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Auteur : Mario Calabresi
Traducteur : Anaïs Bokobza
Date de saisie : 09/10/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Prix : 13.90 € / 91.18 F
ISBN : 978-2-07-012145-8
GENCOD : 9782070121458
Sorti le : 09/10/2008
Luigi Calabresi a participé à l'enquête sur l'attentat de la piazza Fontana du 12 décembre 1969 en tant que commissaire de la police milanaise. Cet attentat à la bombe est généralement considéré comme le point de départ des années de terrorisme en Italie. Pendant l'enquête, un drame se produit : Giuseppe Pinelli, membre d'un groupuscule anarchiste, est arrêté, puis meurt au cours de sa garde à vue. Luigi Calabresi sera désigné comme le responsable de son décès par l'extrême gauche et une bonne partie de l'opinion publique italienne. Malgré une enquête et deux jugements qui ont clairement établi son innocence, Calabresi devient la cible d'une violente campagne de presse avant d'être abattu de deux balles, le 17 mai 1972.
Son fils Mario revient ici sur les faits et sur ses souvenirs intimes liés à cette période, mais il va également à la rencontre d'autres familles victimes du terrorisme de l'extrême gauche afin d'évoquer plus largement l'évolution de la société italienne face à la mémoire de ces années-là. Des questions universelles telles que le rôle de la justice dans le travail de mémoire, ou la place des victimes dans nos sociétés, sont ainsi abordées sous l'éclairage de son histoire personnelle.
Son récit, d'une extrême sobriété quoique empreinte d'une douleur toujours très vive, est tout simplement bouleversant.
Mario Calabresi, né en 1970 à Milan, a fait des études d'histoire et de journalisme. Il est actuellement correspondant à New York pour le quotidien La Repubblica.
Dans ce petit livre, le fils du commissaire, doublement victime, revient avec une réelle sensibilité et un talent littéraire sur cette histoire qui a bouleversé sa jeunesse. Il redonne à la mémoire de son père une dimension fort touchante...
À travers le témoignage d'autres victimes du terrorisme, il pose la brûlante question de la mémoire et surtout celle du devoir des victimes. Il vise enfin, sans la moindre haine, à empêcher «toute lecture romantique» du terrorisme d'extrême gauche italien.
Sans aucun esprit de vengeance, Calabresi reconstruit donc l'histoire de son père, en essayant de lui restituer une dimension humaine et intime. Au passage, il démonte "les rumeurs et les théorèmes" qui se sont accumulés sur lui, en proposant indirectement une formidable réflexion sur le poids des mots. "Mon père a été traité d'assassin. Les mots les plus terribles ont été utilisés de façon irresponsable et, par la suite, un terrible conformisme intellectuel a souvent empêché de regarder la réalité au-delà des lieux communs", souligne l'auteur, dont le sobre récit évoque les difficultés de sa vie d'orphelin, mais également la force de sa mère, qui a permis à la famille d'échapper à la rancune. C'est précisément cette attitude qui a permis à l'auteur de dépasser son histoire personnelle pour partir à la rencontre d'autres familles détruites par le terrorisme, dont il raconte les différentes façons de survivre à la douleur. A travers leurs témoignages, il pose la question de la mémoire et du rôle de l'état vis-à-vis des victimes...
La vengeance, pas plus que l'exigence de repentance, n'habitent le récit. C'est heureux, il n'y a pas chez lui d'impératif mémoriel, mais plutôt la volonté d'en finir avec une «époque de folie», selon d'Ambrosio. «Pinelli et Calabresi sont liés depuis presque quarante ans, note le fils du commissaire. Utilisés l'un contre l'autre dans un bras de fer interminable, l'un des nombreux bras de fer qui paralysent le pays et le forcent à regarder vers le passé.»Sortir de la nuit n'est pas l'occasion pour le journaliste de la Repubblica de réclamer des excuses au nom du père. Il ne demande pas aux institutions de consulter les familles de victimes avant de décider d'une grâce. Il ne nie pas aux ex-terroristes le droit de s'exprimer, de publier, de se réinsérer. Il espère juste du respect. «"Prendre en considération", est le mot-clé.»
Les anciens terroristes, constate Mario Calabresi, écrivent des livres, deviennent des maîtres à penser - «un authentique filon culturel a été créé» - sans jamais un remords, un mot pour ceux qu'ils ont tués. Mario Calabresi a écrit, pour toutes les victimes, un livre digne. Et bouleversant.
Le présage
Le jour où il a été tué n'était pas un jour «normal», dans le sens où il n'était pas inattendu. Depuis longtemps, plus aucune journée n'était normale : les mauvais présages, les peurs soudaines, les angoisses et même les pleurs étaient devenus les compagnons de route de mes parents. Personne n'aurait plus pu dire depuis quand. Ou peut-être que si, depuis le soir où mon père était rentré bouleversé : «Gemma, Pinelli est mort.»
Et aussi, depuis le moment où les premières inscriptions étaient apparues sur les murs de la ville, le désignant comme le commissaire «assassin». Depuis le matin où avait débuté cette féroce campagne de presse, violente et sarcastique, faite de menaces, de promesses, de défis et de dessins humoristiques. Peu de temps après ma naissance, le quotidien Lotta Continua publiait un dessin où mon père, me tenant dans ses bras, m'apprenait à décapiter, avec une guillotine miniature, un poupon représentant un anarchiste.
Mais ce sont les détails, que j'ai recueillis au fil des ans et instinctivement classés dans ma mémoire, qui font d'un jour quelconque un jour annoncé. Prévu. Presque attendu.
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