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Auteur : Eugène Dabit
Préface : Pierre-Edmond Robert
Date de saisie : 06/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : B. Pascuito éditeur, Paris, France
Prix : 19.95 € / 130.86 F
ISBN : 978-2-35085-059-7
GENCOD : 9782350850597
Sorti le : 06/11/2008
Ce roman inédit, écrit en 1929 par un jeune auteur mort prématurément en 1936, a le charme suranné des vieilles photographies du Paris de l'entre-deux guerres. Il raconte avec infiniment de sensibilité l'amour d'Yvonne, modeste fleuriste, pour Georges, jeune peintre désargenté. Dabit décrit avec pertinence les transformations de la jeune femme au contact de l'artiste. L'amour éveille non seulement son corps mais aussi son esprit. Dans le midi, où le peintre s'est installé le temps d'un été, elle apprend la lumière, la sensualité du contact avec la nature, la beauté. Mais sa naïveté, sa fraîcheur, qui séduisent d'abord l'artiste, finissent par l'agacer. Yvonne est une piètre maîtresse de maison. Pour elle la vie est ailleurs, dans l'idéal, l'ivresse des sentiments et l'amour de l'art. Mais Georges n'est pas prêt à donner en partage ces choses-là à Yvonne, il les veut pour lui seul.
Dabit, qui fut peintre, décrit un milieu qu'il connaît bien, où les idées et les moeurs ont l'air faussement libérées des hypocrisies, des conventions et du conformisme social.
A noter la réédition, toujours chez Bernard Pascuito, d'un autre roman d'Eugène Dabit, "La zone verte", publié initialement par les éditions Gallimard en 1935.
En 1929, alors qu'il s'apprêtait à donner L'Hôtel du Nord à Robert Denoël, roman qui devait lui apporter la notoriété et le premier Prix populiste, Dabit, sur les conseils de Roger Martin du Gard, a écrit plusieurs récits et nouvelles, parmi lesquels Yvonne, un long récit resté inédit.
C'est l'histoire d'une jeune fleuriste qui aime un peintre, dont elle devient le modèle. Comme il s'éloigne bientôt d'elle, elle veut devenir peintre à son tour.
Des histoires comme celle-là, il devait y en avoir beaucoup chez les artistes débutants dont Dabit faisait partie dans les années 1920, du côté de ses amis du Pré-Saint-Gervais, ou bien à Montparnasse, où se rencontraient des peintres venus du monde entier.
Si Dabit a laissé de côté ce récit, c'est sans doute parce qu'il commençait alors une autre carrière avec L'Hôtel du Nord. Les académies de peinture, les voyages «sur le motif», les vernissages, bref la vie des peintres, tout ce qui avait été son quotidien pendant dix ans, était désormais derrière lui.
Mais pour nous, il y a beaucoup à glaner dans ce récit dont la fraîcheur et l'authenticité nous touchent : c'est bien un autre témoignage dans la manière de Dabit que nous y trouvons.
Eugène DABIT a grandi dans les faubourgs parisiens. Il immortalisa en 1929 le modeste établissement tenu par ses parents dans L'Hôtel du Nord. Près de dix ans plus tard, Marcel Carné en tira un film devenu culte. Les personnages d'Eugène Dabit, tout en nuances, illustrent à merveille la grisaille d'existences anonymes des années 1920. Auparavant, à son retour de la guerre, en 1919, Dabit, animé par une vocation de peintre, a exposé des toiles avec Modigliani, Soutine, Utrillo et d'autres. C'est seulement à partir de 1926 qu'il s'est orienté vers la littérature, après avoir découvert des auteurs parmi lesquels Jules Vallès ou Charles-Louis Philippe. Critique d'art et critique littéraire, il a collaboré à La Nouvelle Revue française, Europe, L'Humanité, Marianne, Les Nouvelles littéraires. Eugène Dabit est mort en 1936, au cours d'un voyage en URSS où il accompagnait André Gide. A trente-huit ans.
Yvonne Lagache, qui avait couru depuis la station du Nord-Sud «Convention» s'arrêta, essoufflée, les joues rouges. Elle regarda la rue de l'Orme, une nouvelle rue, déserte, bordée de terrains vagues et d'immeubles couleur de fumée. Elle ouvrit son sac, en sortit un petit carnet, le feuilleta. «Georges Monteil, artiste-peintre, 22, rue de l'Orme... neuf heures.»
Elle fit quelques pas. «Je suis en retard, murmura-t-elle. C'est au diable, ce quartier ! Ah, je préfère Clignancourt.» Elle lut à haute voix les numéros des maisons. Soudain son coeur battit plus fort, une sorte d'angoisse lui serra la gorge. Elle était arrivée. Sans se soucier de son retard elle resta immobile devant la porte cochère, émue, inquiète, comme lorsqu'elle se présentait dans une nouvelle place ; cette fois-ci plus que de coutume ! Depuis quinze jours, elle chômait. Une voisine lui avait donné l'adresse de ce Georges Monteil qui cherchait un modèle. Elle s'était laissée tenter. Il y avait un brin de curiosité dans ce mouvement mais aussi le besoin pressant de gagner de l'argent car elle devait déjà une semaine au patron de l'Hôtel des Familles où elle logeait.
Yvonne retapa les plis de son vieux manteau, puis ouvrant son sac, se regarda dans sa glace et se poudra. Elle soupira ; jamais elle n'avait posé chez un peintre, elle craignait que ce Georges Monteil ne la trouvât laide. «Tant pis...» Elle entra dans le couloir, passa vite devant la loge et monta l'escalier sombre. «Encore deux étages...» Elle s'arrêta au cinquième pour reprendre haleine et franchissant les marches deux à deux arriva au palier du sixième. Sur une porte était clouée une carte de visite : «Georges Monteil.» Elle frappa un coup, timidement, et attendit, impressionnée à l'idée de se présenter chez un artiste. Elle en redoutait le jugement. Elle se souvenait aussi de certains romans, de vagues histoires de peintres et de modèles. Il ne s'agissait pas de rigolade mais de gagner sa vie.
Elle entendit marcher. La porte s'ouvrit.
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