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Auteur : James Graham Ballard
Traducteur : Michel Pagel
Date de saisie : 16/10/2008
Genre : Science-fiction, Fantastique
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Lunes d'encre
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-207-25916-0
GENCOD : 9782207259160
Sorti le : 16/10/2008
Il y a des livres que l'on a peur de relire. Leur souvenir est si éblouissant que l'on redoute de le ternir. Mais parfois il faut savoir sauter le pas : se lancer dans cette singulière aventure de la redécouverte, au risque de bouleverser quelque peu notre panthéon personnel. Le hasard a voulu que, dans la même semaine, deux de ces livres soient réédités...
Bonne nouvelle ! Ni l'un ni l'autre n'ont pris une seule ride !
La forêt de cristal, de J. G. Ballard, Denoël, collection Lunes d'encre (nouvelle et remarquable traduction de Michel Pagel).
Directeur d'une léproserie, le docteur Sanders se rend à Mont-Royal, un endroit perdu du Cameroun au bord du fleuve Matarre, pour retrouver deux de ses anciens collaborateurs. Mais le périmètre est sécurisé par l'armée : la forêt équatoriale connaît là-bas une bien étrange métamorphose...
La forêt de cristal est le premier chef-d'oeuvre du grand écrivain anglais J. G. Ballard. Clôturant le «cycle des catastrophes» après Le vent de nulle part, Sécheresse et Le monde englouti (voir notre site), il est aussi le dernier roman de science-fiction «classique» de Ballard - quoique le mot «classique», pour qualifier cette oeuvre singulière qui doit plus aux surréalistes qu'à Van Vogt et à Asimov, ne soit pas des plus heureux - La beauté de ce livre est avant tout visuelle et fantasmatique. Les descriptions de la forêt cristallisée évoquent les tableaux de Miró ou de Dali ; enchâssés dans leur gaine de cristal, les plantes, les animaux - et bientôt les êtres humains - deviennent des créatures fabuleuses, à la fois monstrueuses et fascinantes. Le cristal qui gangrène peu à peu la forêt, à l'image d'une lèpre métaphysique, n'est pas synonyme de destruction : il matérialise au contraire un rêve d'immortalité, où la contemplation de la nature, rehaussée par une sorte d'art cosmique, mettrait fin à la dictature du temps. Un à un, les personnages tourmentés et hallucinés de Ballard succombent à cette vénéneuse splendeur. La forêt de cristal est bien un joyau dont le scintillement n'est pas prêt de s'éteindre...
A cause d'une fuite temporelle, le monde se cristallise peu à peu, notamment aux alentours de certains points chauds comme la région de Miami et la forêt qui borde la ville camerounaise de Mont Royal.
Afin de retrouver son collègue Max Clair, et la femme de ce dernier, Suzanne, qui fut sa maîtresse, le Dr Edward Sanders, directeur adjoint d'une léproserie, se rend à Mont Royal. Dans l'ombre de la forêt de cristal, il va comprendre que même les hommes peuvent être touchés par le phénomène de cristallisation et, pire, que certains voient là leur unique chance de salut. Des quatre apocalypses écrit entre 1961 et 1966 par J.G. Ballard, La Forêt de cristal est la plus belle, splendide évocation d'un monde qui devient un joyau chatoyant, aux arêtes trop vives. Une bibliographie complète des oeuvres de J.G. Ballard clôt ce volume.
J.G. Ballard est l'un des auteurs les plus importants des vingt et vingt et unième siècles. Plusieurs de ses romans ont été adaptés à l'écran, notamment Crash ! et Empire du Soleil.
Le fleuve sombre
Plus que tout, ce fut l'obscurité du fleuve qui impressionna le Dr Sanders lorsqu'il contempla pour la première fois le béant estuaire du Matarre. Après nombre de délais, le petit vapeur et ses passagers approchaient enfin d'un alignement de jetées. Bien qu'il fût dix heures du matin, la surface des eaux paresseuses demeurait grise, reflétant les sombres nuances de la végétation aux branches tombantes le long des berges.
Par intermittence, quand le ciel était couvert, elle semblait presque noire, telle de la teinture putréfiée. Les entrepôts et petits hôtels éparpillés qui constituaient Port Matarre luisaient par contraste d'une clarté spectrale au bord de ces flots obscurs, comme si les avait illuminés quelque lanterne intérieure plutôt que le soleil, les rendant semblables au pavillon d'une nécropole abandonnée, bâtie sur une série de débarcadères à la lisière de la jungle.
Cette universelle obscurité aurorale, brisée par de soudaines variations de la lumière dirigées vers l'intérieur, le Dr Sanders l'avait remarquée au cours de sa longue attente, appuyé à la rambarde du pont des passagers. Deux heures durant, le vapeur était demeuré immobile au centre de l'estuaire, lançant de temps à autre, sans trop de conviction, un coup de sirène vers le rivage. Sans la vague sensation d'incertitude induite par la noirceur qui planait sur le fleuve, les rares passagers seraient devenus fous de contrariété. Hormis un chaland de débarquement de l'armée française, aucun bateau, de quelque taille que ce fût, ne semblait amarré le long des jetées. Sanders, tout en observant le rivage, s'était presque convaincu qu'on retenait le leur délibérément, bien qu'il eût peine à imaginer pourquoi : le vapeur assurait la liaison hebdomadaire avec Libreville ; il aurait fallu rien de moins qu'une épidémie de peste pour retarder sérieusement sa cargaison de courrier, de cognac et de pièces détachées automobiles.
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