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Auteur : Sasa Stanisic
Traducteur : Françoise Toraille
Date de saisie : 19/09/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : La cosmopolite
Prix : 21.50 € / 141.03 F
ISBN : 978-2-234-06020-3
GENCOD : 9782234060203
Sorti le : 20/08/2008
Bienvenue au pays des fêtes champêtres et de l'accordéon, bienvenue au pays de la grande cueillette de prunes et de la colique qui s'en suivit, bienvenue au pays des promesses toutes simples : "ne jamais arrêter de raconter", bienvenue au pays du "magicien du possible et de l'impossible" où tout est possible, même la plus fratricide des guerres, bienvenue au pays de la Drina, bienvenue en ex-Yougoslavie.
Par la voix d'un enfant, et par l'écriture flamboyante du jeune homme que cet enfant est devenu, quelque part dans son exil allemand, voici comment une enfance d'Europe Centrale bascule dans la perte : celle de grand-père Slavko qui meurt à l'instant même où Carl Lewis devient champion du monde, par laquelle s'ouvre le récit ; la perte d'Asija, la compagne de jeux dans la cave, durant les bombardements - mais a-t-elle jamais existé, celle dont le nom signifie "pacificatrice" ? La perte d'un monde qu'il est vain de chercher à retrouver : parce que ses blessures l'ont défiguré, et parce qu'en s'enfuyant on l'a trahi.
Il est rare de rencontrer une écriture aussi tonique (coup de chapeau à la traductrice), aussi exubérante, gorgée d'images, de trouvailles, d'humour jusqu'au bord du gouffre. Sasa Stanisic, né à Visegrad de mère bosniaque et de père serbe, entre en littérature avec un livre dont la lecture est une urgence salutaire.
Aleksandar grandit près de Visegrad, dans ce qui est encore la Yougoslavie, quand se produit un drame : la mort de son grand-père Slavko.
Celui dont les récits légendaires du Communisme l'ont enchanté, et auquel il a fait le serment de transformer la réalité en histoires, l'enfant espère jusqu'au bout le réveiller. Son grand-père adoré n'a-t-il pas fait de lui un magicien ? Mais il faudra que les pouvoirs d'Aleksandar soient grands car la guerre est proche. Viendra le temps de l'exil et d'une intégration difficile dans l'Allemagne des années 90, obsédée par le productivisme et le coût de la réunification.
L'évocation inoubliable d'une guerre qui s'est jouée tout près de nos frontières, dans l'indifférence et l'incompréhension générales. Le destin d'une famille aux personnages picaresques. Le regard d'un enfant, plus préoccupé des malheurs de ses proches, de l'issue d'un match de football, de ses premières amours, que de l'avenir de son pays mais dont le récit spontané souligne la violence avec laquelle la guerre fait irruption dans le quotidien.
Puis Aleksandar grandit et dès que l'occasion lui est donnée d'écrire, il ne cessera d'évoquer son enfance et le souvenir de son pays perdu. C'est à la naissance d'un prodigieux écrivain que le lecteur assiste alors, pour son plus grand plaisir.
Né en 1978, de mère bosniaque et de père serbe, Sala Stanisié a quatorze ans quand il doit fuir la ville de Visegrad en 1991, alors que la guerre embrase la Yougoslavie.
Il se réfugie avec ses parents en Allemagne, où il choisira de rester après leur départ vers les États-Unis, alors qu'il a tout juste dix-sept ans. La beauté des images et la force de l'écriture de ce premier roman démontrent que la langue et la littérature peuvent devenir la terre promise d'un apatride. Il a été traduit dans plus de vingt langues.
A l'origine de ce récit, il y a la défaite de la meilleure part de l'enfance. Celle qui prétend qu'il suffit d'un chapeau avec des étoiles jaunes et bleues pour être un magicien. Car en réalité les petits garçons n'ont pas de pouvoirs magiques. Tout ce qu'il leur reste quand ils sont devenus des hommes, ce sont les histoires qui font rire et celles qui font pleurer...
Sasa Stanisic construit son roman avec une maîtrise qui est parfois une insolence. Dans son texte, palpite même l'arrière-goût d'une autre langue. Le lecteur français le devine. Pour le lecteur allemand, c'en est presque miraculeux : on croirait qu'il s'agit d'une traduction. D'une merveille de traduction, mais d'une traduction quand même... Suite de la théologie négative de Sasa Stanisic : écrire dans une langue comme s'il s'agissait d'une autre - mais sans s'en rendre comte...
En fait, Stanisic aime ouvrir des portes. Il en ouvre tellement qu'on ne sait plus faire la différence entre un placard et un océan. Les ténèbres sont également profondes - et infinies.
Le Soldat et le gramophone est une mosaïque. Les faits et gestes d'Aleksandar sont nourris des expériences de l'auteur, mais celui-ci, avant d'écrire, a commencé par réunir quantité de récits, afin d'élargir son point de vue. Puis, l'imagination a pu se déployer. Il savait ce qu'il ne voulait pas : provoquer la pitié, «émotion si facile, et dangereuse»...
Quoi de neuf sur la politique, sur les massacres ? D'abord, dans le Soldat et le gramophone, on enterre le grand-père Slavko, au village, où vivent encore ses propres parents. L'été suivant, la récolte des prunes et le départ pour l'armée de l'oncle Miki sont l'occasion d'une infernale fiesta, avec repas où «il n'y a rien qu'il n'y ait pas». La fête tourne mal, les musiciens sont accusés de jouer des airs de bohémiens au lieu de chanter «la Grande Serbie». Il est dit que «les Oustachis», à savoir les Croates, «pillent notre pays». L'oncle Miki, en désaccord avec ses frères, réapparaîtra de manière aussi fugitive qu'inquiétante. A Viegrad, la télévision montre des villes en flamme, mais cela se passe «très loin de chez nous». Chez eux, «la situation» a entraîné «une grande épidémie de transhumance». La famille partira à son tour, pour Belgrade, où Aleksandar se fait traiter de bâtard par un gamin dans la rue, «il prétend que ma mère a empoisonné mon sang serbe».
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