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Auteur : Jérôme Garcin
Date de saisie : 18/03/2009
Genre : Essais littéraires
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-7152-2842-9
GENCOD : 9782715228429
Sorti le : 08/01/2009
J'ai le privilège, parfois un peu envahissant, de recevoir tous les livres qui paraissent et donc le bonheur de fréquenter les librairies non pas pour moi mais pour les autres. Car j'y achète les livres que j'aime afin de les offrir aux personnes que j'aime. C'est un plaisir coûteux qui n'a pas de prix.
Je serais assez fier que l'on compare Les livres ont un visage à une librairie. Quinze ans après Littérature vagabonde, j'ai en effet rassemblé dans ce volume une petite trentaine d'écrivains que j'admire et qui ont bien voulu m'accueillir chez eux. Ce sont, notamment, Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil, Jules Roy à Vézelay, Gabrielle Witkop à Francfort, Julian Barnes à Londres, François Nourissier à Paris, Jacques Chessex à Ropraz, Eric Holder à Thiercelieux, Jacques Chauviré à Neuville-sur-Saône, Patrick Rambaud à Trouville ou Jean-Marie Gustave Le Clézio en Bretagne, face à la mer. Ils m'ont montré leurs paysages, leur bibliothèque, leurs manuscrits, leur coeur, parfois leurs blessures.
Je rêverais que le lecteur des Livres ont un visage voyage, en ma compagnie, dans ces oeuvres contemporaines et pénètre, derrière moi, dans ces ateliers où des femmes et des hommes défient le temps avec des mots. N'est-ce pas, aussi, la définition d'une librairie ?
Jérôme GARCIN
Le premier écrivain que, derrière une porte vitrée, il a vu au travail, c'était son père, dont il a raconté la fin précoce et tragique dans La chute de cheval. Depuis, Jérôme Garcin n'en finit pas de s'introduire chez les auteurs qu'il aime et qui lui ouvrent leur maison comme on ouvre un livre, pour quelques confidences et beaucoup de souvenirs.
De Vézelay à Saumur, de Thiercelieux à Trouville, du Paris rive droite de François Nourissier au Paris rive gauche de Jean-Jacques Sempé, de la terrasse angevine de Julien Gracq à la lande bretonne de Jean-Marie Gustave Le Clézio, et du jardin londonien de Julian Barnes, où il attend de mystérieuses oies, à un rez-de-chaussée de Francfort-sur-le-Main, où il guette des écureuils en compagnie de Gabrielle Wittkop, Jérôme Garcin poursuit, quinze ans après Littérature vagabonde, son voyage littéraire par mots et par vaux. En avion, en voiture, à pied, et parfois même à cheval.
Auteur notamment, aux Éditions Gallimard, de Pour Jean Prévost, Théâtre intime, et Son excellence, monsieur mon ami, Jérôme Garcin a reçu en 2008 le prix Prince Pierre de Monaco.
Quand le journaliste écrivain rend visite à Nourissier, Le Clézio ou Sempé... Un joli parcours buissonnier...
Pas besoin d'être une midinette pour savourer ces intrusions jamais cavalières, ces confidences toujours sensibles. Et seul le résultat compte : l'envie de lire ou de relire les oeuvres de ce bel aréopage des lettres contemporaines.
Le visage de la littérature qui se dessine, rencontre après rencontre, est moins régulier qu'il n'y paraît. À côté des grandes figures amicales qu'on imagine qu'il a eu à coeur de rencontrer (Le Clézio, Combescot, Rambaud), des êtres méconnus ou insolites surgissent, Jacques Chauviré, un médecin que Camus tenait en estime, Gabrielle Wittkop, ou cet étrange éditeur à façon qui a pour nom Nicole Lombard. On ne s'étonnera pas que le voyage s'achève en compagnie d'un écuyer en chef, porteur d'un grand nom de la Première Guerre mondiale, et lecteur de Xénophon et Morand : Patrice Franchet d'Espèrey. Si, pour Garcin, les écrivains ont donné un visage avenant à la littérature, celle-ci aura toujours à ses yeux l'allure d'un cheval nommé Eaubac.
Les livres ont un visage» est le livre d'un passionné, quinze ans après «Littérature vagabonde», qui l'était aussi. Des portraits littéraires ? Mieux que ça : des plumes sans masque, non que Garcin le leur arrache, mais parce qu'elles se l'ôtent elles-mêmes pour se révéler à lui avec grâce, douleur ou jeu...
Emouvante collection que celle de Garcin, qui, non content de visiter ses chers écrivains, leur offre en retour ce beau logis sous couverture bleue : sa garcinnière. Certains prétendent encore qu'on ne doit pas rencontrer les écrivains mais seulement les lire... Mais n'est-ce pas les lire deux fois que de les rencontrer, puisqu'on peut lire sur les visages, et que les livres en ont un ?
Jérôme Garcin est l'intime des plus grands, le dernier écrivain visiteur d'écrivains. C'est un bonheur de surprendre avec lui Le Clézio peignant des vagues bleues sur le mur de sa maison bretonne ou François Nourissier recroquevillé sur sa vieille Hermès 30, modèle 58, tel Glenn Gould au clavier de son Steinway. On est visiteur d'écrivains un peu comme on est visiteur de prison : il y en a des portes à ouvrir et des verrous à faire sauter, avant qu'un Clément Rosset ou un Jonathan Littell cèdent à votre curiosité indiscrète et bienveillante !
PAR MOTS ET PAR VAUX
Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé m'introduire en catimini chez les écrivains, leur dérober un peu d'intimité, fouiller leur bureau, leur fourbi, ramasser leurs brouillons dans la corbeille, étudier leur profil au travail et, à la campagne, observer les perspectives de la terre labourée et du ciel moutonné que la vue offrait chaque jour à leur imagination, à leurs regrets, parfois aussi à leurs doutes.
J'ignore d'où vient, chez moi, cette curiosité indiscrète et bienveillante. Peut-être de ma petite enfance, lorsque mon père allait s'enfermer, le soir, dans son bureau, au fond du couloir, pour y écrire à la main des textes précieux et des lettres courtoises au milieu de ses livres bien rangés qu'il protégeait, comme s'il craignait leur contamination, avec du papier cristal ; je voyais son ombre studieuse et penchée, entourée d'un halo de cigarette blonde, se découper derrière les voilages de la porte vitrée et affronter la nuit dans le grand silence de l'intelligence. Même s'il était d'abord éditeur, mon père fut le premier écrivain vivant que j'eusse approché. J'étais fasciné par la faculté qu'il avait de se retirer pour s'adonner à des plaisirs qui m'étaient encore refusés : lire, écrire, méditer peut-être, s'ennuyer jamais. J'enviais sa solitude peuplée, je l'imaginais dialoguant avec les auteurs de sa bibliothèque, fraternisant avec certains, en réfutant d'autres, feignant de gouverner, derrière ses lunettes d'écaillé, le royaume des écrivains disparus et bavards.
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