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Auteur : Gamal Ghitany
Traducteur : Khaled Osman
Date de saisie : 16/10/2008
Genre : Littérature, essais
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-02-084790-2
GENCOD : 9782020847902
Sorti le : 16/10/2008
Que reste-t-il dans la mémoire une fois que l'oubli a fait son oeuvre ? Comment garder trace de ceux que nous avons croisés, des êtres qui nous étaient chers, des femmes que nous avons aimées, des lieux que nous avons traversés ? Comment arracher au néant les instants passés ? Comment conjurer la fuite du temps ?
Arrivé à la soixantaine, un homme décide de poser sur le papier tous ses fragments de souvenirs et d'explorer sa mémoire à la recherche des poussières qui ont résisté à l'effacement. Quartiers du vieux Caire, lieux de l'enfance, rencontres, éveil des sens, voyages, les chemins qu'emprunte Ghitany sont tantôt faits de récits, de contes, d'anecdotes où prime l'émotion, tantôt de questionnements sur les paradoxes de l'oubli ou le mystère de l'effacement ultime, quand notre conscience fusionne avec l'absolu.
Il naît de ces pages une émotion et une profondeur qui font de Gamal Ghitany un des plus grands écrivains de langue arabe.
Né en 1945. Dessinateur de tapis à dix-sept ans, il publie parallèlement son premier recueil de nouvelles. Grand reporter à vingt-trois ans, considéré comme l'héritier de Naguib Mahfouz, il est l'auteur de nombreux recueils de nouvelles et de romans, dont Le Livre des Illuminations, salué comme un chef-d'oeuvre de la littérature universelle.
Ce n'est pas un journal, mais une exploration de la mémoire, "ces poussières envolées", fragments de scènes anciennes, bribes de conversations, parfums fugaces... Pourquoi tel instant anodin resurgit-il, alors que des périodes précieuses, qui semblaient ineffaçables, ont sombré dans l'oubli ? "Où se produit cette sélection ? Qui en est le maître d'oeuvre ?" Pour son malheur - et pour notre chance -, Ghitany dort peu et très mal. Une partie de ses nuits est occupée par la lecture, la rêverie et l'écriture. Ce cinquième volume des Carnets (le seul à avoir été traduit en français) passe en revue des personnes qu'il a rencontrées ou aimées, des lieux qu'il a traversés, des nourritures qu'il a savourées, des textes qui l'ont bouleversé, des bruits, des odeurs, des couleurs...
Rien ne nous garantit que ces tableaux correspondent exactement à la réalité. N'ont-ils pas été déformés par la mémoire, enrichis par le romancier, transfigurés par l'écriture ? Mais c'est justement tout leur intérêt. Nous sommes bel et bien devant une oeuvre littéraire. Certains de ces courts chapitres sont des bijoux.
Il fut journaliste, correspondant de guerre. Militant communiste, entôlé. Romancier reconnu, il se fit aussi critique, fondant avec succès en 1993 Al-Akhbar al-Adab («les Nouvelles littéraires»), la plus influente revue de lettres du monde arabe. Une aventure nourrie par des années de discussions avec Naguib Mahfouz, qu'il considérait comme son maître et qui voyait en lui un frère d'écriture plus qu'un fils. La disparition du prix Nobel de littérature, il y a deux ans, l'a laissé plus pensif encore, soucieux de voir s'accélérer autour de lui un monde de moins en moins capable de profondeur. «Nous n'avons plus de mémoire», regrette-il. Mémoire, temps et hasard, autant de thèmes qu'il explore dans les Poussières de l'effacement, un carnet de pensées publié ce mois-ci en français. Une matière à réflexion dense et poétique, servie, comme à l'accoutumée, par une traduction subtile.
Dans ce cinquième et dernier volume, intitulé Les Poussières de l'effacement, l'auteur du Livre des illuminations tisse une mosaïque de petits chapitres mélancoliques, entre réminiscences, rêves, hommages littéraires, divagations dans le vieux Caire et multiples interrogations...
Ghitany incarne toutes les espérances de la littérature arabe parce qu'il est toujours resté un écrivain de la liberté, enraciné dans le patrimoine collectif...
Anecdotes, réflexions sur la littérature, remords, visages croisés au coin d'une rue, rumeurs de cafés, parfums d'Egypte, hommages aux livres fondateurs, visions du Caire, musiques d'Oum Kalsoum, voyages, contes, rêves, questionnements, tout cela se télescope dans ce florilège où Ghitany brasse les pièces de son puzzle intime pour dire «la ténuité de ses espoirs, la folie de ses aspirations et l'évaporation de sa jeunesse». Comme dans un livre de sagesse.
Les prémices de ma sortie
La sonnerie du téléphone posé sur mon bureau retentit ; c'est sa voix, optimiste comme je l'ai toujours connue. Chaque fois que je l'entends, je pense au lever du soleil, au commencement d'un jour nouveau. Tout au long des trente-six années écoulées depuis que j'ai pris mes fonctions ici, nous nous parlons une ou deux fois l'an, prenant mutuellement des nouvelles des enfants et de la santé, il nous est aussi arrivé - plus rarement - d'aborder des sujets professionnels. Au cours de la dernière année, c'est elle qui chaque fois a pris l'initiative d'appeler, se montrant attentionnée et chaleureuse, peut-être est-ce notre ancienneté commune qui instaure entre nous cette connivence, perceptible malgré l'espacement des conversations. Peut-être aussi la similitude de nos situations : même passage des enfants d'un cycle scolaire à l'autre, mêmes interrogations sur l'avenir, les fiançailles, le mariage - elle n'a pas encore de petits-enfants, tout comme moi. Le simple fait d'entendre sa voix me met en joie.
«Avez-vous noté l'augmentation sur votre feuille de paie ce mois-ci ? s'exclame-t-elle gaiement.
- C'est le caissier qui me l'a fait remarquer», lui dis-je.
Depuis quelques années, je ne suis plus véritablement au fait du montant exact, je n'attends plus le jour de la paie avec l'impatience d'autrefois, c'est depuis que le pouvoir d'achat de la livre égyptienne s'est érodé et que le salaire ne couvre plus qu'une part infime des besoins.
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