Inscrivez-vous àla Lettre des Libraires.
Libraires,partagez vos découvertes.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
est notre partenaire « Télé » : chaque jeudi soir, un portrait de libraire est diffusé dans l’émission de François Busnel « La Grande Librairie ».
est notre partenaire « Radio ». Ecoutez l'émission "A livre ouvert" : chaque dimanche soir, François Busnel reçoit deux libraires pour commenter l’actualité littéraire de la semaine passée.
est notre partenaire « Presse écrite ». Découvrez en exclusivité le palmarès des livres préférés des libraires de France.
Auteur : Catherine Millet
Date de saisie : 30/09/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Flammarion, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-08-068905-4
GENCOD : 9782080689054
Sorti le : 27/08/2008
Le coup de tonnerre littéraire qu'a provoqué La Vie sexuelle de Catherine M.
révélait le regard singulier que l'auteur portait sur son corps et sur sa vie. Aujourd'hui, elle raconte son " autre vie ", celle où s'effondre de manière étrange et imprévue un pan de son existence, cette crise traversée dans un mélange de rêves et de déchirements. Jour de souffrance est un défi d'écrivain : à la fois le prolongement d'une oeuvre puissante et son contraire implacable, maîtrisé et saisissant.
Catherine Millet est directrice de la rédaction d'art press.
Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages dans le domaine de l'art contemporain. Son récit La Vie sexuelle de Catherine M., publié en 2001, a été traduit en quarante-cinq langues.
Dans la littérature contemporaine, Catherine Millet appartient à la catégorie des grands peintres de l'âme humaine. Etant entendu que l'âme est l'atelier invisible où se décident nos pensées, comportements, sentiments, émotions, désirs... où se fomentent nos plaisirs, nos angoisses et notre souffrance - et donc qu'elle n'est nullement l'ennemie du corps, de ses humeurs et de ses élans. Ainsi, l'âme est-elle une vaste, charnelle et riche contrée...
Avec une crudité flamboyante, une froide cruauté retournée contre elle-même (jamais contre Jacques, préservé de tout grief), avec une lucidité sidérante, "subliminale" dit-elle drôlement, Catherine Millet décrit, "de l'intérieur", cette perte d'équilibre du moi, ce concassage du corps jeté contre les murs, abreuvé de "boue noire". Elle raconte en détail cet appel au secours muet, indicible, que l'on adresse à l'autre, à la fois agent du mal et porteur du remède impossible à administrer. Et à la fin, cette question, dont tout le livre cherche, avec une sombre passion, la réponse : "Peut-on habiter un corps auquel tout l'espace intérieur et extérieur est disputé ?" En marge de cette terrible interrogation, Catherine Millet affirme aussi que quand l'air vient à manquer, c'est l'écriture qui se fait respiration, la littérature salut.
Si la manière de dire la jalousie du dedans, avec ses invasions de l'imaginaire, ses déformations de l'espace et du temps, ses abandons à la douleur physique pour s'arracher à la pieuvre cruelle des conjectures, fait forcément penser au Proust d'Un amour de Swann, je ne peux m'empêcher de penser à Claudel pour ce qui est de la dramaturgie de l'histoire : un Partage de midi inversé. Ce n'est pas un homme qui se croit pieux et qui tombe fou amoureux d'une femme mariée, chutant dans l'adultère, seul moyen pour Dieu de l'arracher à son orgueil spirituel ; c'est une femme qui se veut libertine et qui se met à vivre avec un homme, Jacques Henric, avec l'accord plus ou moins tacite que chacun peut vaquer à ses aventures, mais voici que le démon de la jalousie s'attache à ses pas, et lui apprend, en dépit de tout ce qu'elle croit, la fidélité dans le désir...
Ici les moralisateurs applaudissent ou du moins se frottent les mains : «L'infidèle, victime à son tour d'une infidélité»... Mais il ne s'agit pas de cela. Il s'agit, pour une femme que rien au monde n'y disposait, d'une formidable déclaration d'amour...
