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Auteur : Yasmina Khadra
Date de saisie : 30/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-260-01758-5
GENCOD : 9782260017585
Sorti le : 21/08/2008
On attend toujours énormément d'un nouveau roman de Yasmina Khadra. Livre après livre, il ne cesse d'étonner, construisant minutieusement une oeuvre incontournable.
Avec «Ce que le jour doit à la nuit», il surprend une nouvelle fois par la qualité extrême de son écriture, sublime, tout comme la construction du roman, parfaitement maîtrisée.
Dans cette grande fresque sur l'Algérie, vu par les yeux d'un enfant, Yasmina Khadra arrive une fois de plus, comme dans ses précédents livres, à créer des scènes inoubliables, dans lesquelles les lieux et les personnages sont presque palpables...
Un chef d'oeuvre... tout simplement !
«Mon oncle me disait : "Si une femme t'aimait, et si tu avais la présence d'esprit de mesurer l'étendue de ce privilège, aucune divinité ne t'arriverait à la cheville."
Oran retenait son souffle en ce printemps 1962. La guerre engageait ses dernières folies. Je cherchais Émilie. J'avais peur pour elle. J'avais besoin d'elle. Je l'aimais et je revenais le lui prouver. Je me sentais en mesure de braver les ouragans, les tonnerres, l'ensemble des anathèmes et les misères du monde entier.»
Yasmina Khadra nous offre ici un grand roman de l'Algérie coloniale (entre 1936 et 1962) - une Algérie torrentielle, passionnée et douloureuse - et éclaire d'un nouveau jour, dans une langue splendide et avec la générosité qu'on lui connaît, la dislocation atroce de deux communautés amoureuses d'un même pays.
Salué dans le monde entier comme un écrivain majeur, Yasmina Khadra est l'auteur, entre autres, de À quoi rêvent les loups, Les Hirondelles de Kaboul, L'Attentat (Prix des libraires 2006) et Les Sirènes de Bagdad. Son oeuvre est traduite dans trente-quatre pays.
L'Attentat est en cours d'adaptation à Hollywood, et les Hirondelles de Kaboul sera porté prochainement à l'écran par le cinéma français.
De construction délibérément linéaire, le roman commence au début des années 1930 et s'achève à l'époque actuelle, brassant donc une riche matière historique. La trajectoire de Younes-Jonas n'apparaît pas vraiment commune, puisque celui-ci connaît d'abord une misère noire avant d'être pris en charge par un oncle pharmacien et de mener une existence petite-bourgeoise qui le rapproche des pieds-noirs de son âge...
On sait le peu de goût qu'éprouve Yasmina Khadra pour la facilité et le confort intellectuel. On peut y voir sans aucun doute la résultante de cette formation, dont son roman porte remarquablement témoignage.
Le titre est sobre comme du Malraux. Il rappelle une phrase des «Hirondelles de Kaboul» : «Les hommes sont fous; ils ont tourné le dos au jour pour faire face à la nuit.» On voit par là que Yasmina Khadra n'a pas peur des mots, mais ne manque pas non plus de suite dans les idées...
C'est pourtant bien la douleur d'un homme «passé à côté de la plus belle histoire de sa vie» qui, dans cette chronique excessivement romanesque, s'impose. Le vrai talent de Khadra est là. Sa puissante empathie pour chaque personnage donne chair au chaos d'une époque. Son fatalisme reste, obstinément, un humanisme.
Après avoir achevé Les Sirènes de Bagdad (Julliard, 2006), dernier volet, après Les Hirondelles de Kaboul et L'Attentat (Julliard, 2002, 2004), d'une trilogie consacrée au malentendu entre l'Orient et l'Occident, Yasmina Khadra avouait volontiers son désir de s'extraire de l'actualité pour revenir enfin à son pays natal, l'Algérie, et écrire ce livre ambitieux auquel il rêvait depuis longtemps. Ce rêve, le voici, sous la forme d'une fresque émouvante et forte où se dessine, plus encore que l'amour impossible entre un Algérien et une Française, celui de deux peuples qui ont chéri ensemble, pendant plus d'un siècle, la même terre avant de s'entre-déchirer. Pour raviver cette passion commune que l'histoire a trop souvent tendance à oublier, Yasmina Khadra a choisi la voix d'un vieil homme qui, à l'heure des adieux à la femme aimée, se souvient du petit garçon et du jeune homme qu'il fut, tiraillé entre deux cultures dans l'Algérie coloniale des années 1930 à 1962.
Une mêlée «diaprée», une robe «lactescente», une silhouette féminine «dunaire» : les adjectifs de Yasmina Khadra ne sont pas de ceux qui circulent partout. Ils sont choisis avec recherche, et ne sont jamais répétés. La richesse des descriptions ne doit cependant rien aux épithètes. La métaphore dope la syntaxe de l'auteur. Parfois, le décor se trouve caché derrière ce vertige de mots qui passe pour de la générosité, aux yeux des lecteurs. Quand il se calme, le tourbillon laisse place à un vrai paysage, comme dans ce monde d'avant la colonisation, où «il suffisait de fermer les yeux pour s'entendre vivre».
En plus de 400 pages, il retrace vingt-cinq ans de conflit entre les Algériens et les pieds-noirs. Une performance ! Pour nous faire toucher du doigt les drames intimes de cette «guerre d'indépendance», il invente des histoires d'amour rendues impossible par l'Histoire...
Khadra ne juge pas, il relate, dans ce roman arrimé à une trame historique captivante, une passion impossible. «Ce que le jour doit à la nuit» est l'un des rares «grands livres» de cette rentrée.
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