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Auteur : Jacques Chessex
Date de saisie : 20/02/2009
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Ceci n'est pas un fait divers
Prix : 11.90 € / 78.06 F
ISBN : 978-2-246-74351-4
GENCOD : 9782246743514
Sorti le : 07/01/2009
Payerne, village suisse du canton de Vaud, 1942. L'antisémitisme et le nazisme imprègnent certaines couches de la société. Des groupuscules fanatiques se créent. Ce village tranquille d'éleveurs et de bouchers va être le témoin, le presque complice, tout autant que la victime, d'un crime monstrueux perpétré par de jeunes fous assoiffés de haine et de sang.
Lors de la traditionnelle foire locale, un petit groupe néo-nazi décide d'éliminer l'un des marchands, qui a le tord d'être juif, qui plus est apprécié de la communauté pour sa bonhomie, sa rigueur, et sa droiture.
L'objectif déclaré est politique : montrer la voie du nazisme, en attendant l'invasion allemande, la gloire et la puissance, et faire ce cadeau à Hitler pour son anniversaire, célébré quelques jours plus tard.
Cela aurait pu être n'importe quel autre juif. Mais ce fut lui, Arthur Bloch, et ce fut sa femme qui en mourut de désespoir et de folie devant l'horreur innommable de ce carnage.
Payerne est le village natal de Jacques Chessex, âgé de huit ans aux moments des faits. Il a connu les protagonistes ou leurs proches, les victimes, les témoins, il a vécu ce village et son drame, enfant, petit enfant, avant le silence imposé. Il a mûri ce silence en lui des années, des siècles peut-on deviner.
Aujourd'hui il l'écrit. Il écrit ce crime et ce silence, probablement autant à cause de l'un que de l'autre.
Chessex cite Jankélévitch, qui déclare que le crime nazi est le seul crime imprescriptible, et l'auteur assume ce paradoxe : le témoignage de l'horreur porte en soi une certaine forme de complicité, le silence en porte une autre.
Il écrit, et il épure sa langue, comme jamais. La phrase ne peut être plus simple, le mot plus direct et plus juste.
Pourtant, il conserve toute la force de son écriture, cette puissance phénoménale qui rend ces quelques pages terribles d'angoisse et d'horreur.
Nous sommes en 1942 : l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences. A Payerne, rurale, cossue, ville de charcutiers «confite dans la vanité et le saindoux», le chômage aiguise les rancoeurs et la haine ancestrale du Juif. Autour d'un «gauleiter» local, le garagiste Fernand Ischi, sorti d'une opérette rhénane, et d'un pasteur sans paroisse, proche de la légation nazie à Berne, le pasteur Lugrin, s'organise un complot de revanchards au front bas, d'oisifs que fascine la virilité germanique. Ils veulent du sang. Une victime expiatoire. Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux.
A la suite du Vampire de Ropraz, c'est un autre roman, splendide d'exactitude et de description, d'atmosphère et de secret, que Jacques Chessex nous donne. Les assassins sont dans la ville.
Né en 1934 à Payerne, Jacques Chessex avait huit ans quand les faits relatés dans ce livre ont eu lieu. Prix Goncourt en 1973 pour L'Ogre, il est l'auteur, entre autres, de Monsieur (2001), L'économie du ciel (2003), Le Vampire de Ropraz (2007), Pardon mère (2008).
Payerne, Suisse, canton de Vaud : un gros bourg confit «dans la vanité et le saindoux». Jacques Chessex y naquit en 1934. Il était âgé de huit ans, quand un marchand de bétail sexagénaire, bien connu dans la région, disparut mystérieusement lors d'une foire, le jeudi 16 avril 1942. Une semaine plus tard, la gendarmerie retrouva ses restes, immergés et éparpillés dans plusieurs paquets. Arthur Bloch, la victime de ce meurtre barbare, était juif...
Les faits parlent, dans leur sécheresse. Ils ne disent pourtant pas tout. Par exemple les intolérances et les haines latentes, à Payerne et dans le reste du pays, sous les dehors de bonhomie et de contentement de soi. Ou l'enracinement profond de l'antisémitisme sur ces terres travaillées par une religiosité pointilleuse...
Son roman participe de la réflexion historique sur la nature à la fois banale et exceptionnelle du nazisme. Il laisse aussi transparaître une interrogation sur soi-même. Car à brasser cette matière, Jacques Chessex ne peut s'exempter d'éprouver de la honte. S'il écrit sur cette barbarie, c'est qu'il lui a fallu toujours vivre avec elle. En toute lucidité. Mais dans une constante douleur.