Ecrire, parfois, c'est vieillir : c'est reconnaître une souffrance et la soumettre à son imagination, qu'elle faisait jusqu'ici courir comme un canard, tête plus ou moins coupée. Catherine Millet vieillit. Elle a souffert. En souffrant, elle semble avoir pris conscience d'elle-même. Maintenant, elle l'écrit...
Sept ans plus tard, Jour de souffrance est annoncé sur le bandeau comme «l'autre vie de Catherine M.». Or, ce n'est pas ça : il n'y a qu'une vie de Catherine M., celle qui agissait sans s'expliquer. Il est cette fois question de Catherine Millet. Contrairement à Catherine M., Catherine Millet s'explique. Elle ne fait même que ça : Jour de souffrance est la description analytique, dans le genre le plus classique du récit psychologique, de la crise qu'elle a vécue et qui l'a finalement conduite à écrire la Vie sexuelle de Catherine M. C'est comme dans certaines oeuvres conceptuelles : si le premier livre était la performance, le second en est le commentaire. D'autres récits, remontant vers l'enfance et les profondeurs, pourraient bien suivre...
Mieux elle s'observe, plus elle descend, plus elle se découvre : la jalousie est cette chambre noire qui, en avilissant l'être, le révèle.
Si Jour de souffrance s'inscrit avec naturel dans le prolongement de La Vie sexuelle..., ce n'est pas à la façon d'une explication de texte. Entre les deux volets du diptyque, pas de relation de subordination. Mais une homogénéité, qui réside dans la façon analogue dont Catherine Millet prend position pour observer le «motif» par elle décidé : ici sa vie sexuelle, là le sentiment de jalousie éprouvé à l'égard de «l'autre vie» de son compagnon, et dans les deux cas, le choix radical d'«une posture de témoin, y compris face à [soi]-même», un souci d'objectivation du vécu, passant par une sorte de dédoublement de soi. Ce qui est passionnant, dans ce Jour de souffrance, ce qui, de ce récit, fait l'évidente beauté, c'est peut-être la rébellion qu'oppose, à l'intelligence de Catherine Millet, à sa volonté affirmée de distance et de neutralité, ce sujet précis : l'abstruse, irrationnelle et indigne jalousie, ce piège clos dans lequel elle se retrouva enfermée durant plusieurs années ; incapable, en dépit de sa propre liberté sexuelle hautement revendiquée et pratiquée, de ne pas souffrir de celle de son compagnon de longue date, l'écrivain Jacques Henric, à qui elle découvrit un jour des liaisons, en marge de leur couple.
RÉSUMÉ
Si l'on ne croit pas à la prédestination, alors, il faut admettre que les circonstances d'une rencontre, que par facilité nous attribuons au hasard, sont en fait le résultat d'une incalculable suite de décisions, prises à chaque carrefour dans notre vie, et qui nous ont secrètement orientés vers elle. Ce n'est pas que nous ayons recherché ni même souhaité, serait-ce du fond de notre inconscient, toutes nos rencontres, même les plus importantes. Plutôt, chacun d'entre nous agit à la façon d'un artiste ou d'un écrivain qui construit son oeuvre dans une succession de choix ; un geste ou un mot ne détermine pas inéluctablement le geste ou le mot qui suit, mais place au contraire son auteur devant un nouveau choix. Un peintre qui a posé une touche de rouge peut choisir de l'éteindre en lui juxtaposant une touche de violet ; il peut choisir de la faire vibrer par une touche de vert. Au bout du compte, il aura beau s'être mis au travail avec quelque idée de son tableau achevé en tête, la somme de toutes les décisions qu'il aura prises, sans les avoir toutes prévues, fera apparaître un autre résultat. Ainsi nous conduisons notre vie par un enchaînement d'actes bien plus délibérés que nous ne sommes prêts à l'admettre - parce qu'en assumer clairement toute la responsabilité serait un fardeau trop lourd -, et qui pourtant nous mettent sur le chemin de personnes vers qui nous ne pensons pas nous être dirigés depuis si longtemps.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia