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Auteur : Idanna Pucci
Traducteur : Anne Mornet
Date de saisie : 10/10/2008
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Intervalles, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-916355-31-3
GENCOD : 9782916355313
Sorti le : 10/10/2008
En 1895, à New York, Maria Barbella, une immigrée italienne pauvre et ingénue est condamnée pour le meurtre de l'amant qui avait abusé de sa confiance, devenant ainsi la première femme condamnée à être exécutée sur la chaise électrique, l'année de son invention.
Révoltée par le sort qui attend cette jeune femme faible et sans défense, opposée depuis toujours à la peine capitale, Cora Slocomb Savorgnan de Brazza, l'arrière-grand-mère de l'auteur, lance alors pour la sauver un gigantesque mouvement d'opinion qui, quand les journaux, les politiciens, les lobbies et le grand public viennent lui donner de l'ampleur, devient la première campagne nationale jamais menée contre la peine de mort aux États-Unis.
L'histoire de Maria Barbella et du combat pour la sauver est un témoignage essentiel sur la condition des femmes, des immigrés italiens et des prisonniers en Amérique au tournant des XIXe et XXe siècles. C'est aussi un plaidoyer passionné contre la peine capitale, et, avant tout, l'histoire vraie d'une femme qui a tout risqué pour en sauver une autre.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Anne Mornet
Idanna Pucci, arrière-petite-fille de Cora Slocomb, a grandi à Florence, en Italie. Avant des études de littérature comparée à la Columbia University de New York, elle a étudié la tradition orale balinaise. Elle a aussi travaillé pour l'ONU au Timor-Oriental et pour l'Open Society Institute de la fondation Soros en Birmanie.
Elle a également réalisé plusieurs documentaires pour la télévision. Elle vit avec son époux Terence Ward entre Florence, New York et Bali.
Extrait du prologue :
La quête du passé ressemble parfois à un parcours d'embûches. L'adversaire nous y précède de plusieurs générations et, fort de son avantage, a beau jeu de dissimuler et détruire les indices. Le soldat autrichien ivre qui, le 17 décembre 1917, s'est endormi sur le grand tapis vénitien de notre maison de famille, dans le nord de l'Italie, est un exemple de ces forces adverses. Sa garnison occupe notre province.
Au pied d'un fort du Xe siècle, le domaine de Brazza dort sous la neige. Toute proche est la chapelle où, des années plus tard, je serai baptisée avant d'aller moi-même administrer ce sacrement à ma poupée. Excepté les branches qui craquent sous le poids de la neige, tout est silence. Il n'y a plus qu'une chose qui ne dort pas : le petit bout de cigarette de mon ennemi qui a commencé à consumer le tapis. Bientôt, un terrible incendie explose dans la blancheur. Il ne gagne pas le parc mais la maison part en fumée et, avec elle, tous les biens de Cora Slocomb de Brazza.
Le feu détruit le journal qu'elle avait tenu enfant à la Nouvelle Orléans et celui de sa vie adulte entre les deux continents. Tout est perdu : son portrait en reine du Carnaval en 1881, ses photos de mariage, ses lettres.
Je fus prénommée Idanna en souvenir de ma grand-mère maternelle, enfant unique de Cora Slocomb et Detalmo di Brazza et, jusqu'à récemment, je n'en savais guère plus sur Cora, à part le fait que c'était mon arrière-grand-mère. Je suis née à Brazza, en Italie, non loin de la ville d'Udine, dans la grande demeure blanche reconstruite après l'incendie mais, dès mon plus jeune âge, je fus arrachée à cet endroit enchanteur en même temps qu'à ma mère. Comme une vieille bohémienne l'avait prédit, les circonstances contraignirent ma mère à s'exiler sur un autre continent en abandonnant tout ce qu'elle aimait.
Chaque année, en septembre, des roulottes de gitans qui faisaient route vers la Camargue depuis la Hongrie dressaient leur campement quelques jours devant nos grilles. Main dans la main, ma mère et moi courions à leur rencontre. Ma mère se faisait lire les lignes de la main et moi, assise à ses côtés, je ne perdais pas un mot de ce qu'on lui disait. C'étaient là mes premiers contacts avec un monde plus grand, qui obéissait, à l'instar de nos initiateurs de passage, aux règles de «l'aventure» et du «destin». Émerveillée, je tendais ma petite paume de trois ans à la vieille diseuse. Elle prononça son jugement : je serais moi aussi arrachée à ma terre natale.
Cette notion de destin m'aida à accepter le mystérieux départ de ma mère pour l'Afrique. À Florence, où je grandis chez mon père non loin du Duomo, l'absence de liens avec la famille de ma mère était totale. Rien n'aurait pu rappeler mon arrière-grand-mère : tous ses biens avaient brûlé et son nom n'était pas même prononcé.
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