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_ Sur la plage de Chesil

Couverture du livre Sur la plage de Chesil

Auteur : Ian McEwan

Traducteur : France Camus-Pichon

Date de saisie : 11/09/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Du monde entier

Prix : 16.90 € / 110.86 F

ISBN : 978-2-07-078546-9

GENCOD : 9782070785469

Sorti le : 11/09/2008

Angleterre, 1962. Dans le petit hôtel très middle-class d'une station balnéaire, Edward et Florence s'apprêtent à passer leur nuit de noces. Ils sont jeunes, ils s'aiment sincèrement - mais cela suffira-t-il pour surmonter leurs craintes, leurs inhibitions, voire, dans le cas de Florence, une répulsion inavouée pour le sexe ?

Après deux livres de la classe d'Expiation et de Samedi, on aurait presque admis de Ian McEwan une petite baisse de régime - Il n'en est rien ! Dans un registre certes moins ample, mais tout aussi profond, Sur la plage de Chesil est encore une parfaite réussite. McEwan se montre bien le digne héritier d'Henry James, par sa façon de traquer la vérité des êtres sans jamais en épuiser le mystère. Pour expliquer l'aversion de Florence, il aurait pu sombrer dans le freudisme de bazar - mais la «piste» oedipienne n'est que subtilement évoquée - ou bien incriminer sans nuance la pudibonderie d'une époque révolue. Certes, l'Angleterre provinciale de ce début des sixties n'est pas exactement celle du swinging London - mais là encore, McEwan se garde des simplifications sociologiques à l'emporte-pièce : témoin ce final bouleversant où la jeune fille «refoulée» fait montre d'une audace tout à fait paradoxale. L'auteur, cependant, est loin de se désintéresser de la problématique sociale : elle innerve au contraire tous ses livres. Dans Expiation, les préjugés de classe sont autant responsables du drame que la terrible méprise de Briony ; et dans Samedi, l'irruption du «voyou» Baxter vient bousculer l'existence patricienne d'Henry Perowne. Dans Sur la plage de Chesil, face aux parents de Florence - un homme d'affaires prospère et une don d'Oxford - ceux d'Edward ne font pas le poids. 1935, 2003, 1962 : rien, au fond, ne change vraiment. On pense alors à un autre maître de McEwan, Thomas Hardy, à l'amertume des personnages de Jude l'obscur ou de Tess d'Uberville devant l'infranchissable fossé qui sépare les êtres.


  • Les présentations des éditeurs : 11/09/2008

«Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible...» Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l'Angleterre d'avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment très vite leur nuit de noces en épreuve de vérité où rien ne se déroule selon le scénario prévu.
Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l'alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l'ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d'une vie.

Né en 1948, Ian McEwan est considéré comme l'un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. L'enfant volé (Du monde entier, 1993, Folio n° 2733) a reçu le prestigieux Whitbread Novel Award et, en France, le prix Femina étranger ; Amsterdam (Du monde entier, 2001, Folio n° 3728), a été couronné par le Booker Prize for Fiction (1998) ; Expiation (Du monde entier, 2003, Folio n° 4158), par le WH Smith Literary Award (2002). L'essentiel de son oeuvre est disponible aux Éditions Gallimard.



  • La revue de presse Sabine Audrerie - La Croix du 24 septembre 2008

Prenant pour théâtre la nuit de noces de deux jeunes mariés dans l'Angleterre des années 1960, Ian McEwan signe un grand roman, sûrement l'un de ses plus beaux...
McEwan montre les déflagrations immenses nichées dans un simple geste maladroit, et le danger des illusions, collectives en politique, personnelles en amour. Étirant le temps d'une vie sur quelques heures décisives, il fait d'un diptyque romantique (qu'on pourrait nommer «La vie d'avant : 1-Florence, 2-Edward») l'ébauche d'une fresque bien plus ambitieuse dont le troisième panneau ne peut jamais se peindre à l'avance.


  • La revue de presse Didier Jacob - Le Nouvel Observateur du 18 septembre 2008

Qui peut aujourd'hui faire mieux que l'auteur d'«Amsterdam», dans tous les registres d'ailleurs que chacun de ses livres prend un malin plaisir à explorer ? Pour connaître le fin mot de l'histoire, allez donc vous aussi faire un tour sur la plage de Chesil. Vous verrez, c'est diabolique.


  • La revue de presse Florence Noiville - Le Monde du 12 septembre 2008

Dans le dernier livre de Ian McEwan, ce rien est d'une importance capitale. Le héros n'a rien fait pour retenir son premier amour et se le reproche ("il l'aurait pu l'appeler" ce soir-là sur la plage de Chesil. Il aurait pu "s'élancer pour la rattraper"). Il n'en a rien fait. Que s'était-il passé ? Trois fois rien, si l'on y songe. Une nuit de noces ratée. Une lune de miel qui tourne au fiasco pour cause de maladresse au lit. Une non-histoire en somme... Mais ce rien fascine Ian McEwan, qui raffole des moments imperceptibles où une vie bascule, bifurque, déraille ou s'écroule sans crier gare. C'est un maître dans l'art de couper les minutes et même les secondes en quatre. Aussi s'empare-t-il de ce presque rien qu'il va détailler, fragmenter, dilater à l'extrême pour nous offrir ce petit bijou d'analyse psychologique - peut-être l'un de ses plus beaux romans après Délire d'amour (Gallimard, 1999)...
La dramaturgie de cette "pantomime" est parfaite. La tension va crescendo jusqu'à l'explosion finale - c'est le cas de le dire. Et puis, c'est la rupture de ton. L'amour propre blessé, l'humiliation, l'angoisse de n'être pas "comme les autres", la colère. Un point de non retour où quelques phrases vont suffire à tout faire basculer... Il ne s'est "presque rien passé" et pourtant, à cet instant, deux vies changent de cours, irréversiblement.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 10 septembre 2008

