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Auteur : Todd Shepard
Traducteur : Claude Servan-Schreiber
Date de saisie : 17/09/2008
Genre : Histoire
Editeur : Payot, Paris, France
Collection : Essais
Prix : 27.50 € / 180.39 F
ISBN : 978-2-228-90330-1
GENCOD : 9782228903301
Sorti le : 17/09/2008
La guerre d'Algérie nous parle de la France d'aujourd'hui, en particulier des questions d'identité et de citoyenneté, mais aussi celles des rapatriés, de l'immigration, de la mémoire et de la réconciliation. C'est ce que montre ce livre salué par les historiens et qui devrait donner à réfléchir. Todd Shepard y explique, entre autres, comment la Ve République, à ses débuts, s'est appuyée sur la guerre d'Algérie pour restreindre durablement les libertés individuelles ; et comment l'histoire de l'impérialisme et de l'anti-impérialisme français a été réécrite par l'administration, les politiciens et les journalistes pour présenter la décolonisation comme une «fatalité», un mouvement inévitable, au lieu de dire qu'elle marquait l'échec du projet originel d'intégration nationale dans les colonies.
Todd Shepard, né en 1969, est maître de conférences (Associate Professor) à la Johns Hopkins University, aux États-Unis. Son livre a déjà reçu deux prix : celui du meilleur livre en anglais sur l'histoire de la France (prix J. Russell Major, décerné par l'American Historical Association en 2006) et celui du meilleur livre publié depuis deux ans sur l'Europe (prix du Council of European Studies, décerné en 2008). Fin 2007, Todd Shepard a été cité par le History News Network comme l'un des jeunes historiens américains les plus prometteurs du moment.
"La fin de l'Algérie française a changé la France", écrit l'historien. En mieux ? A le lire, ce fut plutôt l'inverse. Car l'indépendance algérienne, montre-t-il, a débouché sur une "nouvelle définition de l'identité nationale". Les "nouvelles catégories juridiques" adoptées à l'été 1962 ont en effet établi une différence entre les rapatriés et les réfugiés. Tandis que les premiers restaient français, les seconds apprenaient qu'ils étaient désormais de nationalité algérienne. En affirmant, le 25 juillet 1962, que le terme de rapatrié ne s'appliquait "évidemment pas aux musulmans", de Gaulle ne se contenta pas de mettre en cause "l'un des éléments essentiels des accords d'Evian : le droit, pour tous les habitants de l'Algérie, de garder leur nationalité française"...
De sorte qu'après 1962, écrit l'auteur, "il n'a plus été nécessaire d'expliquer ce qui tombait sous le sens : que les "Algériens", d'une certaine façon, n'étaient pas semblables aux Français".
Les Français aiment parfois à vivre sur de consolantes certitudes. Ils ont ainsi souvent considéré que le projet impérial illuminait les colonisés en leur offrant le progrès et les droits de l'homme. Cette vision optimiste voile de curieux paradoxes. En 1950, une majorité de Français aurait sans doute affirmé que l'Algérie, c'est la France. Dix années plus tard, les mêmes relèveront sans broncher que l'Algérie et la France constituent deux entités bien distinctes. Un jeune universitaire américain, Todd Shepard, a voulu éclairer cette contradiction. Il montre que la métropole, tout en prétendant assimiler les colonisés, n'a eu de cesse de les exclure, barrant notamment, pour des raisons diverses, leur accès à la citoyenneté...
Obligeant à redéfinir la citoyenneté, la guerre d'Algérie fut également utilisée par le général de Gaulle pour asseoir son pouvoir. Le conflit puis la lutte contre l'OAS servirent à légitimer des juridictions d'exception...
Ce livre, par le regard décalé qu'il propose, aide sans doute à mieux comprendre les déchirements provoqués par ces années de braise et leur incidence sur la France contemporaine.
Citoyens français musulmans d'Algérie : une histoire éphémère
Pendant plus de cent vingt ans, sous la République en particulier, les autorités françaises se sont évertuées à gérer les paradoxes et les incohérences du gouvernement de l'Algérie - de son territoire et de ses habitants - comme si cette dernière faisait partie de la France.
Au cours des années qui séparent 1830 et le début des années 1960, la France a soutenu que l'Algérie était une extension de son territoire national, et que ceux qui y naissaient étaient des sujets nationaux ; pendant la plus grande partie de cette période, la question de savoir si et quand la plupart des Algériens accéderaient à la citoyenneté est restée en suspens. C'est en 1958 que tous les Algériens sont devenus des citoyens à part entière de la République française. Et c'est entre 1956 et 1962 que la France a mis en place un impressionnant dispositif de mesures nouvelles pour concrétiser une prétention restée longtemps sans effet. À savoir que tous les Algériens, y compris les «musulmans», faisaient partie de la nation.
Ce premier chapitre brosse le tableau de l'histoire de l'Algérie française jusqu'à la veille du moment où il est devenu évident, pour la plupart des Français, que cette histoire aurait une fin. Je me suis surtout intéressé au droit, principalement à la manière dont la France a instauré des codes juridiques et créé des institutions pour administrer, de l'autre côté de la Méditerranée, son territoire et ses sujets. La France, Algérie comprise, est devenue une république au sein d'un empire (1870-1940; 1944-1962), situant ainsi l'Algérie au coeur des conflits et des tensions provoqués par l'éclosion jumelle de la modernité libérale et du colonialisme moderne - ce que certains appellent, par une formule intéressante, «la modernité coloniale». Cela signifie que les décisions de la France concernant l'Algérie ont souvent directement façonné la manière dont les Français se voyaient ou se définissaient, eux et leurs institutions, la citoyenneté et la nationalité notamment. La France en Algérie était, comme d'autres régimes modernes, un «État taxonomique», pour reprendre l'expression de l'anthropologue Ann Laura Stoler, dans lequel la catégorisation et la définition des personnes et de leurs droits légitimaient l'action de l'État. Les identités que les lois et codes français assignaient aux habitants de l'Algérie ont également modelé - souvent sans ménagement et même d'une manière brutale - leur situation, leurs options et leur histoire.
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