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Auteur : Denis Labayle
Date de saisie : 02/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. du Panama, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-7557-0392-4
GENCOD : 9782755703924
Sorti le : 02/10/2008
Le 5 mars 1955, Nicolas de Staël assiste à un concert au théâtre Marigny, à Paris. Bouleversé par la musique d'Anton Webern, il décide de traduire par la peinture son émotion. Dix jours plus tard, il se jette par la fenêtre de son atelier. Pourquoi un artiste jeune, séduisant, au faîte de sa gloire met-il fin à ses jours ?
Jack Tiberton, journaliste au Washington Tribune, est le seul à connaître la vérité car, pendant ces dix jours, il était là. Il a tout vu, tout entendu, et surtout tout noté.
Le roman de Denis Labayle mène le lecteur au coeur de la création, là où l'émotion jaillit, comme ce rouge incandescent choisi par Nicolas de Staël pour son dernier tableau, Le Concert.
Un voyage dans l'avant-garde artistique des années cinquante, une réflexion passionnante sur la création et ses doutes, la solitude de l'artiste qui cherche au-delà de l'horizon. Dix jours fictifs, possibles, qui font revivre cet énigmatique personnage, l'un des plus talentueux peintres de la France d'après-guerre, Nicolas de Staël.
Essayiste engagé et romancier, Denis Labayle, auteur notamment de Tempête sur l'hôpital (Seuil, 2002), a déjà publié quatre romans aux Éditions Julliard, dont Cruelles Retrouvailles (prix des Mots Doubs 2002 et prix Littré 2003) et Ton silence est un baiser (2007).
Extrait du prologue :
«Chaque homme connaît au cours de son existence un moment privilégié où il a rendez-vous avec la chance. À lui de ne pas passer à côté.»
Je ne sais pourquoi cette prédiction me revient aujourd'hui en mémoire. Qui me l'a faite ? Mon père peut-être. Parvenu au crépuscule de ma vie, j'affirme qu'elle est exacte, et je peux même préciser la date de mon propre rendez-vous avec la fortune : mars 1955, mois au cours duquel j'ai rencontré Nicolas de Staël, l'homme qui a bouleversé mon existence.
Assis devant ma table de travail, au rez-de-chaussée de mon pavillon situé au 244 Lincoln Street, dans le quartier huppé de Washington, j'observe par la fenêtre la rue déserte, juste éclairée à six heures du matin par une aurore prometteuse. Depuis deux semaines les feuilles d'érable prennent une teinte fauve. Peut-être est-ce mon dernier automne ? Avant de partir, il me faut terminer ce travail tout juste ébauché. Le temps presse, même si j'ai l'intime conviction que je tiendrai jusque-là.
Sur ma table, à gauche de mon ordinateur, sont empilés des cahiers d'écolier aux pages jaunies, aux couvertures défraîchies sur lesquelles il est écrit «Charlemagne» au-dessus de l'image de l'empereur à cheval. C'est sur ces cahiers achetés dès mon arrivée à Paris que j'ai noté, jour après jour, avec une précision de greffier, les gestes et les paroles de Nicolas de Staël. Depuis des années, ces souvenirs sont dans mon coffre, enfermés comme un testament. Je les ai relus une seule fois, en 2003, lors de sa rétrospective au centre Georges-Pompidou à Paris. J'y étais invité en tant que membre d'honneur et expert de l'artiste. À cette occasion, pour préparer ma conférence, j'avais compulsé la totalité des écrits sur le grand peintre, collectés depuis cinquante ans, en particulier toutes ses lettres publiées par plusieurs petites maisons d'édition, car ce génie avait non seulement l'art des couleurs mais aussi celui des mots.
Aujourd'hui, le cancer qui me ronge depuis plusieurs mois m'offre, si l'on peut dire, de nouvelles libertés. Le temps des aveux est venu, mais plus j'en suis convaincu, plus je tarde à écrire, peut-être par peur de falsifier de nouveau la vérité.
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