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Auteur : Vincent Delecroix
Date de saisie : 30/10/2008
Genre : Littérature, essais
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : L'un et l'autre
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 978-2-07-012077-2
GENCOD : 9782070120772
Sorti le : 30/10/2008
«Il était votre héros, peut-être, parce qu'il était le plus grand des héros, le plus beau, le plus fort, le plus courageux ou le plus inflexible. Ou parce qu'il avait un ami, un vrai, à la vie à la mort. Il était votre héros, parce qu'il fut inconsolable et que sa mère caressa tendrement ses cheveux (vous aviez faim de cette caresse, et honte de cette faim, qui n'était pas virile). Parce que, aussi, il faut bien l'avouer, il était de tempérament colérique et que vos caprices de gamin en étaient blasonnés d'or, ou que son orgueil était une qualité divine et non un vilain défaut. Parce qu'il n'était pas chafouin comme Ulysse, pontifiant comme Nestor, stupide comme Agamemnon, lâche comme Pâris - et surtout pas cocufié comme Ménélas. Parce qu'il était pur, dans sa violence comme dans sa magnanimité, dans son chagrin comme dans sa joie triomphante. Et il semblait qu'à le suivre vous étiez purifié, plongé au feu, comme lui-même le fut, enfant, par sa mère. Vous n'alliez jamais vieillir.
Vous n'alliez jamais vieillir. Vous vieillissez.»
Vincent Delecroix.
En quelques livres, ce jeune philosophe raffiné s'est promené dans des territoires variés, passant du roman classique à des histoires plus légères et maintenant à un très brillant essai consacré au héros des héros, Achille...
Derrière le visage d'Achille, se profile notre humaine et mortelle condition, mais aussi la modernité qui tourne le dos à la mort. Et aussi, suggère, Vincent Delecroix, la question du sens : qu'est-ce qui nous fait courir, nous tous ? Le désir de cette impossible immortalité ? Rien à faire. Ni la violence d'Achille (sa colère "hors de proportion"), ni ses instants de douceur, ni son amour ("L'amour pour Polyxène l'attire dans l'obscurité funèbre du temple d'Apollon"), ne le sauveront, ne nous sauveront de la "traversée des Enfers". Non, rien, si ce n'est peut-être le récit qui sans cesse renoue les fils et permet aux héros et aux dieux de "vivre encore", de "vivre toujours, même morts, dans la parole des poètes". Et de renaître intact, comme Achille qui émerge, tout auréolé de jeunesse, de ce magnifique tombeau de papier.
Il y a quelque chose de Montherlant qui bat au coeur de ce livre inclassable, essai aussi bien que portrait, physique, ému, à l'intelligence sensible, ne se refusant pas pour autant aux fruits de la bibliothèque. Son Achille rêvé depuis les jeux de l'enfance et de l'adolescence, Vincent Delecroix nous le restitue dans une lumière intime, profonde. Un miroir, qui donne le vertige.
Encore un livre qui vous frappe au talon, c'est-à-dire au coeur, à l'esprit. La flèche est décochée par Vincent Delecroix, un écrivain qu'on voit régulièrement passer ces temps-ci, en sifflant, l'air de rien, avec son style vif, ardent, ciselé, et des livres qui touchent juste à chaque fois...
Ce texte est un hymne à l'enfance, doublé d'un magnifique hommage aux quelques héros, trop rares, qui lui ont survécu.
En évoquant la figure aimée du personnage de L'Iliade, c'est de nous-mêmes que parle Vincent Delecroix. Brillantissime...
C'est ainsi qu'en nous parlant de mythes supposés poussiéreux Delecroix touche en nous, de son style ailé, des vérités névralgiques. Romancier en même temps que philosophe, il a trouvé avec ce traité un miraculeux équilibre entre concept et littérature. Continuera-t-il dans cette voie, ou retournera-t-il au roman, riche de cette langue aux glissandos proustiens, aux épithètes souveraines ? Qu'importe : ce «tombeau d'Achille», élevé avec pitié, sera lu aussi longtemps qu'il y aura des lecteurs pour la haute littérature, et des hommes mûrs pour se retourner sur leur jeunesse perdue.
Dans un texte entre essai et confession, Vincent Delecroix se penche sur la figure du demi-dieu qui l'accompagne depuis l'enfance...
Le choix d'Achille paraît dès lors lumineux : saisi dans son essence, enraciné dans son sol primitif, avant d'être recouvert par les milliers de couches de références qui l'ont à la fois immortalisé et défiguré, qu'est-il sinon justement l'incarnation la plus radicale qui soit de «ce qui est perdu» ? Le poète nous l'a dit et répété : Achille s'est toujours su condamné. Il a fait son choix et avance en tenant pour certain qu'il n'existe ni recours ni retour possible. L'espoir lui est interdit, et son destin tel qu'il est forgé dans L'Iliade n'est rien d'autre qu'une longue ligne droite, une échappée dont il sait qu'il ne reviendra pas, à l'opposé de la trajectoire circulaire et cyclique de celui qui fut son compagnon d'armes et son parfait pendant, le rusé Ulysse, auquel Homère consacra son autre grand oeuvre. Achille, lui, va de toute éternité vers l'abyme, dans une course brûlante, violente, sanglante, que Vincent Delecroix nous déroule avec autant d'éloquence que d'intelligence, mêlant l'émotion et l'intensité d'un souvenir d'enfance à la distance élégante et érudite de l'homme fait.
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