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Auteur : Susan Sontag
Traducteur : Anne Wicke
Date de saisie : 09/10/2008
Genre : Essais littéraires
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-267-01998-8
GENCOD : 9782267019988
Sorti le : 09/10/2008
Premier ouvrage posthume de Susan Sontag, ce recueil rassemble seize essais et discours auxquels elle travailla jusqu'à sa mort. Ses considérations sur la beauté, la littérature russe et l'art de la traduction littéraire voisinent avec des textes - manifestes sur la situation en Israël, le 11 Septembre et Abou Ghraib. Mais, plus que dans aucun autre livre, Susan Sontag exprime ici sa foi en la littérature et le pouvoir qu'elle lui confère. Elle y dévoile ses centres d'intérêt majeurs - la lecture, l'écriture, la traduction - ainsi que ces qualités qu'elle prisait avant tout, dans son travail comme dans sa vie : l'honnêteté intellectuelle et morale ainsi que l'esprit de sérieux.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Anne Wicke
Extrait de l'avant-propos :
Lorsque je pense à ma mère aujourd'hui, plus d'un an après sa mort, je me surprends souvent à m'attarder sur cette expression étonnante d'Auden, dans son grand poème à la mémoire de Yeats - des mots qui à la fois résument la petite immortalité que peut parfois conférer la réussite artistique et constituent, simultanément, un euphémisme absolument extraordinaire pour exprimer la disparition. Une fois mort, Yeats, écrit Auden, «devint ses propres admirateurs».
Les êtres chers, les admirateurs, les détracteurs, les oeuvres, le travail : au-delà des souvenirs voués à être rapidement déformés ou à tout le moins revus et corrigés, au-delà des biens destinés à être rapidement dispersés ou distribués, au-delà des bibliothèques, des archives, des enregistrements vocaux, des bandes vidéo, des photographies - c'est sans doute là tout ce qui peut rester d'une vie, aussi bien et chaleureusement vécue qu'elle ait pu être, quelle qu'en ait été la réussite.
J'ai connu bien des écrivains qui se sont accommodés de la mortalité, autant que cela leur était possible, grâce au moins à ce fantasme que leur oeuvre leur survivrait et survivrait à la vie de ceux, parmi leurs proches, qui garderaient foi en leur souvenir pour le temps qui leur resterait à eux-mêmes. Ma mère faisait partie de ces écrivains, elle travaillait avec un oeil imaginairement dirigé vers la postérité. Je devrais ajouter que, étant donné sa peur absolue de la disparition - jamais, même durant ses ultimes jours de souffrance, il n'y eut en elle la moindre ambivalence, la plus petite acceptation -, cette pensée n'était pas simplement une petite consolation, ce ne fut jamais une consolation. Elle ne voulait pas partir. Je ne prétends pas savoir vraiment ce qu'elle ressentit lors de son agonie, durant ces trois mois passés dans deux lits successifs dans deux hôpitaux successifs, alors que son corps ne devenait plus qu'une terrible douleur, mais cela, au moins, je peux l'affirmer en toute certitude.
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