La brièveté du roman, la constriction apparente de l'intrigue sur laquelle il repose - quelques heures dans la vie d'un couple -, le classicisme intemporel et presque austère de l'écriture d'Ian McEwan, l'absence d'affects et de sentimentalité dont l'Anglais fait preuve une nouvelle fois ne doivent pas inciter à prendre à la légère ce livre admirable, merveille de profondeur, de sensibilité...
C'est intelligent, grave, lucide, infiniment subtil - osons le mot : c'est un chef-d'oeuvre.


  • La revue de presse André Clavel - L'Express du 4 septembre 2008

La conversation de McEwan est particulièrement raffinée - il y a du Jane Austen et du Henry James sous sa plume - mais elle ne cesse de susciter l'inquiétude quand il s'aventure dans les friches de l'âme, avec tous ces personnages si dérangés qu'il invente...
Par petites touches gourmandes, McEwan dépose sur sa toile les moindres détails de ce premier face-à-face conjugal. Les décors douillets de la modeste suite nuptiale qui ouvre sur la plage de Chesil, comme une promesse d'azur et de bonheur...
Oui, c'est un malentendu terrible, un ratage tragique que met en scène McEwan. A notre époque avide de jouissance et gavée de sexe, il tend le miroir grimaçant d'une autre époque vouée, elle, aux pires tabous. De ces années-là, l'auteur d'Expiation instruit le procès sans la moindre indulgence...
Sur la plage de Chesil est un roman implacable, un brasier d'amertume et de prose foudroyée. Sur tous les tableaux - la lucidité du regard, la musique des mots, la subtilité de la psychologie - McEwan fait mouche. Et prouve qu'il est un envoûteur, le plus brillant des lettres britanniques.


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, septembre 2008

La nuit de noces d'un jeune couple, dans l'Angleterre d'avant la révolution sexuelle. Un récit à deux voix, intense et fascinant, de Ian McEwan, au sommet de son art !...
Avec une incroyable justesse psychologique - et ce quel que soit le point de vue - McEwan aborde frontalement le rapport de ses héros «innocents» à la sexualité. D'une précision clinique, certaines descriptions charnelles rappellent moins le cinéma érotique que les films d'horreur gothiques - Angleterre oblige - ou ceux de David Cronenberg. Le rythme de la phrase et la minutie du vocabulaire - nous sommes aux antipodes du dernier Christine Angot... - nous plongent dans l'intimité de ce couple, dont la vie va, dès lors, être bouleversée. Bien plus qu'il ne l'imagine. En parallèle, l'auteur jongle avec des retours en arrière sur la vie et les origines d'Edward et de Florence, et veille à les insérer dans un contexte social et géopolitique déterminant. D'une formidable fluidité de narration, Sur la plage de Chesil progresse par petites touches, jusqu'aux dernières pages, surprenantes et bouleversantes, qui, si elles ne donnent guère envie de convoler en justes noces, confirment l'immense de talent de Ian McEwan. Grand livre.


  • Les courts extraits de livres : 26/10/2008

Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible. Mais ce n'est jamais facile. Ils venaient de s'installer pour dîner dans un minuscule salon au premier étage d'une auberge de style géorgien. Dans la pièce voisine, visible par la porte ouverte, se trouvait un lit à baldaquin assez étroit, dont la courtepointe d'un blanc pur s'étendait, incroyablement lisse, comme si aucune main humaine ne l'avait touchée. Edward n'avoua pas qu'il n'était encore jamais allé à l'hôtel, alors que Florence, après ses nombreux voyages avec son père dans son enfance, était une habituée. En apparence, tout leur souriait. Leur mariage à l'église St Mary d'Oxford s'était bien passé : la cérémonie religieuse avait été sans fausse note, la réception, festive, les adieux de leurs copains de fac et de lycée, aussi bruyants que chaleureux. Contrairement à ce qu'ils redoutaient tous les deux, les parents de Florence n'avaient pas regardé les siens de haut, et sa mère à lui n'avait commis aucun impair ni complètement oublié la signification de cette journée. Les mariés avaient pris la route dans une petite voiture appartenant à la mère de Florence, et ils étaient arrivés en début de soirée à leur hôtel sur la côte du Dorset, par un temps indigne de la mi-juillet et de l'occasion, mais parfaitement convenable : s'il ne pleuvait pas, il ne faisait pas non plus assez chaud, selon Florence, pour manger sur la terrasse comme ils l'avaient espéré. Edward pensait que si, mais, poli à l'extrême, jamais il n'aurait osé la contredire un soir pareil.


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