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Tabliers, craies, encre, berlingots... jusqu'aux années 1960, ces objets ont fait partie de la petite enfance d'une France encore rurale et tranquille.
Souvenirs d'un temps où l'omniprésent ordinateur d'aujourd'hui n'existait pas encore dans nos vies, et où thèmes et versions se rédigeaient à la plume et à l'encre violette, à coups de taches et de buvards salvateurs - pour les plus pressés.
Écrivain, PIERRE ASSOULINE a publié une vingtaine de livres, notamment des biographies et des romans. Journaliste, il est chroniqueur au Monde 2, critique au Nouvel Observateur, au Magazine littéraire et à L'Histoire, et tient un blog culturel, "La République des livres".
Le photographe LAZIZ HAMANI est l'auteur de plusieurs publications, parmi lesquelles Antiquaires, Lanvin, Panama, Chapeau de légende. Symboles du bouddhisme et Axel Vervoordt, l'histoire d'un style publiées aux éditions Assouline. Depuis 1976, il a également exposé ses oeuvres photographiques dans de nombreuses galeries, dont "The Love Show" à Tokyo, avec Corbis Asia, fin 2006.
Les courts extraits de livres : 10/10/2008
Le tableau noir
En ce temps-là, le tableau noir n'était pas blanc. Il impressionnait tant son austérité lui conférait une certaine profondeur. Après le passage de l'éponge, on pouvait même s'y mirer brièvement. On y lisait en premier lieu la maxime du jour, laquelle ouvrait sur une leçon de morale.
Rien ne le distinguait de l'ardoise sinon sa taille (énorme) et sa situation (centrale). Ce qui donnait une certaine publicité à nos bévues. "Au tableau !" L'injonction sonnait comme une condamnation, plus encore que la mise au piquet, passagère humiliation. Car une fois face au tableau, il fallait encore faire ses preuves en public, alors que le nez au mur, on se contentait de guetter l'issue du purgatoire. On quittait le coin sans saveur ni odeur en mémoire, alors qu'on s'éloignait du tableau le nez tout frémissant d'une fragrance d'épongé mouillée.
Le tableau noir demeure le lieu géométrique de tous nos souvenirs scolaires.
C'était mieux avant ? C'était toujours mieux avant, n'ayons pas honte de nous l'avouer, tout simplement parce que nous étions jeunes. Le temps de l'enfance est presque toujours celui de l'insouciance. Malgré la difficulté à s'endormir le dimanche soir et l'angoisse du lundi matin. Comment ne pas éprouver les plus vifs regrets pour ce moment béni ? On serait nostalgique à moins, à condition que ce sentiment ne tourne à aucune de ses variantes européennes, ni spleen, ni saudade, ni sehnsucht. Juste ce que recouvre le beau mot de "nostalgie" avec cette pointe de mélancolie dans la prononciation.
"Avant" commence quand au juste ? Cela paraît loin, mais c'est parfois plus proche qu'on le croit. En mai 2008, Robert McCrum, le responsable des pages littéraires de l'hebdomadaire britannique The Observer, dresse un bilan à l'heure du départ, après une dizaine d'années de bons et loyaux services. Il écrit qu'à son arrivée, c'était encore un monde d'encre et de papier. En 1997...