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Auteur : Aurélien Boucher
Date de saisie : 17/07/2008
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Publibook.com, Paris, France
Collection : Histoires contemporaines
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7483-4273-4
GENCOD : 9782748342734
Sorti le : 17/07/2008
2008.
La Chine accueille les Jeux Olympiques d'été, occasion de célébrer internationalement les valeurs sportives de compétition, de dépassement de soi, de fair-play. Il est probable qu'à cette occasion les médias locaux mettront en avant l'origine chinoise de nombreuses pratiques sportives. Un siècle plus tôt, il eût pourtant été inconcevable pour l'état mandarinat d'organiser un tel événement. Dans une société codifiée, où la régulation du et des corps entrait en correspondance avec le céleste et le collectif, l'importation des pratiques sportives européennes, assimilées au barbare et au chaotique, sous l'égide des missionnaires anglo-saxons, ne se fit pas sans mal, ni sans résistance. L'histoire de cette pénétration, les mutations des gymnastiques chinoises et des arts martiaux, confrontés à une concurrence nouvelle, constituent le sujet du présent ouvrage. Il est abordé via l'angle socioculturel et symbolique afin d'en relever tous les enjeux, notamment politiques.
Analyse influencée par Pierre Bourdieu, l'essai d'Aurélien Boucher convoque les concepts clés du sociologue français pour cerner et expliquer les transformations des pratiques corporelles en Chine. Cette entreprise féconde renouvelle l'approche du sport et de ses évolutions, et met en évidence l'enjeu que représente l'éducation des corps pour un état, de quelque nature qu'il soit. Du mandarinat au communisme de Mao, c'est ainsi toute une idéologie et une politique du corps du citoyen chinois qu'Aurélien Boucher met au jour et décrypte avec clarté.
Aurélien Boucher est doctorant en sociologie à l'Université de Nantes. Il mène, sous la direction de Gildas Loirand, des travaux consacrés à la sociologie des pratiques corporelles dans le monde chinois. Pongiste de niveau national, il a découvert l'univers du sport chinois à l'occasion d'un stage en Chine dans un centre de tennis de table en 2004.
Extrait de l'introduction :
Que la Chine soit aujourd'hui une grande nation sportive ne fait de doute pour personne. Les résultats de ses athlètes dans diverses disciplines depuis les années 1970, comme les Jeux Olympiques que ce pays a reçu pour charge d'organiser en 2008, en portent incontestablement témoignage. Toutefois, en Chine comme ailleurs, l'extension des pratiques sportives en tant que mode dominant et socialement valorisé d'exercice corporel ne s'est pas réalisée en un jour. Littéralement «importé» par une poignée d'individus marqués par les modèles éducatifs britanniques de la période victorienne ou par la culture entreprenariale nord-américaine, le sport moderne, au début du XXe siècle, s'est implanté en Chine en rencontrant de fortes résistances, sans commune mesure avec celles qui ont marqué, à la même période, le développement des activités sportives et de la compétition dans les différents pays européens. Ainsi, en 1914, dans un ouvrage intitulé L'Amérique à travers le regard d'un diplomate oriental, Wu Ting Fang, qui fut ambassadeur et ministre sous la dynastie Qing (1644-1911) puis sous la jeune république chinoise, pouvait-il écrire :
«Peut-être n'existe-t-il rien que font les Chinois qui ne diffère plus de ses amis occidentaux que le sport. Les Chinois ne comprendront jamais pourquoi on s'y rassemble par milliers juste pour voir un jeu. Nous ne sommes pas assez modernisés pour utiliser une demi-journée de notre temps à regarder les autres jouer. Je doute fort que le sport puisse un jour être réellement populaire aux yeux de mon peuple. Il est trop violent, et d'un point de vue oriental manque de dignité.»
Ce court extrait démontre que les promoteurs des sports se sont heurtés à une culture corporelle profondément contraire aux traits fondamentaux de l'activité sportive que sont la mise en compétition des corps, la limitation du recours à la violence et le fair-play. Le sport se trouve en fait confronté et mis en concurrence avec une culture corporelle indigène hétéroclite qui se réfère selon les régions, au taoïsme, au confucianisme et au bouddhisme.
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