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Un bureau de préfecture, une file d'attente, un espoir - obtenir des papiers.
Désormais banale, cette image de l'immigration occulte l'essentiel : ce qui se joue de l'autre côté du guichet. Là, des fonctionnaires examinent les dossiers, jaugent les candidats, statuent sur leur sort. C'est à eux que l'État délègue la mise en oeuvre de sa politique d' " immigration choisie". Mais qui sont ces hommes et ces femmes qui décident d'attribuer des papiers ou, au contraire, de reconduire à la frontière ? Comment tranchent-ils ? De quelle latitude disposent-ils dans l'interprétation des règlements ? Au terme de plusieurs années d'enquêtes dans les coulisses des consulats, des préfectures et des services de la main-d'oeuvre étrangère, Alexis Spire dévoile la face cachée de cette machine à trier les étrangers.
Ceux qu'on éloigne, et ceux qui rejoignent la main-d'oeuvre bon marché réclamée par les employeurs. Situés au bas de l'échelle administrative, les personnels chargés de l'immigration sont sommés de " faire du chiffre " et de " traquer les fraudeurs ". Cobayes de la " modernisation de l'Etat ", ils s'enrôlent dans cette croisade en croyant défendre le modèle social français.
La revue de presse Laetitia van Eeckhout - Le Monde du 3 octobre 2008
Le sociologue Alexis Spire nous plonge dans l'univers des guichets de préfectures, directions départementales du travail et services des visas des consulats. Fondé sur plusieurs enquêtes menées entre 2003 et 2007, ce livre met en lumière l'action de ceux qui, dans les coulisses de l'administration, "font" la politique de l'immigration...
Il y a bien quelques réfractaires qui plaident pour une écoute plus attentive, une instruction plus approfondie de chaque dossier. Certains réussissent à partir, mais les autres finissent par s'habituer. "Avec le temps, on s'endurcit", dit une fonctionnaire. Et la grande majorité des agents se montrent indifférents : ils ne résistent ni n'adhèrent véritablement aux normes qui leur sont inculquées...
Ils ne s'embarrassent d'aucune considération morale ou politique", explique Alexis Spire. "Moi, je fais mon chiffre et rien que mon chiffre", résume l'un d'entre eux.