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Auteur : Jean-Jacques Cécile
Date de saisie : 23/10/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Nouveau Monde éditions, Paris, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-84736-372-2
GENCOD : 9782847363722
Sorti le : 23/10/2008
16 septembre 2007. Dans le square Nisour, à Bagdad, des hommes de la société militaire privée Blackwater dégainent leur arme et tirent. Bilan : 17 morts, 24 blessés. Des civils.
Face au carnage, le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, exige le bannissement de l'entreprise. Demande bien inutile, pense ce diplomate américain qui affirme : «Nous révoquerons la licence d'al-Maliki avant qu'il ne révoque celle de Blackwater.»
Ces sociétés sont de vrais empires économiques, avec des milliers d'employés, des chiffres d'affaires astronomiques, le tout bâti en quelques années, par la grâce de liens étroits et nébuleux avec les responsables de l'administration Bush.
Si ces entreprises sont apparues dans les années 1970, recrutant anciens des forces spéciales et des services action, leur nombre ne cesse de se multiplier depuis une dizaine d'années.
Voici pour la première fois en France une enquête sans concession sur leurs ramifications, leurs pratiques et leurs dangers.
Ancien membre d'une unité spéciale et des services de renseignement militaires, Jean-Jacques Cécile est spécialiste de l'espionnage. Il est l'auteur de Espions et terroristes - Les liaisons dangereuses (Nouveau Monde éditions, 2008).
Extrait de l'introduction :
Interrogées à de nombreuses reprises, les autorités américaines n'ont jamais vraiment répondu à cette question simplissime : Combien de civils sous contrat travaillent au profit des forces américaines sur le théâtre des opérations irakien ?
Voulant en avoir le coeur net, le bureau du budget rattaché au Congrès se met en devoir de réaliser un décompte aussi précis que possible. Ses enquêteurs publient leur rapport en août 2008 : le chiffre est au bas mot de 190 000 hommes et femmes. À la même époque, les soldats de l'Oncle Sam bataillant entre le Tigre et l'Euphrate ne sont «que» 160 000. Or, au Vietnam, le ratio était de 5 militaires pour 1 contracter...
Quels sont les ressorts d'une progression aussi spectaculaire ? Résulte-t-elle vraiment d'un besoin avéré ? Ne cache-t-elle pas de sombres desseins mercantiles s'incarnant dans des actions de lobbying d'une agressivité inconnue jusqu'alors ?
Les historiens font généralement remonter l'émergence du mercenariat à l'Empire égyptien ; les premières traces de recrutement d'«auxiliaires étrangers» apparaissent ainsi dès l'Antiquité. En 401 avant J.-C., de manière prémonitoire, la zone géographique appelée à devenir l'Irak moderne est déjà le théâtre de leurs «exploits». Xénophon relate ainsi l'histoire de Cyrus le Jeune, ce prince qui, voulant renverser son frère Artaxercès, le roi des Perses, recrute 13 000 mercenaires grecs. Le mutin est tué lors d'une bataille décisive près de Babylone, à la suite de quoi ses partisans se rallient au souverain légitime. Les mercenaires décident alors de se replier. Pour cela, il leur faut traverser en plein hiver les montagnes du Kurdistan. Seulement 5 000 d'entre eux atteindront les rivages de la mer Noire. Pourquoi ce recours extensif à des chiens de guerre avant la lettre ? «Baisse du sens civique, lassitude du corps politique pour la stratégie de conquête, faiblesses démographiques : autant de raisons [...] qui ne manquent pas pour expliquer ces recrutements de professionnels dont la vie comptait bien moins que celle d'un citoyen.» Vingt-cinq siècles plus tard, de manière étrangement semblable, l'utilisation de contractors par Washington obéira à la même logique. La mort d'un civil étranger n'entrant pas en ligne de compte dans le bilan des pertes, leur présence massive en Afghanistan et en Irak est indolore. Dans l'esprit de l'opinion publique comme dans celui des dirigeants qui la manipulent, la vie d'un pauvre hère du tiers-monde ne vaut rien en regard de celle d'un soldat américain. Les uns sont consommés dans l'indifférence générale, les autres ont droit à la première page des journaux à grand tirage : cela fait une sacrée différence.
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