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Auteur : Christophe Bataille
Date de saisie : 16/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 15.90 € / 104.30 F
ISBN : 978-2-246-73811-4
GENCOD : 9782246738114
Sorti le : 26/08/2008
Italie, 1527. La peste frappe le pays. Un homme s'est enfui de Florence où la maladie sévit, et arrive aux portes d'une petite ville toscane encore épargnée.
Cet homme est un prince, un conseiller des rois, un homme de lettres, de connaissances, un être qui a longtemps eu droit de vie et de mort sur ses congénères par sa simple parole.
Il connaît le monde, il connaît la vie, et surtout la mort, il connaît les hommes, et leurs vices, il connaît le pouvoir, ses rouages, ses limites, ses devoirs, ses droits et ses excès.
Cet homme est Machiavel. Il se croit encore Prince sans doute. Mais il vient de Florence la maudite, et plus rien ne compte. Ses titres sont sans valeur, ainsi même que ses diamants.
La peur a raison de tout, et lorsque le peuple n'ose plus boire ni manger, l'argent et le pouvoir n'ont plus de signification.
Le Prince Machiavel est littéralement mis à nu, on l'observe, on cherche les petites tâches grises, on n'en trouve pas, puis on le fait rentrer dans la ville.
Quelques jours passent, et la mort s'abat à nouveau. Elle rôde dans la cité, s'insinue dans chaque recoin, s'engouffre, et finit par s'établir en maîtresse sur son nouveau royaume.
Lorsque brûler les cadavres ne suffit plus, on s'en prend aux vivants qui les ont approchés, aux sorcières, aux juifs, aux parias, à tous ceux qui pourraient représenter la cause de ces malheurs.
Lorsque même les bourreaux ont peur de la mort, c'est que la barbarie a atteint son âge de raison.
Machiavel se cache, rôde, un couteau en main, trouve refuge dans une auberge abandonnée, et tente comme il peut de survivre à ce cauchemar.
Il sauve un jour une jeune fille de la torture et des flammes. Une jeune fille qui montre manifestement les signes avant-coureurs de la peste. La sauver, c'est déjà s'attacher.
Il la protège, la soigne tant qu'il peut. Il l'aime.
Voici probablement l'ovni littéraire de la rentrée. Christophe Bataille imagine les jours de Machiavel lors de la peste de 1527, en se basant sur ses écrits.
Il lui crée cet amour, le dernier, celui peut-être de la rédemption.
Derrière l'anecdote, c'est Machiavel lui-même qu'il réinvente, réhabilite. L'homme qu'il fut, au-delà de l'image populaire qui en est restée.
Un homme hanté, qui a peur, qui veut vivre, qui aime encore, qui observe, qui pense et qui s'émeut.
Ce n'est pas un diable humanisé. C'est un homme, tout simplement. Et voilà l'autre partie de ce roman mystérieux : une réflexion imagée et implicite sur la condition humaine.
La langue est riche, soutenue, très belle, à la fois classique et moderne. C'est un long rêve que nous propose de visiter l'auteur. Un long rêve qui s'éternise dans une réalité imaginée. Certains le trouveront impénétrable, sans doute. On se dit que Christophe Bataille est trop ambitieux. Et puis on termine le livre sans même s'en rendre compte, et on loue son auteur de nous offrir quelques bouts de ses ambitions démesurées.
Un homme frappe à la porte d'une petite ville toscane. La peste est partout et cette cité sera son arche. Depuis les palissades dressées à la hâte, il observe le monde des bûchers, des mauvais rêves et de la faim. Bientôt les rats envahissent les rues ; un enfant tombe foudroyé. On brûle les sorcières en tremblant. Alors la ville devient un tombeau. Cet homme qu'on ne connaît pas porte un nom légendaire : Machiavel. En 1527, il est vieux, il a connu le monde, il a lu les livres, il a conseillé les princes, mais le voici mis à nu par le mal.
Que peuvent la science ou la géographie quand on n'ose plus boire ni manger ? Machiavel vit la nuit, caché, marmonnant des prières, le poignard à la main, cherchant la Renaissance dont il ne reste rien. Jusqu'au jour où il sauve presque malgré lui une jeune femme malade. Il la soigne, il l'aime. C'est ce dernier amour que raconte ici Christophe Bataille, dans un roman énigmatique et puissant.
Christophe Bataille, né en 1971, est l'auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Annam (Arléa, 1993), J'envie la félicité des bêtes (Grasset, 2002) et Quartier général du bruit (Grasset, 2006).
Christophe Bataille le dit clairement vers la fin de son récit : il a voulu libérer Machiavel de son nom, l'arracher "à sa légende où il n'y a rien que la haine de la pensée par le grand nombre. Que veut notre époque ? La fin des livres et des pensées. Que veut notre époque ? Des morts, et un tombereau d'images et de larmes pour les fêter". Si, avec Christophe Bataille, on a suivi Machiavel dans son rêve et ses terreurs, on sait qu'il pose les bonnes questions, pas seulement pour son siècle, mais pour tous les autres : sur la peur, la maladie, le néant, la science, le tragique, la beauté et sur une énigme de toujours, l'amour.
A lire comme une métaphore de nos temps troublés, «le Rêve de Machiavel» est une des grandes réussites de cette rentrée...
A peine ce livre profond et charnel entamé, on se dit : quelle chance pour l'auteur d'avoir connu le succès aussi jeune, et d'en avoir été guéri aussi vite. A 22 ans, l'auteur d'«Annam», devenu en une seule saison le «divin enfant» du milieu littéraire, aurait pu pantoufler dans une veine attendue. Il a choisi l'angle raide, la transe poétique, et s'est planté parfois. Il en est revenu meurtri, mais plus fort que jamais aujourd'hui...
Le scepticisme total de Bataille répand sur tout son premier roman de la maturité de saisissantes lueurs. Là où croît le péril ne croît pas nécessairement ce qui sauve : c'est là la leçon de ce très noir «Rêve de Machiavel». Elle n'est pas faite pour plaire ni pour rassurer. On se contentera d'admirer.
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