monde des individuels, le confronter aux événements du grand monde, s'interroger sur la manière dont nous nous débattons, ici bas, avec l'histoire...
Catherine Lépront écrit comme une femme à sa fenêtre. Une femme qui ne comprend pas la "passion imbécile et abjecte" des badauds qui s'amassent sur les lieux d'accidents sanglants, alléchés par la vision du sang, mais que passionnent les destins de solitude, le réflexe de solidarité, l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, et que hantent des rapprochements entre narration poétique et narration politique. L'animal disparu la ramène au Chien de Goya, aux créatures mi-hommes mi-bêtes des toiles de Jérôme Bosch ou des récits d'Antoine Volodine, et défilent sous sa plume des réminiscences de Vélasquez ou Zurbaran, Picasso ou Edward Hopper, la Marthe de Bonnard, la Mangano dans Riz amer.


  • Les courts extraits de livres : 04/07/2008

Studio A4 droite

Un bruit de pétarade dans la cour de l'immeuble avertissait Olga Leeuwenhoek de l'arrivée de la femme à la vespa, qui garait sa machine quatre étages plus bas, à l'aplomb de la fenêtre du bureau de la vieille dame. Il était alors entre 18 h 30 et 18 h 45, au moment où Olga éteignait son ordinateur (autrefois recouvrait sa machine à écrire mécanique de sa housse en caoutchouc) ou rebouchait son stylo, refermait son cahier de notes, rangeait ses fiches. Elle faisait tout cela et à cette heure-là déjà bien avant l'arrivée de la jeune femme sente de Zanzibar, mais la coïncidence était devenue telle depuis quatre ou cinq ans que la Leeuwenhoek avait fini par se demander si ce n'était pas le bruit du moteur qui interrompait son travail ou, à l'inverse, elle qui provoquait le retour de la vespa en commençant de ranger son bureau.
Tous les jours. Sauf les jours de pluie.
Et maintenant, le silence.

Vers 18 h 30, Olga ouvrait grande la porte-fenêtre quelle que fût la température, et il lui arrivait de s'accouder au balcon. C'est pourquoi elle a non seulement entendu la pétarade de la vespa, mais aussi bel et bien vu la vespa elle-même, noire, un liseré rouge surlignant le coffre à bagages, noir lui aussi, telle une bosse de chameau sur laquelle on aurait jeté, ton sur ton, une natte tissée dans le poil du même animal, mais galonnée de rouge. Et elle est souvent restée à observer l'immuable rituel auquel se livrait la femme après avoir arrêté le moteur et être descendue de son engin comme une amazone de son cheval.

Silence du moteur, la femme était maintenant debout, elle ôtait son casque et le posait d'abord sur le siège de la vespa, la Leeuwenhoek lui voyait le crâne, cheveux assez abondants d'un châtain probablement artificiellement soutenu, henné brun, balayage de coiffeur ou Dieu sait quoi, Olga n'y connaît pas grand-chose en matière de falsification capillaire, toujours est-il que la chevelure ne ramassait pas tout à fait naturellement la lumière, sinon ses reflets ne lui auraient pas évoqué le magasin de M. Jade, d'un côté droguerie, de l'autre fournitures pour les peintres.


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