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Auteur : Jean-Baptiste Del Amo
Date de saisie : 17/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-07-011984-4
GENCOD : 9782070119844
Sorti le : 25/08/2008
Gaspard quitte sa Quimper natale où il vit avec ses parents - une brute aviné et une épave grabataire qui sent la truie - pour tenter sa chance à Paris. L'auteur à l'occasion de l'intrigue qui mène son héros des bas fonds jusqu'au grand monde, dresse un portrait vivant de la capitale de l'époque. Si réels vous sembleront les remugles d'ordures et de crasse, le crottin des chevaux d'attelage et la puanteur de la pauvreté que vous aurez parfois le coeur au bord des lèvres. En sus de ces descriptions sensuelles virtuoses, voilà un premier roman époustouflant quant à la construction romanesque et à la maîtrise de la langue. Une éducation libertine se place d'emblée dans la lignée du "Parfum" de Süskind, un soupçon de souffre en plus, à la manière du "Fils Unique" de Stéphane Audeguy.
«C'est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n'a que faire des conventions, rit de la morale. Ses moeurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n'ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l'excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu'il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l'amour, il les méprise soudain car seule la volupté l'attise. On chuchote qu'il aurait perverti des religieuses et précipité bien d'autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n'être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s'en méfier comme du vice.»
Paris, 1760. Le jeune Gaspard laisse derrière lui Quimper pour la capitale. De l'agitation portuaire du fleuve aux raffinements des salons parisiens, il erre dans les bas-fonds et les bordels de Paris. Roman d'apprentissage, Une éducation libertine retrace l'ascension et la chute d'un homme asservi par la chair.
On ne s'attendait pas à ce qu'un nouveau-né de la rentrée littéraire vienne mettre son grain de sel dans l'héritage littéraire français. Les premiers romans sont le plus souvent autobiographiques, une manière de se dégager de soi, pour le meilleur comme pour le pire. C'est un tout autre choix qu'a fait Jean-Baptiste Del Amo, du haut de ses vingt-six ans, qui, avec Une éducation libertine, signe un roman d'apprentissage d'une ambition exceptionnelle...
Lointain cousin du Rastignac de Balzac, Gaspard et «son éducation libertine», dont le titre est un clin d'oeil assumé à Flaubert, sentent bon le roman d'apprentissage du XIXe siècle. Il fallait du cran pour se lancer dans une entreprise romanesque d'une telle ambition, d'autant que Jean-Baptiste Del Amo a confié à plusieurs occasions qu'il n'avait ni la «formation littéraire» ni la connaissance particulière de cette période de l'histoire. Il n'en a que plus de mérite.
La plus grande des qualités de Jean-Baptiste Del Amo est de donner une dimension physique à sa littérature. Il sait très bien créer des ambiances et décrire des lieux que l'on traverse le temps de la lecture. Ce premier livre sur l'initiation à la vie sociale d'un provincial, parent éloigné d'un Diderot qui n'aurait jamais lu ni écrit, contient des bonheurs d'écriture qu'on ne rencontre plus chez beaucoup d'écrivains dits installés. La fraîcheur d'âme est perceptible chez Del Amo. C'est un lointain héritier du Le Clézio alors débutant avec Le Procès-verbal. Il y a des filiations moins enthousiasmantes.
Encore un premier roman d'une grande maîtrise. Saluons l'auteur : Jean-Baptiste Del Amo a 26 ans, une plume et un ton. Il signe la troublante chronique d'individus à l'humanité vacillante...
Le destin de Gaspard illustre à merveille ce qu'il advient lorsque, par désir d'arriver, on oublie jusqu'à sa propre humanité. Mais ce qui fascine, ici, ce sont les descriptions des «jupons de misère» dont se pare la ville. Dans ce Paris magistralement décrit, on viole, on tue, on égorge à chaque coin de rue. Dans l'indifférence. Et dans une puanteur inhumaine...
Le tour de force de Jean-Baptiste Del Amo est d'avoir fait des pestilences qui accompagnent chaque instant de la vie de son héros autant de symboles de ce statut qui nous menace tous : l'imposture.
Dans ces années du milieu du XVIIIe siècle - nous sommes vers 1760 -, les Lumières peuvent bien briller dans quelques salons, de grands esprits peuvent bien deviner et annoncer de grands bouleversements : la réalité, elle, ne brille guère et l'avenir des hommes du peuple, quand il y en a un, est aussi obscur et incertain que le présent. Dans son premier roman, Jean-Baptiste Del Amo, qui est âgé de vingt-six ans, s'est emparé de cette réalité, l'a mise en oeuvre. Une oeuvre qu'il a voulue haute en couleurs et en saveurs, à la mesure d'une intuition, peut-être d'une obsession. Car s'il s'est documenté sur l'époque, il l'a plus encore rêvée, laissant aller son imagination sur les vagues de ce rêve littéraire.
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