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Auteur : Jérôme Ferrari
Date de saisie : 08/06/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-7427-8108-9
GENCOD : 9782742781089
Sorti le : 07/01/2009
C'est un récit court, dense et violent.
Un jeune homme, devenu mercenaire, part en Irak avec son meilleur ami Jean-Do. Il reviendra seul...
Il essaie de retrouver une vie normale, de recréer des liens amoureux avec Magali.... Comment peut-on aimer après avoir connu le pire...
Une certitude subsiste : en l'homme cohabitent le dieu et l'animal.
Une écriture poétique, dense et violente... un livre qui ne peut laisser personne indifférent.
A lire d'urgence....
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Un jeune homme a pris la décision de quitter son village natal pour aller, revêtu du treillis des mercenaires, à la rencontre du désert qu'investirent tant d'armées, sous des uniformes divers, après le 11 septembre 2001. De retour du checkpoint où la mort n'a pas voulu de lui, ce survivant dévasté est condamné à affronter parmi les siens une nouvelle forme d'exil. Il se met alors en demeure de retrouver la jeune fille de ses rêves d'adolescent, mais cette dernière semble avoir disparu sous les traits d'une jeune femme désormais vouée corps et âme à son entreprise...
Requiem pour une civilisation contemporaine médusée par les sombres mirages de la guerre comme par la violence inouïe de l'horreur économique, cérémonie cruelle et profane qu'illumine l'ardente invocation d'un improbable salut, Un dieu un animal retentit des échos du chant bouleversant que fait entendre une humanité crucifiée sur l'autel de la dépossession.
Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari, après avoir été, durant quatre ans, professeur de philosophie au lycée international d'Alger, vit actuellement en Corse où il enseigne depuis 2007.
Chez Actes Sud, il a publié deux romans : Dans le secret (2007) et Balco Atlantico (2008).
Un dieu un animal est un roman superbe, aussi bref que dense, entièrement porté par son style, ce qui est le propre même des écrivains. Volontairement, Jérôme Ferrari ne décrit guère, n'explique pas, il préfère analyser, fouiller la psychologie de ses personnages, avec une réelle puissance dans l'introspection. Son personnage devient une espèce de fantôme, dont on pressent que la destinée ne peut être que tragique. Comme, toutes proportions gardées, le martyr Ibn Mansûr el Hallâj, dont une citation est placée en exergue du livre, torturé et exécuté pour cause d'hérésie, le jeune Corse est un mystique, un ascète de la vie, qui aimerait bien croire en un Dieu qu'il appelle de ses voeux, mais dont il redoute la colère, comme dans l'Ancien Testament. Le roman, d'une certaine façon, remplace le testament que le jeune homme n'a pas eu la tentation d'écrire.
Liturgique et désespérée, la prose de Jérôme Ferrari résonne comme un requiem, qui célèbre cruellement «l'ampleur vertigineuse de [leur] défaite à venir». Son livre, lui, est une magnifique réussite.
Un dieu un animal, le dernier en date, risque de sérieusement remettre les pendules à l'heure et de révéler enfin un écrivain lyrique et intense...
Chef d'orchestre d'un requiem implacable, Ferrari fait preuve d'un bout à l'autre de virtuosité dans la construction et de tenue dans l'écriture. Plaie à vif qui saisit le lecteur, Un dieu un animal se lit comme un court texte presque mystique sur la violence du monde contemporain. Faites passer.
Un dieu un animal : pas de virgule entre les deux noms du titre, juste un vide entre le créateur et la créature, serrés l'un contre l'autre, suspendus à l'arrivée de ceux qui manquent : un homme une femme...
Quelle trace laisse-t-on ? L'empreinte des autres dépend de la place libre que l'on a en soi, tel est le message que chuchote ce livre glaçant, qui s'ouvre sur une certitude («Bien sûr, les choses tournent mal») et se ferme sur sa confirmation. Entre-temps, les trouées d'oxygène offertes par Jérôme Ferrari ont distribué leurs forces, et ce roman ressemble à l'enfant blessé que le héros rencontre au combat : «Si léger que sa chute ne fait aucun bruit.»
Bien sûr, les choses tournent mal, pourtant, tu serais parti et, quand l'étreinte du monde serait devenue trop puissante, tu serais rentré chez toi. Mais ça ne s'est pas passé comme ça, car les choses tournent mal à leur manière mystérieuse et cruelle de choses et font se briser contre elles toutes les illusions de lucidité. Tu es parti, le monde ne t'a pas étreint et, quand tu es rentré, il n'y avait plus de chez toi. Il y avait tes parents, ta maison et ton village et ce n'était miraculeusement plus chez toi. Ta mère t'a embrassé avec son amour silencieux, et puis ton père, et tu as retrouvé leur odeur, l'odeur qui avait été celle de tes grands-parents, de tous tes ancêtres sans visage, et dont tu avais si peur qu'elle devienne un jour la tienne, cette odeur humide et douceâtre de savon de Marseille, de feu de bois, de transpiration froide, d'eau de Cologne et de chair fatiguée que les douches quotidiennes et les frottements du gant de crin ne parvenaient même plus à atténuer et qui imprégnait toute la maison depuis si longtemps, l'odeur de la vieillesse et de la mort, de tout ce qui est joué d'avance. Mais elle ne te faisait plus peur parce que ce n'était plus chez toi. Et le jour où ton tour viendrait, après avoir rôdé autour de toi, elle finirait par s'éteindre d'elle-même, parce qu'elle ne t'aurait pas reconnu et qu'elle n'aurait trouvé personne pour accomplir la loi de sa transmission. Quand ta mère t'a demandé comment tu allais en caressant ton bras blessé, tu as doucement écarté sa main et, pour la première fois depuis si longtemps, tu as pu la serrer contre toi et la rassurer et respirer ses cheveux sans frémir de dégoût, comme si ce n'était plus ta mère mais simplement une vieille femme étrangère qui méritait ta compassion. Maintenant, tu marches dans le village et tu te rappelles combien tu as été désespéré de le trouver si semblable à lui-même la dernière fois que tu es revenu et il est encore resté si étonnamment semblable - mais ce n'est plus chez toi.
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