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Avec sobriété de ton et un profond respect pour les anciens, Georges Bertheau relate l'épopée des montagnards et leur rend hommage. À travers la vertigineuse descente du schlitteur, le désarroi du petit ramoneur, ou l'atmosphère lourde et humide des rouets de coutellerie, l'auteur nous invite au coeur des vies, des métiers de nos montagnes, au siècle dernier.
Les courts extraits de livres : 06/11/2008
AU VILLAGE
Les rues du village débordaient de vie où chacun retrouvait et reconnaissait l'autre. Artisans et paysans laborieux, vieillards vaquant à de menues tâches, enfants espiègles et bambins sages, femmes affairées et vieilles ravaudant ou brodant tout en conversant, l'oeil aux aguets, s'y côtoyaient et l'animaient. Certes, dans ce lieu communautaire, la limite entre le domaine public et la propriété privée demeurait plus qu'incertaine ; chaque maisonnée annexait peu ou prou une partie de la rue et de la place publique qu'encombraient tas de bois, fumières, matériel divers et volaille en liberté.
Au village, la solitude était rare en ce lieu de vie particulière, ailleurs rarement rencontrée. Jeunes et vieux, aïeux et petits-enfants se côtoyaient en chaque maison, où cohabitaient souvent plusieurs ménages. Même l'idiot y avait sa place, et nul n'aurait songé à le chasser de cette collectivité où chaque métier exigeait pourtant de celui qui l'embrassait une habileté toujours plus grande.
Chacun, dans cette communauté, subsistait à la fois pour et par autrui. Tous les métiers ou presque y étaient représentés, chacun dépendant de l'autre. Le paysan nourrissait le village et tous les artisans travaillaient pour lui en retour. Le berger et le pâtre, dans la solitude de l'alpage, contribuaient, par leur garde vigilante et leur travail attentif, à la lente élaboration des fromages et à l'engraissement du troupeau, pour assurer la provende de tous. Ils assuraient la production de la laine qu'utilisaient la fileuse ou la matelassière.