Autant l'avouer, en effet : depuis son prix Goncourt - le premier et le seul décerné à un auteur suisse, en 1973 - on avait un peu perdu le fil de cette carrière prolixe en romans, essais, critiques d'art et poésies. A bientôt 75 ans, ronronnant tel un matou au milieu de ses livres et de ses tableaux, l'auteur de L'Ogre savoure ce retour en grâce...
Du même coup, son style s'est épuré, affermi, pour dire le mal qui rôde par les chemins, la viande humaine profanée par le métal, la buée ombreuse du sexe féminin...
La puissance ravageuse du verbe, Jacques Chessex vient justement d'en faire usage dans son dernier livre, qu'on s'arrache ces jours dans les librairies helvétiques. Creusant la veine horrifique qui lui a si bien réussi, il y exhume un fait divers survenu en 1942 dans sa ville natale de Payerne : le meurtre d'un maquignon juif, Arthur Bloch, par une poignée de nazillons locaux, qui, pour se rendre agréables à Hitler, le coupèrent littéralement en morceaux. Agé de 8 ans à l'époque des faits, Chessex aura attendu 2009 pour faire éclater sa bombe. Les édiles de Payerne n'ont évidemment pas manqué de protester contre ce Juif pour l'exempleattentatoire à leur bonne conscience. Devoir de mémoire ou fascination morbide ? On se pose parfois la question, à la lecture de ces pages où seul le brio de l'écriture permet de dire l'insoutenable
De sa plume sèche, lapidaire, l'écrivain excelle à suggérer les réserves inouïes de haine et de perversité que dissimulent les trop paisibles paysages de cette Suisse prétendument neutre et sage qui est sienne. Ne s'excluant pas du cercle des fautifs - coupable en tant qu'être humain du crime imprescriptible fait à Arthur Bloch ; en tant qu'écrivain, d'avoir su trouver les mots pour le dire.
On est en Suisse, dans une campagne repue qui respire le lait, le lard, le vin blanc et la bonne viande. Les maisons sont cossues, les jardins entretenus, les panses ventrues et les femmes arrondies. Aucune menace ne plane mais nous sommes en 1942. A Payerne, dont l'emblème est un cochon réjoui au ventre rebondi, on y regarde à deux fois avant de traverser la rue, mais le malheur des Juifs, ailleurs, laisse de marbre...
L'idée de perdre 10 francs leur provoque des décharges d'adrénaline, alors se mouiller pour ou contre les Juifs, nul n'y songe...
Sauf Fernand Ischi, le garagiste qui se voit déjà gauleiter du pays de Vaud si Hitler entre en Suisse. Inutile de dire qu'il n'a pas déchiffré la pierre de Rosette. Mais, pour se donner l'importance que tout le monde lui refuse, il veut du sang. Une victime expiatoire qui réveillera la Suisse et la rappellera à l'attention du Reich. Alors il va tuer un Juif. Un seul, dans des conditions épouvantables. C'est le sujet du livre de Chessex. Froid, objectif, assassin, exact et lapidaire. Il fait couler l'encre comme d'autres le sang. Et l'horreur est là. D'une simplicité mortelle.
Deux ans après le terrifiant «Vampire de Ropraz», Jacques Chessex, notre nouveau Flaubert, décrit un autre fait divers qui hante la mémoire helvétique. Il le fait à sa manière : lapidaire, incisive, picturale et cruelle. Il n'a pas son pareil pour décrire sans trembler des abominations, pour hurler à voix basse, pour fouiller la culpabilité dans une prose de confessionnal.
Quand cette histoire commence, en avril 1942, dans une Europe jetée à feu et à sang par la guerre d'Adolf Hitler, Payerne est un gros bourg vaudois travaillé de sombres influences à l'extrémité de la plaine de la Broye, près de la frontière de Fribourg. La ville a été la capitale de la reine Berthe, veuve de Rodolphe II, roi de Bourgogne, qui l'a dotée d'une abbatiale dès le dixième siècle. Rurale, cossue, la cité bourgeoise veut ignorer la chute récente de ses industries et les gens qu'elle a réduits à la misère, cinq cents chômeurs qui la hantent sur les cinq mille habitants de souche.
Le commerce du bétail et du tabac fait la richesse apparente de la ville. Et surtout la charcuterie. Le cochon sous toutes ses formes, lard, jambon, pied, jarret, saucisson, saucisse au chou et au foie, tête marbrée, côtelettes fumées, terrine, oreille, atriaux, l'emblème du porc couronne le bourg et lui donne son aspect débonnaire et satisfait. Dans l'ironie des campagnes, on appelle les Payernois les «cochons rouges». Cependant les courants opaques circulent et se cachent sous la certitude et le commerce. Teint rose et cramoisi, terres grasses, mais menaces dans la cloison.
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